‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 265 sur 320 · DETACHEMENT DU SAINT · texte numérisé non relu

DETACHEMENT DU SAINT

que tut son chagrin de quitter une solitude où il vivait enfin ignoré, il se disposa à partir.

Le frère Barthélémy vinl au-devant de lui el paya sa pension au séminaire Saint-Nicolas l. Les Frères de Paris eurent la joie de le posséder une journée entière et de recevoir une dernière fois sa bénédiction. Le 7 mars J71S, M. de la Salle rentrai! à Saint- Yon.

Les treize mois qu'il y va passer ne seront plus pour lui qu'une lente préparation à la mort. Le Saint s'achemine doucement vers sa dernière heure, moins entraîné par le poids de la nature, que porté par son désir i\u ciel. Il se dispose lui-même au suprême dépari, il se dégage de toutes les entraves. 11 achève de se déprendre des biens de la terre, de sa famille, de ses disciples; et, comme une Heur qui, le soir, replie et ferme son calice, il ne vit plus qu'avec Dieu au dedans de lui-même, jusqu'à ce qu'enfin sou âme, délivrée des liens de la chair, prenne son essor vers le eiel.

Personnellement, il était pauvre depuis qu'il avait sacrifié son patrimoine. Mais il avait acquis, sous sou nom, divers biens pour sa communauté. Par esprit d'ordre et par amour de la pauvreté, il sut se dépouiller de tout. Déjà, le I! décembre 1717, il a déclaré que les quatre contrats de rentes sur les octrois de Rouen appartiennent aux Frères Av> Ecoles chrétiennes2. Au mois de janvier 1718, lorsqu'il a reçu les cinq mille deux cents livres du legs Rogier, il a mandé le frère Barthélémy pour les lui remettre, avec un acte par lequel il y renonçait en faveur de l'Institut3. Dans le contrat d'achat de Saint-Yon, il a refusé de paraître à aucun litre !. Par un acte du 11 août 1718, il renonce même à ses [ivres; depuis longtemps il en a abandonné l'usage au frère Barthélcmv, mai- il tient à s'en démunir plus solennel-

1 Lucard, Vie, l. I, p. 228. — 2 Lettre nu frère Barthélémy, Lettres,

série C, n" 66. — 3 Bl UN, t. II, p. 158. — ' Ilml.. p. 158.

lement encore par une donation authentique1. Pour les terres et les maisons auxquelles son nom est encore attaché, il en dispose par testament, de façon à les garantir à l'Institut 2.

En même temps il brisait les liens, d'ailleurs très ténus, qui V attachaient encore à sa famille. A une nièce qui le sollicitai! d'assister à sa profession religieuse, il répondit : « Je souhaiterais fort d'assister à Aotre profession, mais deux raisons m'en empêchent: la première, c'est que je suis ici seul prêtre pour confesser cinquante personnes, et qu'on a de la peine à en avoir un autre pour celte maison, parce qu'elle est éloignée de la ville, ce qui fait que je ne puis actuellement la quitter: la seconde est qu'ayant un supérieur, je ne suis pas maître de moi-même. Ainsi, ma très chère nièce, je vous prie de vouloir bien vous contenter de la promesse de munir à vous dans celle sainte action, avec les vues dans lesquelles Dieu vous fera la grâce de la faire3. •

Une lettre de son frère Louis, le chanoine de Reims, datée du 3 janvier 17I(J, montre à quel point il s'isolait même de ce qu'il avait de plus cher au monde : « Mon-? sieur mon très cher frère, quov qu'il semble que vous vous soyez déterminé à un entier oublv de ce pays-ey, et que vous ayez voulu rompre tout commerce avec nous depuis un an, on même depuis plusieurs années que je n'av pu à grand'peine obtenir de réponse de votre part sur les affaires les plus importantes, je ne me crois pas dispensé de mon devoir et je me donne encore une fois l'honneur de vous écrire, non seulement pour vous présenter mes respects au commencement de celte année et vous la souhaiter véritablement heureuse, autant qu'il y en peut avoir en ce monde, mais principalement pour vous l'aire souvenir encore une lois de quelques affaires

1 Cession datée du II août 1718. Parmi les Lettres , série E . n° 87 bis. — 2 Voir la copie du testament , aux Archives des Frères. — ' D'après LucAiti). Vie, t. II, p. 216.

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