‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 275 sur 320 · PORTRAIT DU SAINT · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU SAINT

bouche esquissaient un aimable sourire. Des yeux vifs, presque bleus, au regard franc ei profond, animaient cette physionomie, bien faite pour refléter au dehors la sainteté du dedans.

Son esprit, très pénétranl par nature, s'était enrichi par l'étude des lettres e( dv< sciences sacrées. Ses livres, faits à l'image de sa vie, oui plus de solidité que d'éclat, moins d'imagination que de raison. Tant par disposition native que par suite dv<. circonstances au milieu desquelles il a vécu, l'esprit pratique a domine en lui. S'il parle et s'il écrit, c'est pour être utile, c'est uniquement pour instruire : de là celte clarté, celle précision, celle simplicité dans son langage. Tout son art consiste à se faire bien comprendre. D'ailleurs, les idées qu'il exprime, inspirées par un bon sens irréprochable, ont élé mûries par de longues réflexions personnelles. Rien que de liés équilibré dans ses jugements. Si l'originalité paraît manquer, c'est que jamais rien ne détonne cl ne provoque la surprise chez le lecteur; mais celle justesse impeccable, qui met le vrai dans la pensée et le naturel dans l'expression, n'est-elle pas assez pare? Au reste, dans sa Conduite des écoles, la logique du bon sens Ta rendu créateur d'une méthode d'enseignement, que la postérité a adoptée, le mode simultané. Ouvert à tous les besoins de son temps, assez indépendant d'esprit pour saisir les vices des méthodes alors en usage dans l'éducation, il sut concevoir avec ampleur el organiser un grand édifice religieux où, moins de deux siècles plus lard, sans se sentir à l'étroit, plus de quinze mille Frères donneraient la première éducation ;'i près de quatre ceci mille enfants du peuple.

Quelque valeur qu'eût son esprit, M. de la Salle se lii plus remarquer par son caractère. Ame naturellement noble, il avait en horreur toute déloyauté. Il n aimail pas à paraître; mais, dès qu'il étail mis eu cause, \\ \< ailait paraître tel qu'il était. Jamais il ne laissa planer 1<

moindre doute sur ses vrais sentiments au sujet de la bulle Unigenitus. Il refusa de recouvrer une restitution importante d'argent, tant qu'on lui demanda de signer le reçu d'un litre qu'il n'avait plus officiellement. Aussi, pour un cœur si franc, ce dut être un sanglant affront que d'être accusé deux fois de mensonge par des personnes d'un rang élevé.

l);ins le maniemenl des affaires temporelles, sa délicatesse allait jusqu'au scrupule. Après avoir vendu son riche patrimoine et s'être condamné à la pauvreté personnelle, il porta, dans l'administration des biens de communauté, le même désintéressement. Dans ses fondations, les questions pécuniaires furent toujours mises au second plan; dans les contestations inévitables, il céda souvent ses droits plutôt que de plaider. Tant il demeurait grand là où les âmes vulgaires révèlent leur petitesse !

D'une politesse exquise et distingué dans ses manières, non seulement il ne froissait pas. niais il s'ouvrait les âmes. Son influence, doucement enveloppante, ne terrassait pas, mais captivait. Sur les jeunes disciples (pie Dieu lui amenait, comme sur les enfants qu'il instruisait lui-même aux écoles, il exerçait une action sainlemenl séductrice. Cette douceur n'avait rien de fade, parce qu'elle était l'épanouissement d'un cœur profondément aimant. Le cœur, sans tendresse maladive, était louché par la souffrance d autrui; de celle compassion pour les petits et les pauvres, vrai signe de l'amour chrétien, sont nées toutes ses œuvres.

La boulé, dont la nature avait détrempé son âme, fut perfectionnée par la grâce. Lu effet, la mortification dompta si bien en lui toutes les passions, que. parmi les plus graves contrariétés cl en dépit des plus criantes injustices, il ne perdit jamais son égalité d humeur cl la maîtrise de sa volonté : il ne parut jamais emporté, ni même précipité. Son humilité, d'ailleurs, le mettait aux

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