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LES ÉCOLES GRATUITES DE M. ROLAND

qui ne le perdait point de vue1. » Ces œuvres chères à M. Roland, auxquelles il initiait son jeune ami, étaient celles des écoles charitables.

Diverses circonstances avaient tourné vers l'instruction des enfants pauvres le zèle infatigable de Nicolas Roland. Il avait constaté à Paris les heureux fruits des écoles charitables fondées par M. Rourdoise. par M. Olier et par saint Vincent de Paul. Son zèle s'était enflammé à la lecture des Remontrances de M. Démia *. Un voyage qu'il fit à Rouen, pour y prêcher le carême de 1070, le détermina à commencer son œuvre.

Alors vivait à Rouen un religieux minime . d'une sainteté éminente , le R. P. Barré. Il avait ouvert une école, à titre d'essai, en 1662, pour les petites filles pauvres de Sotteville, près Rouen3. Le succès l'engagea bientôt à foncier de nouvelles écoles dans Rouen même. Une dame célèbre , nommée Maillefer. l'aidait puissamment de ses ressources. Pour assurer l'avenir de son œuvre, il avait réuni en congrégation les maîtresses qui tenaient ses écoles. Les religieuses de la Providence. — ce fut plus tard leur nom, — devaient être sans cloître, entièrement soumises à Févêque : elles iraient partout où les enverrait la volonté de leurs supérieurs. Contentes pour elles-mêmes du strict nécessaire, elles devaient instruire les petites filles sans en recevoir aucune rétribution4.

Cette œuvre du Père Barré était un modèle; Nicolas Roland résolut de l'imiter à Reims. Avant de quitter Rouen, il fit promettre au Père Barré de lui envoyer des religieuses pour commencer. Avec un rare désintéressement. le religieux lui donna, vers la fin de 1070, la fondatrice même de la Providence, Françoise Duval. accompagnée d'Anne Le Cœur, qui déjà avait fait la classe aux enfants pauvres de Rouen3. Le 27 décembre 1670,

1 Maillefer, p. 9.— -Vie de M. Démia, p. 139. — :! Henri de Grèzes, Vie du II. P. Barré, p. 152. — 4 Hannesse, 17e de M. Roland, p. 136. — :' Ibid., p. I5i.

M. Roland introduisit les deux sœurs dans la maison des orphelins, rue du Barbâtre '.

Sans négliger les orphelins, en qui M. Roland voyait l'image de Jésus enfant, il ouvrit aussitôt des écoles gratuites. Des maîtresses zélées se groupèrent autour de Françoise Duval, et elles furent bientôt assez nombreuses pour instruire les enfants pauvres en plusieurs quartiers de la ville. Unies en congrégation, elles ont toujours porté, depuis ce temps, le nom de Sœurs du S;i int-Enfa n I -Jésus.

M. Roland aimait trop le chanoine de la Salle pour ne pas l'associer à son entreprise. Jean - Baptiste , de son côté, s'intéressait à l'œuvre des écoles gratuites. A Saint- Su Ipice il avait prié pour que Dieu suscitât des maîtres aux enfants pauvres. Les Remontrances de M. Démia lui étaient connues; il les avait lues, goûtées2; mais son humilité ne lui laissait point soupçonner qu'il serait le principal agent de l'œuvre si chaudement réclamée par l'ardent apôtre de Lyon. Dans les fréquentes visites qu'il fit à son directeur, il vit de près la communauté naissante du Saint -Enfant -Jésus, il fut témoin de ses premiers travaux , il applaudit à ses premiers succès. M. Roland l'entretint souvent de ses projets, lui confia ses peines et ses difficultés3.

D'ailleurs, M. Roland se rendait compte de l'état précaire de sa sauté. L^sé par l'excès de ses travaux et de ses mortifications, il prévoyait que sa fin serait prochaine. Qui prendrait soin de sa communauté et pourrait assurer son avenir? M. de la Salle, par ses qualités personnelles et par sa situation de famille, lui apparaissait comme le protecteur préparé par la Providence. Aussi le disposait-il doucement à recevoir et à garder le précieux héritage de sou zèle. Nous verrons bientôt avec quel filial dévouement Jean-Baptiste sut le recueillir.

1 Hannesse, Vie de M. Roland, p. 152. — 2 Lucard, Vie..., p. 37; Vie de M. Démia, p. 141. - a Hannesse, Vie de M. Roland, p. 165.

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