LE FRERE GERBAUD
adressant à M. de Fontanes, Le 1er juillet 1809, le texte des règles fondamentales. 1 )cs modifications sans importance, concernant les vœux, furent introduites par le conseil de l'Université. Le poinl le pins grave était l'obligation pour les Frères de régler leur obéissance o par les maximes contenues dans la Déclaration du clergé de France de l'an 1082 <• . Il fallut toute l'énergie el l'autorité morale de M. Emery, membre du conseil de l'Université, pour faire effacer une disposition si vexatoire et d'inspiration si gallicane. « Personne n'estime plus que moi votre Congrégation, écrivait M. Emery, à celle occasion l, et je regarde comme un trait particulier de la Providence, qu'elle soil agrégée à l'Université... Vous pouvez compter sur tous mes bons offices d'autant plus que vous servir, c'est servir la religion. »
Ces lignes, écrites par M. Emery le 13 octobre el le 3(1 novembre 1810, ne s'adressaient point au vicaire général de l'Institut. Le frère Frumence était mort le '21 janvier, et le frère Gerbaud venait d'être élu supérieur général le 8 septembre 18102.
Le frère Gerbaud débutait avec 32 maisons et environ 160 Frères. Lorsqu'il mourut, en 1822, il avail Fondé 141 maisons nouvelles, cl le nombre- des Frères avait dépassé 600. Ce progrès de l'Institut, réalisé à travers les crises politiques qui signalèrenl la chute de l'Empire et l'avènement de la Restauration, fut le prix de luttes incessantes vaillamment soutenues par le supérieur des Frères.
La question militaire se posait dès celle époque. Dispensés de la conscription par la bienveillance de l'Empereur, les Frères se virenl menacés par les terribles exigences de la guerre; mais Fontanes les sauva.
1 Cf. Chevalier, les Frères '1rs Ecoles chrétiennes et renseignement primaire, p. 24;>. — - Sébastien Thomas, 'lit frère Gerbaud, étaii aé le -I décembre 1760, à Bréhévil^e, diocèse de Verdun; entré au noi le le mai 1778, il avail fait sa profession en L"
en 1811, en faisant admettre au Conseil d'Etat que « les professeurs, régents, maîtres d'école et Frères des Écoles chrétiennes..., pouvaient, sur la demande du grand maître de rtJniversilé et la présentation du minisire, jouir de l'exemption provisoire du service accordée aux élèves de l'Ecole normale1 ». Cette faveur fut remise en discussion an mois de février 1 H 1 S . lors de la préparation de la nouvelle loi militaire. Royer-Collard plaida courageusement la cause des Frères et fit adopter l'amendement qui suit : « Seront également dispensés les autres membres de l'instruction publique, lorsqu'ils auront contracté, envers le Conseil supérieur de l'instruction publique, rengagement de servir pendant dix ans. Cette disposition est applicable aux Frères des Ecoles chrétiennes 2. » Celte loi du 1(1 mars !<S|(S protégea longtemps les Frères contre les embarras de la conscription militaire.
Une autre difficulté surgit en même temps au sujet des brevets de capacité. Une « Commission de l'instruction publique », chargée d'organiser renseignement primaire, décida (pie tout particulier, pour se vouer aux fonctions d'instituteur, devrait être muni, après examen. d'un brevet de capacité délivré par le recteur de 1 Académie. Dans quelque école qu'il enseignât, école communale, école de charité, école libre, école chrétienne, ('(•oie mutuelle, le maître était partout astreint au brevet '. Cette ordonnance du 21) lévrier 1816 changeait notablement les conditions d'existence pour les Frères; car ils ne s'étaient jamais inquiétés de prendre les brevets. Ils éprouvaient même à cet égard la plus grande aversion ;
1 Cm vAi.iii. . p. 255. Avis du Conseil d'Étal du 23 juillet 1811. Les Frères étaienl considérés - comme attachés à l'Université impériale — - Chevalieh, p. 392-397. — 3 Cf. Chevalieh, p. 329. L'Ordonnancé du -2(.) février 1816 distingue: des écoles publiques ou communales, entretenues aux frais des municipalités; des écoles de charité, créées pai fondation; des écoles libres, ouvertes par un particulier à ses risques el périls; les écoles chrétiennes, publiques ou libres, tenues p;ir les Krères ; les écoles d'enseignement mutuel, où le nouveau système était en usage.
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non pas que le travail préparatoire leur demandât trop d'efforts, ni que la science nécessaire fui un danger à leurs yeux, puisqu'ils la possédaient déjà: mais ils craignaient que les examens et les titres ne devinssent pour l'Institut une cause de ruine '. Sous l'empire de ces appréhensions, qui se son! justement dissipées depuis lors, ils résistèrent à l'obligation qui leur était imposée, et se résignèrent à voir fermer plusieurs de leurs eeoles.
Après trois ans de combat, un accord se conclut entre l'Institut des Frères et l'Université : les Frères prendraient le brevet, mais le brevel leur sérail délivré par le recteur d'Académie sur la simple présentation des lettres d'obédience. Cet état de choses, adopté par le ministre Decazes, le 13 février 181 (.)-. dura jusqu'en 1831.
Bien plus ardentes et plus longues furent les luttes engagées à propos des méthodes d'enseignement : nous consacrerons à celle question un paragraphe spécial .
Ces différends n'empêchaient pas l'Etat de se montrer sympathique au développement de l'Institut. La ville de- Paris, principalement, tenait les Frères en haute estime pour les services qu'elle en recevait dans l'éducation de la classe indigente. Tant par reconnaissance que par intérêt, le conseil général de la Seine, faisant alors fonctions de conseil municipal de Paris, pril une délibération, le 27 avril 1819, en vue d'offrir aux Frères la jouissance d'un immeuble, s'ils eonsenlaieiil à transporter à Paris leur maison mère et leur noviciat.
La proposition fut acceptée. Toutefois, la pauvreté <.\r> Frères ne leur permettant pas de meubler une grande maison, ce ne fui (pie deux ans après, en I S2 1 . qu ils prirent possession de la maison Dubois. H'»."), faubourg Saint-Martin. Vingt-six ans plus lard, les (nivaux de la
1 Ce sont les ternies du frère Gerbaud (huis une circulaire du 26 !<■ vrier 1819. Chevalier, |>. i'.'T.i— 2 Voir ce document dans Chevalieh, I ('<:;. — '• Cf. ; IV du présenl chapitre.
gare de l'Est amenèrent L'expropriation de la maison Dubois: par une délibération en dale dn 26 février 1847, approuvée par ordonnance royale du 17 avril suivant, le conseil municipal transféra les Frères dans un immeuble de la rue Plumel . aujourd'hui rue Oudinot. Les Frères en ont joui paisiblement jusqu'en 1881. La ville de Paris ayant alors résolu de rompre les conventions passées avec les Frères, l'affaire a dû être portée devant les tribunaux. où elle n'a pas encore reçu de solution définitive 4.
Après avoir parcouru une courte mais féconde carrière, le frère Gerbaud mourut le 10 août 4822. Dès le Il novembre suivant, le frère Guillaume de Jésus fut élu pour lui succéder. Durant les huit années qu'il fut supérieur, le frère Guillaume ne fut mêlé à aucun événement considérable; les relations avec l'Etat furent pacifiques; le progrès intérieur s'accomplit sans secousse. Il fonda 72 établissements, tant en France qu'à l'étranger, et le nombre des Frères s'éleva de 600 à 1400 environ.
Deux faits signalent le passage du frère Guillaume au supériorat: la fondation dune école normale à Rouen et la création d'un pensionnat à Béziers. Ces deux institutions ramenaient les Frères aux usages établis par leur fondateur lui-même. L'école normale de Rouen2 reprenait l'idée qu'avait eue Jean-Baptiste de la Salle dans la formation des séminaires de maîtres de campagne: à Reims et à Paris, il s'était préoccupé de préparer des instituteurs laïques; l'Etat n'avait pas encore imité celte ingénieuse création. -Quant au pensionnat de Béziers, qui allait renouveler les traditions de Saint-Yon, il ne fut ouvert que sur une autorisation expresse du ministre de l'instruction publique, en 1830, qui reconnaissait ainsi
1 Cf. Chevalier, p. 501 el suiv., p. 549 el suiv. Voir surtout la plaidoirie de M8 Louchet, prononcée devant La cour d'appel de Paris, le 15 novembre 1899. (Archives des Frères.) — - L'école normale de Rouen tu I ouverte en 1 828.
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que les Frères, par ce nouvel établissement, ne sortaient point de leurs anciennes règles1.
Le frère Anaelet, élu le 2 septembre 1830, gouverna l'Institut dans des conjonctures plus difficiles. Sans parler de la crise toujours aiguë de l'enseignement mutuel, il eut à parer aux modifications introduites par l'Ordonnance de 1834 el de la loi île 1833.
En 1831. une Ordonnance royale relira aux Frères le privilège qu'ils avaient de recevoir le brevet sur la seule présentation de leur lettre d'obédience; aucun Frère ne pouvait être directeur d'école sans avoir subi un examen devant un jury d'Etat. Celle mesure, prise contre les Frères, tourna en fait à leur profit. La nécessité de subir des examens les obligea à un travail intellectuel plus intense, et la science qu'ils en retirèrent les rendit capables de réaliser de nouveaux progrès. Ils en sortirent mieux armés pour la concurrence qu'allait établir la loi de 18.J3.
La loi du 28 juin 1833, préparée par Guizot, émancipait, du moins partiellement, renseignement primaire Elle établissait nettement la distinction de l'enseignement officiel et de l'enseignement libre. Chaque commune de France devait avoir une école primaire et son instituteur; dans chaque département devait être créée une école normale pour former des maîtres. Les communes pouvaient confier leurs écoles à dv> maîtres religieux; les Frères, en effet, en dirigèrent un grand nombre. Les écoles normales, où se recrutaient les maîtres laïques, pouvaient elles-mêmes être dirigées par des religieux; les Frères des Écoles chrétiennes en dirigèrent en effel plusieurs. Mais, à côté de l'enseignement publie, les particuliers pouvaient librement tenir école, pourvu qu'ils fussent approuvés par 1rs recteurs d Académie et
1 Cf. Chevalier, p. 578 el suiv.
pourvus du brevet de capacité. Ce brevel de capacité. obtenu devant un jury d'Etat, était la principale restriction à la liberté; car. pour subir les examens, il était nécessaire de se conformer aux programmes et de s'initier aux méthodes que l'Etal déterminait.
Le frère Anaclel accepta celle concurrence et se mil en mesure de lui 1er avec avantage. Les Frères subirent les examens pour le brevel", leurs classiques lurent revus avec soin; de petits noviciats lurent créés pour assurer le reerutemenl de l'Institut; par l'admirable institution dv^ écoles d'adultes, les Frères prirent l'initiative de mettre l'instruction à la portée des jeunes ouvriers, qui ne peuvent donnera l'étude que les soirées d'hiver.
Le frère Anaclet venait de donner une vigoureuse impulsion à toutes les œuvres de l'Institut, lorsqu'il fut surpris par la mort, le- 6 septembre 1838. Son héritier, l'une des plus grandes ligures de ce siècle, allait mettre en singulière valeur le dépôt confié à ses soins.
Matthieu Bransiet, dit frère Philippe1, était né dans
la Loire, au hameau de Cachai, commune d'Apinac. le 1er novembre 1702.
Son généralal . qui dura Irenle-six ans. ne fut pas sculement le plus long, mais aussi le plus fécond. Quand il prit la direction des affaires, l'Institut comptait environ '-521 établissements, dont "282 en France et 12 à l'étranger. Sous son gouvernement . 1 002 nouvelles maisons furent ouvertes, dont 726 en France et 270 à l'étranger. Du chiffre de 2 TOI», le nombre des Frères, y compris les aspirants, s'éleva à H 570.
En parcourant le cahier dv< fondations, nous remarquons (pu- ces établissements furent en grande partie
1 A consulter : Poujoi lat, Vu du frèn Philippi Tours, Marne.