LE FRÈRE AGATHON
frère Agathon le transporta, en 1780, de Paris à Melun Il venail d'obtenir de Louis XVI que l'institul . déjà légalement reconnu dans le ressort des parlements de Paris et de Rouen, fût aussi établi par lettres patentes dans le ressort du parlement de Toulouse: par cette existence légale, les établissements <\v> Frères acquéraient une grande sécurité.
La piété filiale porta le frère Agathon a préparer la cause de béatification du vénéré fondateur; il donna Tordre de rassembler tous les documents capables de manifester les vertus et les miracles du serviteur de Dieu, et il défendit, le i juin 1 7S3 ', de rien disperser de et' qui avait appartenu à M. de la Salle, vêtements, ornements sacerdotaux, instruments de pénitence, etc., non plus que des ossements. Déjà, sans doute, ses précieux restes étaient recueillis et partagés, surtout chez ses enfants, comme de saintes reliques. En même temps, le frère Agathon ordonna que chaque maison possédai un registre « où seraient racontés, à mesure qu'ils se produiraient . tous les faits qui l'intéresseraient, ainsi que ses développements et ses travaux ». La Révolution allait trop toi interrompre l'exécution de ces pieuses e! intelligentes prescriptions.
Pour le frère Aerathon, instituteur consommé, l'œuvre (les écoles tint le premier rang dans ses préoccupations Il ne fonda que onze établissements nouveaux-, mais ii donna les soins les plus assidus à la formation des maîtres Il voulut que. pendant leur année de noviciat, uniquement appliqués aux exercices de piété, ils devinssent de parfaits religieux. Mais ds devaient être soumis ensuite à une sérieuse formation pédagogique. Dans ce but. le zélé supérieur ouvrit plusieurs scolasticats , à Marseille,
1 Voir cette décision au Registre de Saint-Yon, intitulé : Permis rions, p. 16. (Archives des Frères. — - Melun. Aurillac, Langres, Tours, Montdidier, Carcassonne, Arras, Commercy, Bollène, Avignon, Nimcs. (Cf. Annales, I. II, ch. xxvm. )
à Maréville, à Angers, à Melun, comme déjà Saint-Yon en possédait un. Dans ces écoles préparatoires, les jeunes Frères prenaient un complément de savoir personnel, et s'initiaient à Tari difficile de conduire les écoliers. On leur niellai I entre les mains la Conduite des écoles, ce livre si suggestif el si pratique du fondateur lui-même. Le frère Agathon donna de ce livre une nouvelle édition, soigneusement revue, d'où lurent effacées toutes les règles qui concernaient les châtiments corporels; par cet adoucissement de la discipline, les Frères inauguraient un système d'éducation que la loi, après l'opinion, ne devait imposer que quarante ans plus tard. Non content de publier les traités écrits par M. de la Salle, le frère Agathon composa lui-même, pour fixer les traditions et l'esprit de l'Institut, Y Explication des douze vertus d'un bon maître. Le saint fondateur avait nommé ces vertus : la gravité, le silence, l'humilité, la prudence, la sagesse, la patience, la retenue, la douceur, le zèle, la vigilance, la piété, la générosité; mais il n'en avait jamais écrit le commentaire. En traversant l'âme du frère Agathon, sa pensée se présentai! aux Frères sons le jour de la plus fidèle interprétation.
Jusqu'à cette époque, l'Institut n'avail pas encore publié de livres classiques. Sons le frère Agathon parurent les deux premiers : un Traité d'arithmétique à l'usage des pensionnaires et des écoles chrétiennes, et un Abrégé de grammaire françoise. Dans ces livres, IVnil d'une longue expérience, se révèle cet esprit pratique qui a donné depuis lors, à tons les classiques des Frères, la méthode el la clarté . qualités inappréciables pour l'enseignement.
Si désireux qu'il fui du progrès, le frère Agathon restait fortement attaché aux traditions. 11 en donna la preuve dans l'affaire soulevée, à Boulogne -sur- Mer, au sujet de la gratuité des écoles1. En I7<S(>. la municipalité de cette
1 Pour cette grave affaire <lo ta gratuité «les écoles, voir les Annales,
t. II . p. i i1' el smv