‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 288 sur 320 · METHODES PEDAGOGIQUES · texte numérisé non relu

METHODES PEDAGOGIQUES

en a vu à Paris qui avaient cinquante mètres de long- el fingt-cinq de large. Près de l'entrée de cette grande salle, capable de contenir jusqu'à mille écoliers, se trouvait une estrade élevée avec un bureau : celait la place de l'instituteur. De grandes tables parallèles, de douze à quinze mètres de longueur, séparées par un pass libre pour la circulation, remplissaient le milieu de la salle. Le long des murs étaient pendus des tableaux noirs, sur lesquels pouvaient s'accrocher, au besoin, des tableaux imprimés, en carton; un demi-cercle de fer s'étalait devant chaque tableau. Les écoliers travaillaient tantôt à leur table, tantôt à leur tableau: le maître, par des signaux, dirigeait tous les mouvements. Chaque groupe était présidé par un écolier appelé moniteur; le moniteur était le vrai maître enseignant. L'enseignement oral, donné à chaque cercle, était simultané. L'instituteur veillait à tout, soit du haut de son estrade, soit en allant de cercle en cercle ou de table en table.

Le mode mutuel n'avait pas été entièrement inconnu avant la Révolution : Mme de Maintenon lavait pratiqué à Saint-Cvr. les Frères en avaient usé partiellement, d avait été expérimenté à la Pitié par Herbaull eu ITiT. et à Yincennes par le chevalier Paulet en 1774. Il n'était donc pas tout à fait nouveau, lorsque l'Anglais Bell l'importa, de l'Inde en Europe, en I7(.l«s. sous le nom de '( monitorial System ». el lorsque Lancaster l'organisa à Londres en 1801 et lui donna son nom. Introduit en France par Garnot, en 1815, pendant les Cenl Jours1, ce système v a été. durant près de soixante ans. 1 objet de luttes qui s'expliquent par ses avantages et par défauts.

Le plus sérieux avantage de l'école mutuelle était qu'un seul instituteur pouvait diriger, sans (pic le- écoliers en souffrissent notablement, une classe très nombreuse.

Cf.' Buisson* , Dictionnaire de pédagogie , art. Mutuel, p. 1098;

Les différences d'âge el de force n'étaient pas une gêne, puisqu'il y avait autant de cercles que de degrés de force. A une époque où l'Etat voulait que tous les enfants fréquentassent l'école et où il manquait de maîtres, cet avantage était fort appréciable. Ce fut certainement le principal motif qui inclina le gouvernement à exercer une pression en faveur des écoles mutuelles. Les chauds partisans du système alléguaient en sa faveur des raisons qui ne manquaient pas de poésie1. « C'était une idée ingénieuse et une inspiration vraiment chrétienne que de chercher dans les enfants des auxiliaires pour instruire les enfants. On se plaisait à les voir se partager le pain de la science, et s'évangéliser, pour ainsi dire, les uns les autres. On se flattait aussi de les accoutumer à obéir, en les exerçant à commander. On espérait même leur inculquer le sentiment de l'équité, en les habituant à st.rendre entre eux la justice. A certains jours, dans des circonstances graves, la classe était érigée en tribunal; le coupable était traduit devant les moniteurs. La cause était instruite, plaidée, jugée en due forme, et les journaux d'éducation s'emparaient du jugement pour le proposer à l'admiration publique. »

Les critiques et les oppositions ne manquèrent pas aux écoles lancastériennes. Les routiniers du mode individuel les rejetèrent comme une nouveauté gênante; les Frères, tant par attachement à leur règle (pie par estime pour leur méthode, exaltèrenl le mode simultané. La politique s'en mêla; comme il était prôné par le parti libéral de Guizot, Laine, Rrryer-Collard, duc Decazes, duc Pasquier, le mode mutuel lui rejeté par le parti contraire. Si les reproches qu'on lui adressait n'étaient pas tous sérieux. plusieurs étaient fondés. Puisqu'on était en possession, avec les Frères, du mode simultané, dont la supériorité était incontestable, pourquoi recourir à une méthode

1 Cf. Buisson, Dictionnaire </<• pédagogie, ait. Mutuel, p. 2000.

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