DERNIERE HUMILIATION
attaché à ses Règles. Depuis son arrivée à Rouen en 1708, il avait toléré plutôt que favorisé l'Institut1. Néanmoins, M. de la Salle se rendait fidèle à lui présenter ses respects. Ce prélat, que le due de Saint-Simon représente comme un homme dur et violent à l'égard de ses prêtres8, le recevait « toujours 1res mal > . dit le biographe Blain. Une fois, entre autres, << il ae garda nulle mesure dans les paroles dures qu'il lui dit. L'humhle prêtre, qui était déjà à genoux, n'eut pas plus (ôl entendu les premières de sa Louche, qu'il se prosterna en terre pour recevoir les autres avec plus de respect et d'humilité. Lorsque M. l'archevêque eut fini de parler, M. de la Salle, sans ouvrir la bouche pour s'excuser et se justifier, se leva et sortit, après avoir fait une profonde révérence à celui qui venait de le traiter avec tant d'indignité 4. »
Si telles étaient les dispositions ordinaires de l'archevêque à Fégard du serviteur de Dieu, le fait que nous avons à raconter n'étonnera pas le lecteur3.
On se souvient que, le 22 mars 1706. M. Ilecquel. curé de Sainl-Sever. avait obligé M. de la Salle à signer un contrat en vertu duquel la maison de Saint- Yon était tenue de participer à certains offices de l'église paroissiale. Pendant plusieurs années, le contrat avait élé fidèlement observé. Mais, en 171"), la création du pensionnai de forée avait nécessité \]n changement; pour éviter des inconvénients graves, les offices religieux avaient dû être célébrés dans la chapelle de Saint-Yon. Rien n'était plus légitime; car on ne faisait qu'appliquer à Saint-Yon le règlement de toutes les maisons de force.
Mais le curé (h- Saint-Sever. sans regarder au delà du contrat de 1706 et dc-s prétendus droits qu'il 1m con ferait, protesta vivement contre le nouvel état de choses
1 Blain, t. TI. p. 167. — - Saint-Simon, Mémoires, t. XVII, p. 53. — Blain, t. II, p. 167. - '' Ihid., p. 1(17- les. ■ Nous empruntons le récît de l'affaire qui suit à Blain, t. II. p. 168.
et se plaignit amèrement qu'on ne tînt aucun compte de ses observations. M. Dujarrier-Bresnard, prêtre zélé et pieux, mais de « caractère processif », qui succéda à M. Hecquet, hérita de son mécontentement et dénonça à l'officialité ce qui lui apparaissait comme la rupture déloyale du concordat. L'official était alors M. Robinet, vicaire général, prêtre d'ailleurs fort distingué et plein de zèle. M. Robinet prit l'affaire au tragique et la traita sans doute comme un empiétement abusif des communautés sur les paroisses. En conséquence, il lit subir un interrogatoire au serviteur de Dieu. M. de la Salle, sans se départir de son humilité ordinaire, expliqua doucement les circonstances du conflit : le contrat avait été observé aussi longtemps qu'on l'avait pu; lors de la fondation de la maison de force, on avail dû se conformer à la réglementation générale de ces internats; il y aurait eu d'ailleurs des inconvénients graves à conduire les « enfermés » à l'église paroissiale, soit parer qu'ils étaient, sujets à s'évader, soit parce que leur présence à Saint-Yon devait être absolument ignorée; au reste, lui, Jean-Baptiste de la Salle, ayant cessé d'être supérieur, n'était plus responsable de ce qui se pratiquait à Saint-Yon. Pour un homme impartial, ces explications eussent fait, cesser le débat; M. Robinet, trop épris de sa lâche de juge d'instruction, les rejeta et accusa de mensonge son auteur.
L'accusation d'un honteux mensonge fut portée devant l'archevêque. M. d'Aubigné, s'il eut pris le temps de réfléchir, aurait vite reconnu qu'une telle flétrissure ne pouvait pas atteindre le saint fondateur des Frères; mais plus prompt à prendre les prétendus intérêts de la justice qu'à regarder l'auréole qui ceignait déjà le front du Saint, il condamna M. de la Salle à se voir retirer les pouvoirs de confesser.
In chanoine très lié à l'Institut, et qui ne peut être que Blain lui-même, auquel nous empruntons ce récit,