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LA GLORIFICATION DE JEAN - BAPTISTE DE L\ SALLE

Quand un homme se survit à lui-même dans ses œuvres, sa mémoire ne saurait tomber dans l'oubli. Porté par une Congrégation florissante, inscrit sur les murs de plusieurs milliers d'écoles populaires, régnant par ses méthodes jusque dans l'enseignement public, le nom de Jean-Baptiste de la Salle devait, sans effort, passer à la postérité.

De bonne heure ses enfants pressentirent la gloire de leur père, et recueillirent avec un soin pieux tous les traite qui pouvaient un jour illuminer l'auréole de son front.

Assez adroits pour tromper sa vigilante modestie, ils firent prendre son portrait par de^ mains habiles. Aux Vans, en 1712. il était dans la maison de Jauffret, lorsqu'un officiel' en -retraite lit l'esquisse du tableau qui se conserve dans l'église de Gravières. En ! T 1 <> . à Calais.

: M. Compayré, dans son Histoire de la pédagogie, Paris, Delaplane, L899, parle de certains détails de la pédagogie i\v M. de la Salle avec nu ton d'ironie que nous me •comprenons pas. Il a tort de ne pas apprécier ce que M. de La Salle a l'ait cl écrit pour établir dans ses écoles l'ordre, l'activité, la bonne tenue, la modération dans les corrections*, la direction pratique des programmes, etc.

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M. Gense lil dessiner, clans >a maison, un portrail dont la trace s'est perdue. Vers La niêine époque, Pierre Léger, peintre célèbre de Rouen, profita de ses entrées libre.- dans L'enclos de Saint-Yon pour saisir à la dérobée \v< traits du Saint, dette loile. regardée comme la plus fidèle, a été bien des fois reproduite. Le frère Irénée en envoya une copie à sa mère. Mme de Montisambert , en 1721). Scotin en lit une gravure qui fut tirée pour être mise en tète de l'ouvrage de Blain, en 17 ger lui-

même s'en inspira, en 17or. pour peindre une seconde toile, celle qui se conserve aujourd'hui dans L'Institut. Le tableau composé par du Phly, après La morl du Saint, et qui le représente les mains jointes et en habits sacerdotaux, est assurément un précieux souvenir: mais il est inférieur, à tous points de vue, à celui de Léger.

Les Frères ne lurent pas moins actifs pour conserver son portrait moral. Des qu'ils se virent privésde leur iondateur, ils déployèrent le plus grand zèle pour rassembler lou.- les documents capables de jeter du jour sur la vie. Les œuvres ei Le caractère de leur père. De nombreux Mémoires furent rédigés par tous ceux qui étaient entrés dans l'intimité de Jean-Baptiste de la Salle. Le frère Bernard, chargé d'écrire la biographie, ne lit qu'un travail imparfait, qui ne fut point imprimé. Dom Maillefer, bénédictin de Reims et propre neveu du Saint, écrivil une Vie qui ne répondit poinl aux vieux des frères. Ce fut Jean-Baptiste Blain. chanoine de Rouen, prédicateur plein d'onction, ami intime de son héros, qui donna, en L733, la première Vie imprimée de Jean-Baptiste de la Salle. Quoiqu'on y trouve moins une histoire qu'un traité de spiritualité, ei en dépit de ses exagérations, le livre de Blain présente Le portrait moral authentique de notre Saint. Les nombreux biographes qui ont écril depuis lors n'ont fait que suivre cl abréger Le Livre de Blain. Seul Le frère Lucard essaya de composer une \ i sur des documents Liistoriques soigneusement recueillis.

Son ouvrage, paru en 1886, manqua trop d'art pour faire valoir son travail. Le lecteur verra sans peine qu'en composant cette histoire, tout en gardanl à l'égard de Blain la plus entière indépendance, nous l'avons d'ordinaire suivi comme notre plus sûr guide.

Le livre de Blain. en conservant parmi les Frères le souvenir des vérins de leur fondateur, entretint cette vénération qui s'esl transmise si fidèlement, depuis les premiers disciples jusqu'à nos jours. Dans sa famille religieuse, Jean-Baptiste de la Salle est un père dont on aime à redire toutes les actions, un législateur dont les moindres prescriptions, retenues sous forme d'usage. servenl de règle, un maître dont les écrits sont lus avec avidité, un Saint don! les restes sont traités avec autant de respect que des reliques sacrées. Si Ton s'abstient de lui rendre un culte public, du moins il a un autel dressédans le cœur de chacun de ses enfants. Dans ee sancluaire intérieur, chacun d'eux l'invoque et communie à sa vie. Aussi n'a-t-il pas été difficile, le moment venu. d'établir à son égard le renom de sainteté.

Toutefois, ce ne fut que sous le frère Agalhon que l'Institut songea à faire décerner à son fondateur les honneurs de la canonisation. Quelque haute idée qu'ils eussent de la sainteté de leur père, les Frères s'étaient trouvés, tout le xvme siècle, aux prises avec trop de difficultés matérielles pour s'engager dans une procédure si longue et si dispendieuse. Encore la Révolution vint-elle arrêter les premières tentatives faites dans celte voie par le frère Agalhon. -

Les démarches furent reprises sous le gouvernement de Juillet. En 1835, le procès commença simultanément à Reims, à Pari- et à Rouen. Les enquêtes des trois Ordinaires furent menées avec tant de célérité et tant d'habileté, que, dès le 8 mai 1840, elles avaient mérité que Rome décernât solennellement au serviteur de Dieu le titre de \ énérable.

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