LES ORDRES MINEURS
Sa piété prit dès lors un nouvel élan. Pour le rendre plus digne de ses hautes espérances. Pierre Dozet lui disait souvent : « Mou petit cousin . un chanoine doit vivre comme un chartreux, et aussi retiré qu'un chartreux, passant la vie dans la retraite et la solitude1. » Prose par de tels encouragements, le jeune chanoine faisait l'admiration de tous ses collègues par sa ferveur et son exactitude. « M. de la Salle, disait un jour l'un d'eux, est pour nous un modèle de régularité, de modestie et de candeur *. »
Un tableau du temps, conservé à Reims dans le noviei;it des Frères3, nous le représente tel qu'il était alors, en habit de chanoine, revêtu du surplis, l'aumusse sur le bras gauche, le bonnet carré k la main. Ses yeux bien ouverts annoncent la franchise et la pureté de son âme ; la bonté repose sur ses lèvres légèrement saillantes; aucune trace de vanité dansJ'arrangement de ses longs cheveux; mais tous les traits de sa physionomie respirent la paix, la simplicité, la confiance.
Son titre de chanoine l'invitait à se fixer dans la vocation ecclésiastique et à franchir un degré de plus vers le sacerdoce. Il n'eut du reste qu'à suivre son attrait personnel pour demander les Ordres mineurs. Le 17 mars 1068 4, au milieu de sa première année de philosophie, il les reçut en effet des mains de Charles de Bourlon, évèque de Soissons. L'ordination se fit dans la chapelle du palais archiépiscopal de Reims. Le cardinal Barberini, qui était enfin venu dans sa ville épiscopale le 17 décembre 1G67,
1 Note écrite en marge du manuscrit du frère Bernard, p. 12; elle aous semble être de la main du chanoine Louis de la Salle, qui .-i fail les autres corrections du manuscrit. — - Li card, V;-'.... t. I. p. 17. — 3 Ce tableau esl regardé connue le portrait authentique du chanoine «le la Salle a l'âge de dix-sepl ans environ. Nous n'avons pas la garantie absolue de cette authenticité. — 4Cette 'laïc, qui rectifie les manuscrits 'le Bernard et de Maillefer, .-i été prise par nous sur la lettre authentique d'ordination, conservée à l'archevêché de Paris.
en étail parti peu de jours après, et avait délégué Févêque de Soissons pour conférer les Ordres.
A mesure qu'il avançait dan? le? éludes, le chanoine , Salle s'approchait donc aussi du sacerdoce. Dès qu'il eut reçu le diplôme de maître es arts, le 10 juil- 1,1 1669, il se mit en mesure de commencer ses études tbéolngiques. Durant une année entière, il suivit les ,(iui- de L'Université de Reims. D'après les certificats <pii lui furent délivrés en 1670, il reçut renseignement théologique à l'école Saint-Denis, en même temps qu'au siège de la Faculté l.
La Faculté de théologie, fondée par le grand cardinal de Lorraine, avait eu pour bienfaiteur insigne Antoine Fnuniier, évêque de Basilite et auxiliaire de Metz. Avant délie élevé aux honneurs de L'Eglise, Fournier avait été moine à l'abbaye Saint-Denis de Reims. C'est pourquoi, landis qu'il faisait conslruire. près de Saint - Patrice , les bâtiments de la Faculté de théologie2, il avait fondé une chaire dans l'abbaye de Saint-Denis3. Jean-Baptiste de la Salle fut assidu aux leçons données de l'un et de l'autre coté. Il s'y rencontrait chaque jour avec les éludianls du séminaire et de l'abbaye, avec les boursiers de Saint-Patrice, avec les religieux des divers ordres du diocèse de Reims '.
Pendant cette année d'étude, il ne quitta point la maisom paternelle. Pour être admis aux Ordres, il n'était pas encore nécessaire d'avoir vécu interne dans un séminaire. Les ordonnances épiscopales commandaient seulemenl une retraite préparatoire.
Cependanl Reims n'était pas dépourvu de maisons
ouvertes aux jeunes clercs désireux de se préparer au
rdoce par une vie retirée. Dès son retour du concile
1 In inventaire que nous avons ^ms If-- yews prouve qiue; les deua certificats aa\ été délivrés à Jean -Baptiste. — - Caujlt, p. -"<•. — M mm ci . I . I\ , p. 324. — ' Cm i v . p. -27 ii.
ETUDES THEOLOGIQUES A REIM> 1?>
de Trente, Charles de Lorraine s'était empressé de fonder un séminaire, le premier qui exista en France, et il en avait construit les bâtiments près du collège '. De plus. Nicolas Roland venait de transformer sa propre maison en un vrai séminaire, et y recevait les ecclésiastiques qui voulaient vivre en communauté'2. Quoiqu'il fût déjà uni à Nicolas Roland par des liens de famille. Jean-Baptiste de la Salle ne paraît pas s'être agrégé à ce groupe fervent de jeunes étudiants.
Vers la fin de cette année scolaire, commença la série des deuils de famille qui devaient l'éprouver si cruellement. Le premier coup que Dieu lui porte au cœur fui la mort de Jean Moël de Brouille! :. son grand-père3. Le 2N juillet 1670, dans l'église Saint-Hilaire, il vit descendre dans la tombe des ancêtres la dépouille mortelle de ce saint vieillard, magistrat intègre, au caractère forlement trempé, pieux comme un religieux, qui avail veillé sur son enfance avec un amour si tendre, qui lui avait inspiré pour les choses saintes un goût si respectueux et si pur.
Serait-il téméraire de penser que. ce lien une fois brisé par la Providence, il fut plus facile à Jean-Baptiste de suivre l'inclination qui le portait vers le séminaire de Saint-Sulpice?