PORTRAIT DU SAINT
pieds de tous les hommes : aucune injure ne le surprenait ; les actes d'ingratitude lui paraissaient le juste ehâtiment de ses fautes. Partout où le devoir ne lui dictait pas sa ligne de conduite, il se soumettait comme un
enfant aux désirs du dernier des Frère- ou aux cap] même des étrangers.
A cedegré, l'humilité n'est jamais une fausse apparence dont se revêt la faiblesse. Jean-Baptiste de la Salle, en effet, fut une âme éminemment forte. Tous ses actes, marqués d'une vigoureuse empreinte, annoncent une trempe de caractère peu commune.
Assez maître de lui pour ne rien décider à la légère, il n'entreprend rien qu'après avoir réfléchi longuement et prié avec ferveur. Quand il a vu clairement ce que Dieu lui demande, il prend une décision nette : il en poursuit l'accomplissement sans raideur, mais sans hésitation. Les contradiction- (\v< hommes ne le découragent jamais: si on l'humilie, il se tait; si on le prive d'argent, il se résigne à souffrir la faim: si on le maltraite, il s'estime heureux de souffrir pour Jésus-Christ. Autant il est condescendant sur tout le reste, autant il esl ferme sur l'observation des règles : la pauvreté, la mortification, le silence, autant de colonnes auxquelles il ne permet pas qu'on touche, de peur que son œuvre n'en soit ébranlée. Il se fait en lui une heureuse alliance d'humilité et de ténacité : malgré les bas sentiments qu'il a de lui-même et la disposition où il est d'obéir à tous les hommes, il ne sacrifiera pas l'intégrité de sa foi, il ne souffrira pas qu'on change l'habil et les règles des Frères, il ramènera constamment, sans se lasser. disciples à la pratique des plus austères vertus. A ceux qui le suivaient de trop loin, celle fermeté parut parfois de la durcie, et il en fut, à plusieurs reprises, accusé. Ses enfants n'ont jamais trouvé que sa main fût trop rude, car le geste dont il saisissait leur- âmes n était jamais violent. Du reste, il en était aimé, et 1 amour de
ses fils, aussi tendre et aussi fort aujourd'hui qu'il y a deux siècles, a vengé sa mémoire.
Le zèle apostolique inspira ses entreprises et le rendit infatigable dans ses travaux. Il en nourrissait la flamme dans l'oraison; car il est inouï qu'un homme, si occupé et si livré aux (envies, ail tant prié. Ce commerce intime avec Dieu fut, durant sa vie. le secret de sa force. Maintenant qu'il est dans le sein de Dieu. — nous le savons avec certitude par la décision de l'Eglise, — sa toute -puissante prière continue de verser dans son Institut la sève vivifiante qui le nourrit et le prépare à de nouveaux progrès.