ACHAT DE SAINT- YON
maître. A l'égard des personnes que vous me marquez de voir, si vous le voulez je les verray, et, cela supposé, ayez la boulé de me marquer que vous me l'ordonnez comme étant mon supérieur et celuy dt-+ Frères, et j'iray aussitost ou le premier jour de conger, el leur diray que vous m'avez ordonné de les aller voir.
M. de la Salle se dérobait ainsi, non seulement pour satisfaire son grand désir de vie cachée, mais aussi pour ne pas compromettre les intérêts de l'Institut. Certains de ses adversaires, en effet, n'avaient pas encore désarmé, et certains d'entre eux tentèrent de faire insérer, dans le contrat, des clauses fort désavantageuses.;! tel point (pie. par deux fois, le marché faillit être rompu !.
Le contrat de vente fui cependant passé, le S mars 1 718. et. signé, au nom de tous leurs confrères, par Joseph Truffet, dit frère Barthélémy, et par Charles Frappet, dit frère Thomas. Quelque grande que fût dès lors la joie des Frères de posséder l'enclos de Saint- Yon, elle ne devint parfaite qu'en 172o. lorsque les lettres patentes du roi eurent autorisé l'Institut à posséder légalement. De 1718 à 1725. les Frères furent souvent inquiétés sur la possession de l'immeuble. A la mort du frère Barthélémy, lorsque la propriété ne reposa plus que sur la tête du frère Thomas, l'intérêt de l'Institut dépendit absolument de la fidélité de ce Religieux. Le frère Thomas fut fidèle, el la tentation à laquelle avait succombé Nicolas Yuvarl n'eut aucune prise sur lui.
M. de la Salle était rentré à Saint -Yon la veille du jour où fut signé l'acte d'achat.
Ce n'était pas san< peine qu'on l'avait lire de sa chère retraite de Saint-Nicolas ; d avait fallu invoquer les saintelois de l'obéissance religieuse 2.
Son cœur était si à l'aise dans ce milieu fervent ! Il
1 Bi.aix. t. II. p. 158. — - Cf. Bj.ain. I. II. |». 159-161 . ei Maili i p. 287-290.
retrouvait, à Saint- Nicolas, les consolations spirituelles que, jeune clerc, il avait coûtées à Saint- Sulpice. Loin du monde el (1rs affaires, il vaquait librement à l'oraison, il pratiquait Y obéissance , il vivail inconnu. Lui qui n'avait plus, pensait-il, qu'à réparer sa vie de péchés et à disposer sou âme à la mort, pouvait-il souhaiter un asile plus assuré? Ce n'est pas qu'il oubliât ses chers disciples; mais, convaincu qu'en vivanl au milieu d'eux il était pour eux une charge el gênait le gouvernement de l'Institut, il croyait mieux les servir par ses prières que par sa présence. Sa modestie, au reste, se trouvai! mieux à couvert (\c^ marques de vénération que leur piété filiale lui prodiguait.
Mais les Frères avaient, au même moment, t\v^ sentiments bien opposés. Ils s'alarmaienl de celle longue absence, et, en mène temps qu'ils souffraient d'être privés de ses exemples el de ses conseils, leur amour-propre était, à juste titre, blessé de voir leur père séjourner dans une communauté étrangère; peut-être quelques-uns craignaient-ils qu'il ne se détachât tout à l'ait de l'Institut.
Pour apaiser ces filiales inquiétudes, le frère Barthélémy pria M. de la Salle de rentrer à Saint- Yon, alléguant le vif désir qu'avaient tous les Frères de le voir, de le posséder el d'être dirigés par lui. Mais un tel motif était plus propre à éloigner qu'à l'amener l'humble serviteur de Dieu, qui ne redoutai! rien tant que ces témoignages de confiance el qui ne voulait désormais que se préparer à la mort.
Force fui donc au frère Barthélémy d'invoquer ses droits de supérieur el de vaincre par L'obéissance l'humilité du Saint. Toutefois, osant d'une discrétion qui lui l'ail honneur, il s'abstinl de commander lui-même; les directeurs de Sain! -Nicolas furenl chargés de négocier, en son nom, le retour de M. de la Salle. Sitôt que le mol d'obéissance lut prononcé, toutes les répugnances du serviteur de Dieu se dissipèrenl : quelque profond