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CONGRÉGATIONS DE FRERES

Dès 1816, M. Deshayes, curé d'Auray, et M. Jean de Lamennais, frère de l'illustre écrivain, vicaire général

de Saint- Brieue . réunissaient simultanément, dans leurs maisons, des jeunes gens destinés à taire 1 école dan- Les eampagnes. En 1819, ils se connaisseni ei s'unissent, s'engageant à former, chacun de leur côté, des noviciats (le jeunes gens « qui suivronl autant que possible la règle des Frères des Ecoles chrétiennes ei se serviront de leur méthode d1 enseignement ' ». En 1821, M. Deshayes quitte Aurav et abandonne toute L'entreprise aux soins de Jean de Lamennais. L'œuvre prospéra entre les mains du saint prêtre breton. Sous le nom de Congrégation de l'instruction chrétienne . elle l'ut autorisée et reconnue d'utilité publique le 1er mai 1S22. Depuis lors, établie à Ploërmel. dans le Morbihan, elle a multiplié les établissements d'instruction en France et à l'étranger.

Lorsque M. Deshayes avait quitté Aurav. en 1821, c'était pour aller, à Sainl-Laurent-sur-Sèvre . prendre la direction des œuvres de Grignon de Montfort2. lui s occupant dv^ Filles de la Sagesse et d^< Pères du Saint- Esprit, il ne perdit point de vue l'œuvre des écoles. Digne héritier de Montfort, il n'avait, du reste, qu'à donner une vigoureuse impulsion à ce qui vivait déjà; car. à côté des missionnaires, il trouva des Frères occupés du temporel et des écoles. Dans cette communauté, alors 1res réduite, il versa les sujets qui l'avaient suivi d'Auray. Bientôt son activité, secondée par les curés de la Vendée, de l'Anjou et du Poitou, amena un tel développement (\c^ Frères, qu'il l'ut en mesure, sans négliger le temporel (\v> Pères et des Sœurs, de prendre

1 Ropartz, La. Vie et les œuvres <!>■ M. Jean-Marie Robert de Lamennais, p. 274. Voir surtout la Vie 'le Jean-Marie de Lamennais, par le Père I.avkili k, de l'Oratoire (sous presse). — - Cf. Laveau, Vie du

Père Deshayes, Vannes, 1854; Dalin, Fonteneai , B s, ï le de Louis

Marie Gripnon de Montfort; le Bienheureux de Montfort et les écoles charitables, brochure, Poitiers, 1889; Blain, Institut les Frères de l'instruction chrétienne <!•• Suint-Gabriel , Poitiers. 1897.

plusieurs écoles. En 1835, la petite société des Frères enseignants avait tellement grandi, qu'on jugea bon de lui donner son autonomie. En s'établissant dans un local nouveau, elle prit un nom nouveau aussi; désormais elle sera connue sons le nom de Frères de Y Instruction chrétienne de Saint- Gabriel. Cet essaim d'hommes apostoliques n'oublie pas, el il a raison, de quelle ruche il est sorti. Approuvé par une ordonnance royale du 17 septembre 1823, il répond aux saintes ambitions du bienheureux Montfort, en inslrnisanl aujourd'hui 20000 entants dans 1 78 maisons.

Le mouvement qui se dessinait dans l'Ouest, dès 1816, se propagea sur toute la France. En 1817, dom Fréchard, ancien bénédictin de l'abbaye de Sénones, réunissait quelques jeunes gens dans sa cure de Colroy, au diocèse de Nancy, et les tonnait au métier d'instituteurs pour les communes voisines. Tandis (pie les villes opulentes, disait -il. avaient le bonheur de posséder des Frères des Ecoles chrétiennes, il voulait procurer aux campagnes les mêmes avantages, en créant une société de Frères qui pourraient aller seuls, et qui cependant suivraient la manière de vivre et d'enseigner adoptée par les lils de M. de la Salle. Les Frères de la Doctrine chrétienne de Nancy, nommés parfois Frères de Notre-Dame de Sion, furent reconnus d'utilité publique le 22 juillet IS2"2!

En même temps, au village de La Valla, canton de Saint-Chamond Loire) , un humble vicaire, l'abbé Champagnat, réalisait un projet conçu durant les années ferventes de son grand séminaire. Un certain nombre de jeunes séminaristes de Lyon, à la tête desquels étail l'abbé Collin, le futur fondateur des Prêtres Maristes, avaient eu 1 idée de fonder une société de prêtres voués au salut des âmes par les missions el par l'enseignement

1 Cf. Marton, Notice biographique sur dom Fréchard, dernier bénédictin de Sénones, curé de Colroy et </<> Saint -Biaise -la -Roche, fondateur des Frères <!<' la Doctrine chrétienne de Nancy; Nancy, 1890.

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de la jeunesse; leur dévotion à la sainte Vierge leur avait inspiré de prendre le titre de Société de Marie. Seul, dans ce groupe, l'abbé Champagnal eul l'idée de Frères enseignants : « Il nous l'aul des Frères, dit-il, il nous faut des Frères pour faire le catéchisme, pour aider aux missionnaires, pour faire l'école aux enfants. -- Eh bien! lui répondirent ses amis, chargez-vous des Frères, puisque vous en avez eu l'idée. >> Les deux rêves de ces séminaristes sont devenus de puissantes réalités : le Père Collin vil dans la Compagnie si prospère (\c> Prêtres Marisles. l'abbé Champagnal dans les Petits-Frères de Marie. Fondée à La Valla, en ISI7. la société des Frères Ma.ristes lui plus lard transportée à Saint- Genis- Laval (Rhône); elle compte aujourd'hui 8 050 membres et élève 105 000 enfants1.

La même année I 8 1 7 . à Bordeaux, le chanoine Cliaminade fonda les Frères de- Marie . ou Marianites. La société ne s'occupa, dans ses débuts, que de congrégations ou œuvres de jeunesse. Mais, sentant bien que l'enseignement serait le plus puissant moyen d apostolat, elle ouvrit bientôt des écoles primaires ri des pensionnats. Dès la fondation, la société de Marie se composa de Pères et de Frères, de prêtres cl de laïques, soumis aux mêmes règles et jouissant des mêmes avantages. Les Frères, afin de pénétrer plus aisément dans le monde. ne portent point la soutane, mais seulement un costume laïque, d'apparence modeste et sévère. Les Marianites tiennent de grands collèges, entre autres celui de Stanislas, à Paris 2.

Trois autres Congrégations présentent des constitutions analogues à la société de Marie, parce! heureux mélange de prêtres et de frères.

LTnsliluI des Clercs de Saint- Viateur, fondé a Vourles

1 Vie 'If Marcellin- Benoît- Joseph Champagnat , ///•'■'//•,• mariste , fon dateur de la Société des Petits Frères <!<■ Marie; Lyon, 1896 «■( 189" 2 D'après des noies communiquées par la maison mère

(Rhône), par l'abbé Guerbes, en 1829, et autorisé par le gouvernement dès 1830, ne compta d'abord qu'un petit nombre de prêtres, ce qu'il en fallait pour la direction des Frères. Mais depuis leur développement au Canada, depuis surtout leur entrée dans l'enseignement secondaire, les clercs de Saint-Viateur comptent beaucoup plus de prêtres. Chose singulière! l'abbé Guerbes ne se proposait d'abord que de créer une école normale libre d'instituteurs pieux et instruits : comme Jean- Baptiste de la Salle . il fut amené à grouper les maîtres en Congrégation '.

Une autre Congrégation, celle de Sainte-Croix, s'est tonnée en 1835, par l'union (Tune société de Frères de Saint-Joseph, fondée en IN20 par M. Dujarrié, curé de Kuillé-sur-Loir. avec uni' petite société de prêtres auxiliaires du Mans, (pie venait de grouper M. Basile More;iu. professeur de dogme au grand séminaire du Mans. Aujourd'hui. 719 religieux de Sainte-Croix, tant prêtres que frères, élèvent 7000 enfants dans 63 collèges et écoles-.

La Congrégation du Saint-Esprit et du Saint- Cu-ur de Marie, qui date de 1848, est aussi le résultat de la fusion de deux sociétés : celle des missionnaires du Saint-Cœur de Marie, l'ondée en IS'i-1 par le vénérable Libermann, et l'ancienne Congrégation du Saint-Esprit, fondée à Bennes par M. Poullard - 1 )esplaees en 1703. Les Frères de celle société ne sont que les auxiliaires des Pères, soit pour le temporel de leurs établissements, soil pour l'instruction primaire et professionnelle des enfants qui leur Sont confiés. Ils ont été reconnus d'utilité publique en 1874, surtout en vue des colonies et dvs missions .

1 Notice biographique sur le II. P. Louis-Marie-Joseph Guerbes, fondateur de /'Institut '1rs clercs </<■ Saint-Viateur; Lyon, 1888.— - D'après des noirs communiquées par la maison mère. — : Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, Notice (maison mère .Cette Congrégation tient le Séminaire colonial, à Paris, 30, rue Lhomond.

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Les Frères du Sacré-Cœur, dont la maison mère esl à Paradis, près du Puv. doivent leur origine à un zélé missionnaire de Lyon, le Père Coindre. Ce généreux apôtre, fondant des œuvres et créant des écoles pour maintenir le fruit de ses missions, comprit qu'il ne leur assurerait de stabilité que par des maîtres unis par la profession religieuse. Le groupement dr< premiers Frèn date de 1821. Approuvée par l'État le 18 mars 1825, celte Congrégation instruit 30000 enfants dans 160 maisons1.

Nous mentionnerons encore deux familles religieus< du diocèse de Belley. La société des Frères de la Sainte-Famille fut fondée, ver- 1824, par un simple laïque, le frère Gabriel Taborin, pieux instituteur, qui avait renoncé à la vocation ecclésiastique pour se livrer au ministère de maître d'école. L'enseignement primaire et la direction des sacristies sonl les deux objets principaux auxquels s'applique la société2. Quant aux Frères de la Croix-de- Jésus , fondés en \H'2i par M. Bochard, vicaire général de Lyon, ils tiennent dv- pensionnats, (\c< externats et des sacristies. Leur Congrégation, formée d'abord de prêtres et de frères, ne comprend plus que dvr- frères depuis 18723.

Aucune congrégation de Frères ne se rattacln plus étroitement à l'œuvre de Jean-Baptiste de la Salle que celle de Montebourg Manche . Elle lui fondée en IKii». par M. Delamare*, alors vicaire général de Coutau qui disait à ses premiers disciples : « Je ne connais rien d'aussi sage, en fait de Règles pour <\v< Frères instituteurs, que les lie-les de M. de la Salle. - Elle a été reconnue d'utilité publique le \ septembre 1856.

Nous passons sous silence bien d'autres tentatives (\\\

1 Vie du Père Coindre, Lyon, 1888; Vie du frère Polycarpe, Le Puy, 1893. — 2 çf Biographies du frère Taborin et du frère A.médée, aux Archives des Frères de la Sainte -Famille. — : D'après des noies communiquées de Ménestruel. — ' Morl archevêque d'Auch.'

même genre; nous nous sommes borné à celles dont, la vitalité s'est affirmée par la durée1. Soit, explicitement, soit implicitement . c'esl la pensée de Jean-Baptiste de la Salle qui encourage tous les fondateurs, ses règles qui servent de modèle à toutes les constitutions. En conséquence, il est vrai de dire que l'esprit du Saint n'anime pas seulement les dix-neuf mille membres de son Institut, mais aussi les dix-huit ou vingt mille membres i\v^ Congrégations similaires qui travaillent à la même œuvre e1 sous l'action du même zèle apostolique.

C'est pourquoi nous croyons qu'il sera glorieux à noire Saint de mettre sous les yeux du lecteur le tableau des Congrégations de Frères, telles qu'elles sont en France à l'heure présente

1 Nous aurions pu citer beaucoup d'autres institutions. Nous mentionaerons en particulier les " Christian Brothers" d'Irlande, ('.ci Institut fut fondé en 1 802 par le Révérend Ignatius Rice et fut approuvé en 1N-20 par un Bref de Pie VII. Ils ont adopté, sauf quelques légères modificationSj comme le costume, les Règles de l'Institut (1rs Frères de Paris. Us en ont même pris les armes, qui soûl sculptées sur leurs principaux établissements, ils ont environ quatre-vingts établissements en friande, plusieurs en Australie, au Canada, dans les Etats-Unis et dans les Indes Comme ils n'acceptent pas la direction des écoles publiques, à pari un certain nombre d'établissements fondés ou maintenus par souscriptions, leurs principales maisons sont des " industrial schools " ou encore des établissements indépendants où l'on donne l'éducation intermédiaire entre l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire. A Dublin ils ont un petit noviciat et un grand noviciat. Il parait que leur nombre est d'environ un millier de sujets. — Parmi les Congrégations enseignantes de femmes, nous citerons, comme ayant adopté les

constitutions des Frères. l'Institut des Sœurs des Écoles chrétiennes de la Miséricorde, fondé en 1802 par la Vénérable Julie Postel, et établi dans l'ancienne abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte ( Manche i.

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