LES MIRA.CLES
Victoire Ferry, employée à l'hôpital général d'( Orléans . avait été victime, en 1832, des plus horribles brutalités de la part dune folle. Les suites de ce1 accident avaient été terribles. Pendant douze ans. la pauvre patiente avait traîné une vie de souffrances toujours voisine de la mort. En 184 't. au moment où l'on croyait la dernière heure venue, l'invocation confiante du serviteur de Dieu lui rendit subitement la saule. — Le frère Adelminien, directeur de la Communauté de Saint-Nicolas-des-Champs, à Paris, avait élé frappé, en 1866, d'une ataxie locomotrice progressive. Le malade éprouva bien vite la vérité de ce que l'illustre Trousseau avait dit de celle infirmité, à savoir qu'on n'en guérit pas. Désespéré tin côté dv> hommes, l'humble Frère se tourna du côté de son vénéré père. A Rouen, près du tombeau du Saint, où il s'était traîné en 1868, il sentit une guérison subite se produire en ses membres, à la suite d'une neuvaine à Jean-Baptiste de la Salle. — Le bruit de ce prodige lit naître la confiance dans le cœur d'un jeune enfant de onze ans. Etienne de Suzanne, qui se mourait de consomption, à Rouen. On attendait son dernier soupir, lorsqu'une neuvaine au serviteur de Dieu le rendit subitement alerte, Irais et joyeux, florissant de vie.
Ces faits, sévèrement contrôlés par les médecins et les canonistes, furent déclarés miraculeux par un décret du h'i' novembre 1887. En conséquence, il ne restait plus qu'à procéder aux solennités de la Béatification. Le lit lévrier 1888, dans la salle de Canonisation, au Vatican, le titre auguste de Bienheureux liit décerné par Léon XIII au fondateur des Frères dc^ Ecoles chrétiennes.
Cette déclaration . impatiemment attendue, lit éclater partout la joie. 11 y eut alors comme une explosion d admiration el de louanges à l'égard de Jean-Baptiste de la Salle. Dans toutes les maisons de l'Institut, dans toutes les villes où les Frères avaient des écoles, de splendides fêtes furent organisées, dans lesquelles tous les arts furent
appelés à prêter leur concours à la piété. La peinture prodigua ses couleurs; la musique, surtout lorsqu'elle vinl de Gounod, trouva de belles inspirations. La poésie, sur les lèvres d'Henri de Bornier et du Père Delaporte , rendit de nobles accents. L'éloquence, à son tour, fit d'heureux efforts pour célébrer, en d'innombrables panégyriques, les vertus el les œuvres sociales du Saint1. Le marbre et le bronze enfin s'animèrent sous le ciseau d'Oliva, de Falguière et de Montagny.
L'œuvre de Falguière, il est vrai, précéda les fêtes de la Béatification. En effet, l'idée d'un hommage public rendu à Jean-Baptiste de la Salle remonte à 1872. Un comité, formé sous le patronage du cardinal de Bonnechose, résolut d'élever une statue au fondateur des écoles populaires sur la place Saint-Sever, à Rouen. La ville promit son concours, le gouvernement donna son approbation. Aussitôt une souscription fut ouverte, el. dans tous les pays du monde où les Frères étaient connus, on recueillit l'obole du pauvre el l'offrande du riche. Il y eut un tel élan d'enthousiasme et de reconnaissance envers l'Institut, (pie des sommes considérables permirent de concevoir un plan grandiose. La statue fui exécutée par Falguière. déjà connu pour son Saint Tarcisius, et le piédeslal fui dessiné par de Perthes. ancien élève des Frères, architecte de l'hôtel de ville de Paris et de la basilique de Sainte-Anne d'Auray. Le monument fut inauguré le 2 juin l<S7o par le cardinal de Bonnechose , assisté de plusieurs évêques, et devant une foule compacte el sympathique. Depuis lors, le monument a été transféré de la place Saint-Sever près de l'enclos de Saint-Von. La statue, de bronze, représente le Saint instruisant (\vu\ enfants i\\i peuple: le plus jeune, assis à ses pieds, fait ses premiers cssnis de lecture; le plus âgé, sur le poinl de quitter l'école, reçoit les derniers avis du
1 Tons les documents concernant 1rs fêtes de le béatification ont été imprimés; on y trouve 1rs panégyriques.