RETRAIT DE POUVOIRS
effrayé (l'une sentence si injuste, s'interposa pour la faire rétracter sans retard. Il représenta qu'il devait y avoir un malentendu; que M. de la Salle était au-dessus de tout soupçon de déloyauté: (pie la sentence serait un scandale publie parmi les Frères et dans le peuple : qu'en tout cas. il serait cruel d'en frapper un moribond. Il visita M. de la Salle, lui fit reprendre longuement les circonstances de son entrevue avec M. Robinel et revint convaincu de la parfaite innocence de son saint ami. Mais son rapport n'ébranla point la volonté de l'archevêque ; tout ce qu'on lui accorda fut de le charger luimême de porter au malade cette humiliante condamnation.
Le chanoine, contrislé de son échec, se garda bien de porter ce triste message. Comment, trois jouis a va ni sa mort, aurait -il transpercé le cœur d'un ami si noble cl si saint? Mais il fallait pourtant que ce cœur fût transpercé : Dieu le voulait ainsi pour achever son ouvrage dans son serviteur. Ce (pie Blain refusa de faire, un autre le fil. Sur son lit de mort, peu de jours avanl son dernier soupir. M. de la Salle eut la suprême humiliation de s'entendre dire que, pour cause de mensonge, les pouvoirs d'entendre les confessions lui élaienl retirés. Le Saint reçut sans se plaindre ce dernier coup: il but seul, sans la partager, cette dernière coupe de fiel. En effet, l'affaire resta secrète jusqu'à la morl du Saint: il n'en parla qu'au chanoine son ami. et encore sans une parole qui sentît l'amertume. D'ailleurs, celle révocation des pouvoirs n'était point un interdit; elle n'empêcha pas le moribond de recevoir les sacrements; elle ne fil qu'ajouter un nouveau mérite à ses dispositions mlérieures.
Lucard, dans les Annales de l'Institut*, a révoqué le fait en doute; nous voudrions pouvoir être de son avis,
1 Lucard. Annales, I. I. p. :i7X. d Vie, t. II. p. 252-262.
mais nous ne pouvons nous y ranger. Un fait de cette nature ne s'invente pas; raconté par un témoin oculaire, dans un livre cpii fut rigoureusement contrôlé par l'Institut, et qui n'a provoqué aucune rectification ni de la part de l'archevêché de Rouen, ni de la part du curé de Saint-Sever, un tel fait ne peut être qu'historique. Lorsque s'imprima l'ouvrage de Blain f, il y avait quatorze ans à peine que l'événement s'était passé. 11 est vrai que Maillefer n'y l'ail pas allusion; mais nous savons que Maillefer écarte systématiquement les conflits de ce genre2. Il est vrai aussi qu'aucune trace n'en est restée dans les archives de L'archevêché de Rouen3; mais on comprend qu'une simple révocation de pouvoirs n'ait pas été enregistré!.' sur les listes où l'on voit encore tous les interdits fulminés par M. d' Auhigné 4. Nous croyons à la parfaite bonne- loi de l'archevêque, de l' officiai et du curé de Saint-Sever; mais il n'en est pas moins vrai que Dieu permit que son serviteur reçût par eux, à son lit de mort, le sanglanl affront qui devait couronner une vie toute d'humilité.
Cette vie. qui n'avait été qu'un long sacrifice, se terminait par L'immolation de la victime. En effet, tandis (pie l'âme du serviteur de Dieu étail ainsi rassasiée d'opprobres, son corps succombait Lentement, consumé par la souffrance.
Depuis un an, son rhumatisme h- tourmentait de nouveau. Autant qu'il le pouvait, il en dissimulait la douleur et s'étudiait à paraître gai cl tranquille, aux heures même où il souffrait le pins. Les remèdes, d'ailleurs plus cruels (pie le mal lui-même, qu'il avait plusieurs lois
1 lui 1733. l'.i \i\ savail d'autanl mieux le fait, <|u'il était le supérieur ecclésiastique des Frères de Rouen «lopuis 1713. — 4 II évite de raconter ions les démêlés avec l'autorité ecclésiastique. — :; M. di Beaurepaire ;i attesté u'en avoir trouvé aucune trace dans les papiers de l'Archevêché, qui sont aux Archives de Rouen. — * Voir aux Archives
de liniicil.