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jalouse de l'enseignement donné par les Frères dans les pensionnats, et essaya de restreindre la portée dv> programmes; mais le ministre, M. Rouland, n'approuva
point ces vexations : il jugea plus sage d'imiter l'initiative des Frères que d'en entraver l'exercice.
En effet, dès 1862, M. Rouland nommai! une commission pour examiner les questions o relatives à l'enseignement commercial, industriel, agricole, dans les établissements d'instruction publique et libre ». M. Duruy, qui lui succéda, élargit l'enquête commencée. Il visita lui-même les établissements de Passy, de Bordeaux et de Nîmes. Lorsque la loi de 1865 organisa renseignement secondaire spécial, elle ne lit que donner une sanction officielle aux programmes et aux méthodes depuis longtemps en usage dans les pensionnats <\r< Frères. Depuis lors, cet enseignement spécial a pris de grands développements1.
Au reste, cette œuvre des pensionnats n'a cessé, de grandir entre les mains des Frères. Plusieurs de ces maisons ont pris une orientation spéciale. On distingue des écoles commerciales, comme aux Francs-Bourgeois ; <\v> écoles d'agriculture, comme à Béarnais: des écoles préparatoires, comme à Saint- Etienne; (\v^ écoles industrielles avec ateliers de divers arts et métiers, comme à Saint-Nicolas de Paris et à Reims.
Les 276 établissements fondés à l'étranger parle frère Philippe se répartissent sur toutes les parties du monde : 106 en Europe, 26 en Asie. \'-\ en Afrique, loi en Amérique.
A ces fondations d'Amérique reste attaché le nom du frère Facile. Ce nom méritait une mention particulière dans cette histoire, à cause de la singulière fécondité qu'il rappelle. Lorsqu'il mourut, en 1861, le frère Facile
1 Pour tout ce qui concerne celle question, voir l'intéressante déposition du frère Justinus, faite le -lï mars 1899, devanl la Commission de l'enseignemeut , présidée par M. Ribot. Eiujuête, t. II.
laissait, tant aux Etals-Unis qu'au Canada, 78 écoles, 259 classes. 24500 élèves, 368 Frères et 74 novices.
Tout confinés qu'ils fussent dans renseignement, les Frères ne se désintéressèrent point des œuvres populaires et sociales. Entre leurs mains, elles prendront même, un peu plus lard, un grand essor. Ils se désintéressèrent moins encore de la pairie. Durant Tannée terrible, on les trouva sur Ions les champs de bataille, mais surtout aux portes de Paris, recueillant et soignant les blessés, rendant aux morts les derniers devoirs. Ils s'épargnèrent si peu, et leur héroïsme éclata tellemenl aux yeux de tous, qu'après le rétablissement de l'ordre, quand l'Académie française eut à décerner un prix offert par la ville de Boston, « au plus bel exemple de patriotisme qui aurait été donné pendant la guerre, » son choix tomba sur l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes.
Jamais les travaux extérieurs ne détournèrent le frère Philippe des soins qu'il devait au gouvernement intérieur de son Institut. Par ses circulaires et ses visites, il ramenait sans cesse les Frères à la ferveur primitive Les veux tixés sur M. de la Salle, comme sur le modèle qu'il devait reproduire, il parut toujours aux Frères, par sa douceur, sa piété, sa fermeté, la vivante image du fondateur. Il eut la joie de l'entendre proclamer Vénérable par Grégoire XVI, le S mars 1840, et ce fui sa suprême consolation d'apprendre, le I»'1 uovembre INTo. que Pie IX avait publié le décret de l'héroïcité des vertus.
Il avait dû lutier pour sauvegarder ses fils du service militaire; car. le II février I S * W > . une circulaire ministérielle avait restreint la dispense aux Frères employés dans un établissement public d'instruction. Porté au Sénat, le dessein du ministre recul d'abord l'approbation de la Chambre haute, malgré les éloquentes paroles du cardinal de Bonnechose. Mais en lévrier IS(>S. lors de la discussion
sur la garde nationale mobile, les Frères furent maintenus
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clans leur privilège. Par la loi militaire du 27 juillet L872. tout membre ou novice d'une Association vouée à renseignement, et reconnue d'utilité publique, était exempté du service militaire, pourvu qu'il eût contracté un engagement décennal avant le tirage au sort.
Après trente-six ans de labeur et de combats, le frère Philippe était mûr pour la récompense. Il mourut, le 7 janvier 1874, en odeur de sainteté, et entouré de la vénération universelle. Il avait dilaté l'œuvre de Jean- Baptiste de la Salle; il l'avait mise sur toutes les voies du dévouement. Ce sera pour ses successeurs une charge assez lourde que de la soutenir et de la détendre.
Le premier l'ut le frère Jean-Olympe. Montré plutôt que donné, il mourut au bout de douze mois1.
Le frère Irlide2 lut élu le 2 juillet 1875. Il avait été désigné aux suffrages par de nombreux services rendus déjà à l'Institut. L'Institut avait besoin de lui. de son entente aux affaires et de ses connaissances juridiques, pour les mauvais jours qu'il allait traverser.
Actif et entreprenant. le frère Irlide donna une vive impulsion à toutes les œuvres. Il fonda 268 établissements nouveaux, étendit à l'étranger l'influence de son Institut. Il comprit tout ce que l'enseignement chrétien gagnerait à être représenté à l'Exposition universelle de 1878, et, au lieu de se désintéresser de celle puissante réclame, il la fit tourner à la gloire de Dieu. Avec une sollicitude toute paternelle, il lil des petits noviciats son œuvre de prédilection. Sous son gouvernement, le nombre des jeunes aspirants monta de 150 à I 300. Mais sa niis>i>>n providentielle fut de soutenir et d'orienter l'Institut au milieu des combats que la politique allait lui livrer. Il
1 Notice sur le frère Jean-Olympe. Elu le 9 avril 1874, If frère Jean- Olympe mourut le 17 avril l!S";i. — - Cf. Notice sur le frère Irlide.
cul le mérite de diriger et de raffermir sa Congrégation dans la redoutable crise des laïcisations.
Le frère Joseph, qui prit sa place le 18 octobre 1884. fut promptement use1 par les soucis d'une lutte qui ménage chaque joui' de douloureuses surprises. Le courage du frère Joseph lui à la hauteur de la situation. Il comprit que. si les Frères étaient repoussés du monde officiel; ils (levaient compenser celle perte par l'intensité de leur action dans les établissements libres.
Dans celle pensée, le frère Joseph donna aux œuvres de persévérance une très vive impulsion. Si déjà elles avaient été créées dans l'Institut avec la collaboration du vicomte de Melun, elles ont pris, depuis dix ans. un développement extraordinaire. A l'école el au pensionnat, le Frère comprend de mieux en mieux le rôle apostolique qui lui incombe. 11 sent qu'il n'en a pas fini avec l'éducation de l'enfant, di^ (pu- celui-ci sorl de l'école. Sa sollicitude suit l'enfant les jours de dimanche et de congé; elle raccompagne à l'atelier, l'enrôle dans les patronages, les conférences de Saint -Vincent -de -Paul; les cours d'apprentis et d'adultes, les sociétés d'anciens élèves, les cercles el maisons de famille, les œuvres de catéchistes...
Ainsi, sous mille formes diverses, c'est toujours l'esprit apostolique de Jean-Baptiste de la Salle qui anime ses enfants, qui travaille à l'éducation du pauvre et de l'ouvrier, qui combat avec un zèle égal l'ignorance et le vice, qui prépare, dans les enfants, des hommes capables de gagner la vie future en traversant noblement la vie présente.
Nous avions raison de dire qui', le 7 avril 1710. Jean- Baptiste de la Salle n'était pas descendu toul entier dans
1 II mourut If l''1 janvier 1S'.)7. Le frère Gabriel-Marie fut élu le 19 mars suivant.
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la tombe. Quelque chose de lui étail demeuré. Ce germe vivanl a grandi e! s'esl épanoui en un arbre puissant. Un même esprit, l'espril du fondateur, anime en cette année 1900,
Les 15060 Frères en exercice.
Les 4400 novices et aspirants,
Les 1530 maisons de l'Institut, dispersées en Europe, en Asie, en Amérique cl en Afrique.
Les 1934 écoles, où se donne l'instruction populaire,
Les 75 pensionnats où se préparent des commerçants, des ouvriers, des industriels et (\v> agriculteurs,
Les 322376 élèves formés dans ces écoles cl pensionpats,
Sans compter les familles dans lesquelles pénètre, par les enfants, l'influence morale de l'Institut,
Sans compter les -nombreux jeunes gens enrôlés dans les œuvres de jeunesse.
Quel glorieux prolongement de vie!
INFLUENCE DE JEAN - BAPTISTE DE LA SALLE SUR LA FONDATION DE CONGRÉGATIONS ENSEIGNANTES DE KRÈRES
La vie de Jean-Baptiste de la Salle a débordé l'organisme de son Institut. Elle a rayonné eu dehors, non seulement dans les familles qui oui pris contael avec ses œuvres, niais aussi dans les autres Congrégations enseignantes, donl son exemple a provoqué la fondation, donl son esprit a inspiré les règlements. Nous ni' ferons point injure aux douze Congrégations française- de Frères instituteurs, en affirmant que la flamme apostolique donl elles brûlent a élé prise au foyer qu'alluma Jean-Baptiste de la Salle.
Toutefois, durant le xvme siècle, notre Saint eut peu d'imitateurs. Son Institut lui-même ne lit que des progrès assez lents; en effet, en 1 790 . cent dix ans après la fondation, il ne comptait encore qu'un millier de Frères ou aspirants, tandis qu'en 1900. cent années après le rétablissement, il en compte plus de dix -neuf mille. Ce siècle, lin d'un régime qui tombait sans secousse, ne sentait pas sans doute, comme le noire, le besoin de créations nouvelles pour parer à des besoins nouveaux: les généreuses initiatives qu'ont suscitées nos révolutions eussent peut-être détonné dans un temps où la seule tradition faisait loi.
Il se rencontra cependant une âme ardente-, originale, aimant les âmes jusqu'à la folie, qui eut assez de hardiesse pour créer une œuvre d'écoles charitables et gratuites. Le bienheureux Louis- Marie Grignoi) de Montfort, né au diocèse de Rennes en I (> 7 3 . avait passé sept ans au séminaire de Saint -Sulpice; de 1693 à 1700. il avait vu les Frères; il avait visité les écoles sulpiciennes. il avait vu ces centaines d'enfants, silencieux et recueillis, se rendre chaque jour à l'église; il savait quel fruit avait produit dans le faubourg Saint-Germain l'instruction des enfants pauvres. Aussi, dès qu'il eut ouvert ses missions et résolu de fonder une société d'hommes apostoliques, il décida de leur adjoindre une compagnie de Frères pour le temporel et pour les écoles. Partout où il prêchait, il avait (\v^ Frères qui faisaient le catéchisme au peuple et instruisaient les enfants. En 1714, à la Rochelle, il organisa dc^ écoles stables pour les garçona et pour les tilles. La façon dont en parle l'historien Grandel est fort remarquable : « Réfléchissant aux grands maux que l'hérésie, quoique cachée, faisait encore à la
Rochelle il lui vint à l'esprit que rétablissement dc<
écoles chrétiennes, tant des garçons que des tilles, serait le remède le plus sur et le plus efficace à ce grand mal; et qu'en donnant aux enfants pauvres de l'un et de
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L'autre sexe une éducation conforme à leur état, il bannir;iit par degré de la populace L'oisiveté, l'ignorance e1 Ions les vices qui en sonl la suite1. »
Lorsqu'il fui surpris par la mort, deux ans plus Lard, le vaillant missionnaire laissa loule la pensée de son âme dans son Lestamenl : il voulail des religieux pour évangéliser la campagne, des Filles de la Sagesse pour soigner les malades ci tenir les écoles cliaritables de filles , i\c> Frè du Saint-Espril pour prendre soin du temporel ei tenir les petites écoles de garçons. Il avait alors, en effet, sept de ces Frères, dont quatre étaienl déjà religieux, e1 dont plusieurs faisaienl la classe. L'un d'eux, le frère Jacques, faisail l'école à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée ,lorsque, en 1722. les familles religieuses de Montforl vinrenl s'y fixer. Si les Frères instituteurs du Saint-Espril furent peu nombreux jusqu'à la Révolution, il en resta toujours quelques-uns pour garder vivante la pensée du fondateur, germe fécond qui, au moment marqué par la Providence, n'aura qu'à se développer.
L'éclosion des Congrégations enseignantes de Frères date de la Restauration. Le gouvernemenl éprouvait la nécessité d'organiser l'enseignement primaire, mais il manquait partout de maîtres d'école. Au lendemain de la Révolution, l'Empire avail ressenti les mêmes besoins et les mêmes embarras; il avait rétabli les Frères de Jean- Baptiste de la Salle, ei même il les avail officiellement agrégés à L'Université; mais il n'avail provoqué, peutêtre n'aurait-il permis aucune fondation nouvelle. Par L'Ordonnance du 2(.t février 1816, le gouvernemenl de Louis XYIII semblait bien susciter (\v> créations de Congrégations enseignantes, lorsqu il disait, article 36 :
1 Cité dons Blain, Institut des Frères de l'Instruction chrétienne de Saint -Gabriel, p. 50; Poitiers. 1897. Dans ce livre, M. l'abbé Blain, aumônier des sourds - muets de Poitiers, a consciencieusement et magistralement rétabli l'histoire des premières origines des Frères de Saint -Gabriel.
a Toute Association religieuse ou charitable... pourra être admise à fournir, à de* conditions convenues , des maîtres aux communes qui en demanderont, pourvu que celle Association soil autorisée par Nous, et que ses règlements el les méthodes qu'elle emploie aient été" approuvés par notre commission de l'instruction publique1. "
A celle invitation répondirent aussitôt les pi us courageuses entreprises. Il fallut bien créer, car l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes, encore peu développé, ne pouvait répondre à toutes les demandes. D'ailleurs, en plusieurs endroits, on crut nécessaire d'élargir les cadres tracés par M. de la Salle. Les Frères (\c> Écoles chrétiennes ne devaient jamais être moins de deux; aucun prêtre ne pouvait être reçu dans leur corps; ils ne devaient point participer au culte ni prendre soin des sacristies. Les nouvelles Congrégations s'accommodèrent plus ou moins à certaines exigences des temps nouveaux. La plupart d'entre elles, pour donner des maîtres aux écoles de campagne, permirent qu'un Frère seul, hébergé chez le curé, fil la classe dans nue bourgade. Plusieurs d'entre elles Curent composées de clercs et de laïques, c'est-à-dire de prêtres et de frères. Quelques-unes même, trois au moins, acceptèrent le soin des sacristies dans les grandes villes. Au reste, indépendamment de la satisfaction donnée à dv^ demandes diverses, la multiplicité des iondations devait amener la multiplication dc> vocations religieuses.
Malgré la diversité de leurs intérêts, toutes ces congrégations se rattachent par (\r< liens visibles à L'Institut des Frères i\c< Ecoles chrétiennes. Beaucoup d'entre elles proclament hautement que L'esprit de Jean -Baptiste de la Salle les anime; il n'en esl pas une qui ne lui ail emprunté le fond de ses constitutions. La comparaison des règles ne révèle que des différences accidentelles.
1 Cf. Chevalier, les Frères des Écoles chrétiennes, p. 331.