M UN'-BAPTISTE DE LA SALLE AU COLLÈGE DES BONS-ENFANTS
Dès que son Tils eut atteint l'âge de neuf ans, Louis de la Salle dut Le mettre au collège. Ainsi l'avait ordonné Henri \\ . dans son décret pour la réforme de l'instruction publique.
' MuiiMii;. Vie..., |>. 2. — s Garreau, Vie..., p. 6, édition de 1825. — :! Ibid., p. 6. — ' l'.i un, Vie..., ». 120. — :> La réforme de 1600
La jeunesse rémoise avait toujours pu cultiver les lettres dans des écoles florissantes. Au temps de saint Rémi, l'école de Reims jetait déjà un grand éclat à côté des écoles de Paris, de Tours et de Poitiers. Dès la fin du vin siècle. Reims possédait, outre l'école épiscopaler des collèges de clercs réguliers où l'on enseignait la grammaire, la rhétorique, l' arithmétique, la géométrie en même temps que la théologie. Des maîtres illustres, comme Gerbert et saint Bruno, y donnèrent plus lard leurs leçons. Quand, au xvi" siècle, la Renaissance eut renouvelé les études classiques, 4a création dune Université en procura le bienfait à la ville de Reims en 1 .">.'> \ ' .
Au moment où les parents de Jean-Baptiste de la Salle durent faire choix pour leur fils d'une maison d'éducation , Reims avait deux grands collèges de plein exercice : le collège des Bons-Enfants, situé prè% de la porte Bazée; le collège des Jésuites, dont les vastes constructions s'élevaient près de l'église Saint-Maurice2.
Le collège des Bons-Enfants remontait au ixe siècle. Sous le règne de Louis le Débonnaire, dix ou douze écoliers pauvres avaient été recueillis dans les murs d'une ancienne communauté de femmes. L'Eglise, qui les avait adoptés, les nourrissait, et ils allaient prendre leurleçons aux écoles du Chapitre : on les nomma les Bons Enfants, et ce nom resta attaché à la maison qui les abritait. Jusqu'au xvie siècle , ces jeunes écoliers ne reçurent point renseignement dans leur collège; tout au plus y recevaient- ils des répétitions. Mais, en 1544, après la destruction des écoles de la cour Notre-Dame, les écoles publiques furent transférées par le Chapitre au collège des Bons-Enfants. Dix ans plus tard, lorsqu'il
s'adressait spécialement à l'Université de Paris; mais l'Université de Reims s'astreignait à suivre exactement tous les statuts observés à Paris.
\ullus in privatis aedibus pueros qui novem annos excesserint, instituât et doceat. »
1 Cf. Cauly, Histoire du collège des Bons-Enfants de l'université de Reims. — "2 L'ancien collège des Jésuites sertaujourd'hui d'hôpital général.
s EDUCATION
fonda l'Université, le cardinal de Lorraine trouva au collège tous les éléments nécessaires pour la création d'une Faculté des ails '.
Après avoir rivalisé de zèle et de gloire avec les grands collèges de l'Université de Paris, le collège des Bons- Enfants était tombé, au milieu du xvu° siècle, en pleine décadence. Les maîtres en firent de vives doléances à l'archevêque en 1646*.
La prospérité du collège des Jésuites était sans doute pour une grande part dans l'affaiblissement du collège de la ville. Expulsés à l'occasion de l'attentat de Jean Châtel, les Jésuites avaient été rétablis, en 1603, par Henri IV, parce qu'il les jugeait « plus propres et plus capables que les autres pour instruire la jeunesse3 ». En peu de temps, ils avaient repris possession de leurs trente-cinq collèges et de leurs quarante mille élèves. Leur réputation était telle, que Reims avait voulu les avoir pour maîtres et les avait demandés à Henri IV lors de son voyage en Champagne4. Par l'habileté de leur méthode et la sagesse de leur direction, ils imprimèrent aux études une telle impulsion, que leur collège se développa promptement aux dépens de celui de l'Université5.
Ce fut néanmoins au collège des Bons-Enfants que Louis de la Salle plaça son iîls. Nous ignorons les motifs qui le déterminèrent. Il faut sans doute attribuer le choix qu'il lit à la situation officielle qu'il avait dans la magistrature, et au rang que les La Salle avaient toujours tenu dans le conseil de ville. Les magistrats et les conseillers de ville étaient les soutiens naturels du collège des Bons-Enfants, et, en 1606, ils avaient protesté contre certaines clauses de la concession faite aux jésuites6. Mais, si Jean-Baptiste enfant ne grandit pas
1 Cf. Cauj \ . passim.— " Cai ly, p. 369 et sui\ .— Lettre de Henri IV au cardinal d'< >ssal . 20 janvier 1601. — * Cai ly, p. 313 et suiv. — ' Le célèbre l>rnis Pétau y enseigna la rhétorique au moment de la fondation. — ° Cauly, \>. 315 H suiv.
sous l'influence des Jésuites, du moins il les connut et les apprécia; et, vers la fin de sa carrière, il les pril à Rouen pour les directeurs de conscience de ses Frères ' et leur emprunt;! une partie de ses Règles.
D'ailleurs, en 1660, lorsque Jean-Baptiste de la Salle cuira au collège des Bons -Enfants, Thomas Mercier, élu recteur Tannée précédente , poussait énergiquement l'œuvre de la réforme. Par les statuts de 1662, il rétablit l'ordre dans l'Université et ramena la confiance des familles à la Faculté des arts. Les maîtres, de leur côté, faisaient effort pour relever le prestige de leur école. Les années de labeur fécond , durant lesquelles le collège de Reims retrouva son ancienne splendeur, marquent précisément l'époque où Jean -Baptiste de la Salle fit ses études à l'Université.
Cette Université n'était point une œuvre laïque , au sens moderne du mot. Dirigée par le clergé lui-même , elle avait un esprit profondément religieux. L'archevêque, duc de Reims, en était le chef; les dignitaires et les régents étaient tous prêtres ou clercs. Elle avait pour but de répandre la science des lettres divines et humaines, de donner l'exemple de la vertu et de la piété"2. L'Etal lui-même ne l'envisageait point autrement , puisque Henri IV avait dit dans son édit royal : « La bonne instruction comprend trois choses : le culte de Dieu, la piété pour les parents et pour la patrie , le respect des lois et l'obéissance aux magistrats3. »
Les parents de Jean -Baptiste pouvaient donc sans crainte envoyer leur fils au collège des Bons-Enfants. Au reste, ils ne le perdaient pas tout à fait, car il était externe. En été, la classe avait lieu de sept heures à dix heures, de deux heures et demie à cinq heures et demie. En hiver, elle ne commençait le matin qu'à sept heures
1 D'après un mémoire inédit qui se trouve aux archives de la maison mère^des Frères. — * Cauly, p. 222. — 3 Lallemand , Essai sur l'histoire de l'éducation dans l'ancien Oratoire de France, p. i.
et demie; mais elle s'ouvrait une heure plus tôt dans L'après-midi1.
En dehors de ces six heures de classe, Jean-Baptiste était dans sa famille. Ses parents pouvaient surveiller ses études, travailler à sa formation morale, corriger par une foi intense ce que le collège aurait eu de trop profane. Ils favorisaient surtout son inclination pour la prière et pour les offices divins. Grâce à leur influence quotidienne, grâce aux joies saines qu'il goûtait en famille, Jean-Baptiste garda toute la fraîcheur de sa piété, la pureté de sa conscience et l'aménité de son caractère; il traversa sans chute la carrière souvent très périlleuse des éludes classiques.
Ce péril n'était point, quoi qu'on en ait dit, dans le commerce des anciens. Au contact des grands auteurs d'Athènes et de Home, les jeunes gens formaient leur goût littéraire; mais les fables mythologiques n'étaient pour eux que le thème d'exercices scolaires. La vie de leur esprit était toute chrétienne. Héritiers des croyances du passé, solidement instruits de leur religion, plongés dans un milieu social dont toutes les préoccupations intellectuelles étaient religieuses, ils vivaient de christianisme.
Dans lame de Jean-Baptiste, la foi chrétienne fut particulièrement vivante et agissante, d'autant plus qu'en lui la vie du cœur dominai! celle de l'esprit.
Personne, en effet, ne profitait plus que lui de ce que 1 l niversité donnait pour la formation du cœur. L'obligation d'assister chaque jour à la messe, imposée à tous les écoliers, ne lui fui point une charge. Il était trop enclin à la piété pour ne pas s'acquitter avec esprit de loi de la prière qui ouvrait et tiuissail chaque classe. Depuis la fondation, l'Université demandait que chacun de ses élèves se confessai au moins huit fois l'an, « parce que, disait-elle, la sagesse ne peut avoir entrée dans une
1 Cai I V. 0 i»>".
âme livrée au mal !. » Ce devoir était aussi doux à Jeau- Baptiste que celui d'entendre une instruction catéchislique, chaque samedi, à la classe du soir et un sermon, chaque dimanche, au prône de la messe.
Son âme délicatement chaste trouvait son compte dans -âges précautions prises par l'Université pour écarter les mauvais livres et pour expliquer de préférence les passages irréprochables des auteurs classiques. Formé dans sa famille aux lois de la plus exquise politesse , il n'était point atteint par les défenses que l'Université faisait à ses écoliers de « jurer, crier, faire des imprécations, interposer le nom de Dieu, entrer en rixe et frapper2 ». Vêtu de l'habit long, sans ceinture, couvert du bonnet rond des jeunes étudiants3, Jean-Baptiste donna sans nul doute l'exemple de la modeaÉie. Dans ce milieu bruyant d'écoliers, il resta pieux, réservé, sans cesser d'avoir la sympathie de tous.
Sa piété avait trop de sincérité et de profondeur, pour qu'il la regardât comme un prétexte de se dispenser du travail austère de l'étude. Bien rude, en effet, était la voie dans laquelle il s'engageait.
Suivant le programme de cette époque, Jean-Baptiste, âgé de neuf ans, avait étudié les alphabets français, latin et grec; il s'était exercé à la lecture dans la Vie des Saints, le Psautier . Y Imitation , Y Introduction à lu vie dévote; il avait appris les premiers éléments du calcul, de la grammaire, du catéchisme et du chant4. Le français n'avait pas été exclu de ses premières études. Mais, du jour où il mit le pied sur le seuil du collège, il entra pour neuf ans « dans le pays latin3 ». S'il put entendre encore et parler la langue maternelle, ce fut seulement dans la demeure de ses parents.
Au collège, le latin était seul admis. Toutes les rela-
1 Cali.v. i». :t88. — - Ibid., p. 402. — 3 Ibid., p. 396. — '' Lantoine, Histoire de l'enseignement secondaire au XVII* siècle, p. 27. — ' Lantoine, p. 28.
lion- entre maîtres et élèves avaient lieu en latin. Même en récréation, les élèves étaient tenus de parler latin; un explorateur surveillait avec soin les conversations pour surprendre et noter les mots français, et, chaque samedi, son rapport attirait aux délinquants de graves punitions '". Les solécismes et les barbarismes n'étaient pas punis avec moins de rigueur2, de sorte que l'obligation de parler latin ne pouvait jamais dégénérer en un jeu nuisible à la formation.
De lels usages sembleraient étranges aujourd'hui, mais ils ne Télaienl [tas au xvnc siècle. Désormais le latin est pour nous une langue morte ; c'était alors une langue vivante, la langue de toutes les relations soeiales, de tons les travaux littéraires et scientifiques. Le français commençait à donner ses premiers chefs-d'œuvre; mais la plupart des gens cultivés s'abstenaient de le parler et de l'écrire, comme aujourd'hui, en certaines régions, on s'abstient de parler et d'écrire le patois du pays. Aussi fallait-il, de bonne heure, rompre les enfants à l'usage de celle langue indispensable qu'était le latin.
Durant les neuf années que Jean-Baptiste passa au collège des Bons-Enfants, il resta strictement renfermé dans l'étude des anciens. Il consacra cinq ans à la grammaire, deux ans aux lettres, poésie et rhétorique, deux ans à la philosophie.
Les débuts de cette longue carrière étaient fort durs pour les enfants. Le manuel qu'on leur donnait, loin de faciliter leur marche, était plutôt une entrave pénible. A Juillv cl à Port-Royal, les élèves étudiaient des grammaires rédigées enJrançais 3 ; mais l'Université n'avait pas adopté ces nouvelles méthodes; elle tenait encore pour
' Cauly, p. 396. — '-' Ibid., p. 402. — :; La grammaire Latine du Père de Condren, écrite en prose française, parut en 1640; celle de Lancelot, écrite en vers français, paru! en l644.Hardouin de Péréfîxe se servi! de cette grammaire de Lancelol pour apprendre le latin à Louis XIV, son
le manuel de Despautère1. C'était une sorte de grammaire générale , ou plutôt une encyclopédie , écrite en un latin barbare, où toutes les règles étaient énoncées en vers énigmatiques et suivies de gloses interminables2. Un auteur du temps a bien exprimé l'impression fâcheuse qu'un tel livre produisait sur les écoliers. « Tout déplaît aux enfants dans le pays de Despautère, dont toutes les règles leur sont comme une noire et épineuse forêt, où durant cinq ou six ans ils ne vont qu'à tâtons, ne sachant quand et où toutes ces routes égarées finiront; heurtant, se piquant et choppant contre tout ce qu'ils rencontrent, sans espoir de jouir jamais de la lumière du jour 3. »
Jean-Baptiste de la Salle n'oubliera pas ces pénibles efforts du jeune grammairien. Il aura la. hardiesse de briser avec la routine et de donner à des enfants français des livres français; en rendant, par là, les écoles plus attrayantes, il servira aussi la cause de la langue nationale.
Cependant les classes de l'Université ne manquaient pas d'intérêt. Les exercices en étaient variés, et les jeunes gens y apportaient une chaleur que la génération présente ne connaît plus. Chaque jour, une heure entière était consacrée aux règles de la grammaire, ou,
1 Despautère, ou van Pautern, était flamand (1460-1520). Sa grammaire, intitulée Commentarii grammatici , fut publiée pour la première fois en France par II. Etienne, en 1537. — - Spécimen des règles de conjugaison :
Prœteritum per ui facit es, per itumque supinum.
Vult xi, ctnmquc cio. Facit et jacit ecii el actum. ■
— 3 Guyot, cité par Sainte-Beuve, dan:-, Port-Royal. <'.f. Cadet, l'Education à Port-Royal. Si l'on l'ait, abstraction de- difficultés spéciales au manuel de Despautère, cette méthode d'apprendre le latin par le Latin élail excellente. C'est ainsi que nous apprenons le français par le français, que nous expliquons du français avec le français. Le résultai était qu'au xvii0 siècle on savait le latin; on le parlait et on l'écrivail aisément et correctement. Aujourd'hui encore, quand on veut apprendre une langue à un enfant, ou fait en sorte qu'il n'entende et ne parle que cette langue.
plus tard, aux préceptes de la versification et de la rhétorique Les cinq heures qui restaient étaient employées aux exercices de mémoire, à l'explication des auteurs, à la dispute et à la composition écrite.
Les auteurs grecs et latins étaient comme le centre de L'enseignement. C'était pour les comprendre qu'on apprenait Despautère. On se faisait gloire d'en savoir par cœur les meilleurs passages. Le maître les expliquait et les commentait. Pour les faire mieux goûter, ainsi que pour mieux faire saisir la portée des textes, il les faisait déclamer par ses écoliers. Des disputes, parfois très vives, s'ouvraient à propos des textes obscurs ou des propositions discutables. Interminables au moyen âge, ces discussions classiques avaient été limitées depuis la Renaissance, afin de réserver plus de temps à la composition écrite. Cette composition, qu'on appelait « l'art d'imaginer et d'écrire1 », ne comportait pas l'originalité; c'était « une imitation des historiens, des poètes et des orateurs » qu'il s'agissait de réaliser. Sur un canevas dicté par le maître, l'élève imitait le style d'un auteur déterminé, le plus souvent Cicéron, dans le développement d'un récit ou d'une pensée morale2.
Depuis l'arrivée des Oratoriens et des Jésuites à la direction des collèges, l'Université avait dû se préoccuper de moyens d'émulation et de fêtes publiques. A Reims, des fonds étaient votés, tantôt par le Chapitre, tantôt par le conseil de ville, pour donner des prix aux plus brillants élèves du collège. Des séances récréatives furenl offertes aux habitants de la cité; les écoliers y déclamaienl les poètes anciens ou leurs propres production-: (\i'< drames, souvent composés pour la circonstance . v étaient représentés.
Ce lut dans une de ers représentations académiques que le chanoine Dozel discerna le mérite de son jeune
1 Cauly, p. 397. — s Lantoine , p. 48 et suiv.
cousin , Jean-Baptiste de la Salle , et résolut de lui résigner son canonicat.
En sortant de rhétorique. Jean-Baptiste était l'un des plus brillants élèves du collège. Il connaissait Borne et Athènes; il lisait et interprétait les auteurs anciens; il parlait et écrivait le latin avec facilité.
Il v avait pourtant certaines lacunes dans cette éducation. L'histoire de France n'y tenait aucune place, et à seize ans tout écolier était, suivant le mot de Bossuet, « étranger dans sa patrie. » Avant la philosophie, on ne donnait aucune notion scientifique, et les enfants grandissaient sans prendre contact avec la nature. Enfin le français était plutôt banni que cultivé ; les chefsd'œuvre que notre langue comptait déj^ restaient inconnus dans les écoles. Quand Descartes eut écrit son Discours sur la méthode en français, ne fallut-il pas le traduire en latin pour en rendre la lecture plus facile et plus générale1? Aussi ne serons-nous pas surpris que, dans les ouvrages de Jean-Baptiste de la Salle, comme dans toutes les œuvres de ce temps, la phrase française semble n'être qu'un décalque de la phrase latine.
A seize ans. Jean -Baptiste entra en philosophie. Depuis que la philosophie avait été attribuée à la Faculté des arts, elle se faisait dans les collèges de plein exercice, et elle ne durait que deux ans. La Benaissance avait moins renouvelé la philosophie que les lettres; demeurée fidèle aux doctrines péripatéticiennes du moyen âge, l'Université n'était pas encore, en 1667, ouverte au cartésianisme 2.
Pour se tenir en garde à la fois contre les nouveautés de la Benaissance et contre les subtilités regrettables dr< scolasliques de la décadence, les régents de philosophie devaient expliquer et commenter le texte même d'Aristote.
1 C'est li- motif allégué par le traducteur lui-même. Voir .1 1 les Simon, l'Ecole, |>. t'.». — - Lantoini:, p. 144 et sniv.
En première année, Jean-Baptiste étudia, aux classes du matin, la Logique d'Aristote, et, aux classes du soir, son Traité de morale. En seconde année, il apprit la métaphysique et la physique1. La physique, seule, lui offrait un vaste champ d'étude : avec la science spéculative des corps célestes et des corps sublunaires, on y traitail des propriétés des corps, de l'âme et de ses diverses opérations. Mais, suivant l'usage du temps, on cherchait moins à vérifier les dires d'Aristote par l'observation et l'expérimentation, qu'à saisir le véritable sens de ses paroles.
L'explication commentée d'Aristote donnait lieu à de fréquentes disputes. Tous les jours, les élèves argumentaient en classe durant plusieurs heures, et préparaient ainsi les thèses appelées sabbatines. Assez peu importantes en première année, les sabbatines, en seconde année, disposaient aux séances publiques et aux épreuves de l'examen final '-.
En effet, à la fin de la seconde année, un grand examen devait être subi, sur toutes les parties de la philosophie, par les élèves qui briguaient le titre de maître es arts3. Jean -Baptiste de la Salle le subit avec succès; le diplôme de maître es arts lui fut délivré le 10 juillet 1669. Le jeune lauréat n'avait que dix-huit ans.
L'éducation libérale qu'il avait reçue lui ouvrait toutes 1rs lanières du monde. Mais déjà son choix était l'ait. lunoiK anl librement aux places, aux honneurs, aux richesses de la terre, il avait résolu de vouer sa vie au ser\ ice de Dieu.
1 Cf. Cauly; pour Reims, p. 400. Lantoinj . pour Paris, p. L20.
— •' Cai ly, p. Khi- loi. ; [bid., p. in'.'.
LA CLERICATt RE 17
§ III