‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 45 sur 320 · PREMIER NOYAU RE LA COMMUNAUTE · texte numérisé non relu

PREMIER NOYAU RE LA COMMUNAUTE

consentit à faire visite à Mmc de Croyère. La pieuse malade le recul comme un envoyé de Dieu, et le supplia d'entreprendre l'œuvre qu'elle désirait fonder. « Il faut, dit-elle, que je profite d'une occasion si favorable; car il y a longtemps que Dieu m'a mis au cœur la pensée de fonder une école sur ma paroisse, et je suis bien aise d'en voir l'accomplissement avant ma mort1. » Touché de dispositions si apostoliques, M. de la Salle promit encore une fois son concours, et régla avec la malade les conditions d'exécution. Mmc de Croyère assura une rente annuelle de cinq cents livres pour l'entretien de deux maîtres, et promit de laisser à sa mort une somme de dix mille livres pour garantir la rente à perpétuité. Elle n'eut point la joie de voir ouvrir son école, car elle mourut six semaines après cet entretien. Mais, par son testament, elle en avait assuré la fondation. Les héritiers, en effet, n'ont jamais manqué de servir la rente de cinq cents livres pour l'école Saint- Jacques, soit à M. de la Salle lui-même, soit, après son départ de Reims, au supérieur des Frères.

La fondation acceptée , Adrien Nyel dut chercher des collaborateurs. Trois jeunes gens lui offrirent leur concours -. Après une formation pédagogique fort élémentaire, il en plaça deux à Saint- Jacques el le troisième à Saint -Maurice. Grâce à ces recrues, l'école Saint- Jacques put être ouverte au mois de septembre 1679 3.

Les maîtres, au nombre de cinq, ne formaient point une communauté. Cependant ils étaient logés et nourris ensemble au presbytère de Saint-Maurice. M. Dorigny trouva que la charge était lourde. Il ne recevait que huit ctiits livres pour cinq hommes. Il exigea deux cents livres pour chacun d'eux, sans compter leur entretien. Comme il ne s'agissait que d'une question d'argent,

1 Maillefer, |>. 2V. — 2Lucard, Annales, p. 9. - ; Bi vin, Vi t. I. p. 167.

M. de la Salle prit les maîtres à son compte et promit d'ajouter aux huit cents livres le surplus demandé. Il se liait donc de plus en plus étroitement à l'œuvre des écoles. Tandis qu'il ne croyait être que l'ami des maîtres, il allait en devenir insensiblement le père.

Après six mois d'expérience, il se rendit compte, en effet, de ce qu'il pouvait attendre d'Adrien Nyel. Cet homme avait des qualités sérieuses. Il était profondément chrétien, et il ne cherchait dans l'éducation qu'un exercice d'apostolat. Très instruit de sa religion, il était près des enfants pauvres un catéchiste excellent. Son zèle était aussi ardent que désintéressé , et il était prêt à entreprendre toute œuvre qui lui paraissait bonne. Doué d'ailleurs d'un vrai talent pédagogique, il avait le don de se faire écouter des enfants . et il en était assez respecté pour que le bon ordre fût assuré dans son école, tant qu'il y était présent.

Mais cette généreuse nature présentait de profondes lacunes. Nyel était trop entreprenant, il ne savait pas mesurer l'usasre de ses forces morales ni modérer son zèle. Toujours en quête de quelque chose de nouveau, il était fréquemment en voyage, provoquant des fondations d'écoles, cherchant des maîtres. Son ardeur, surnaturelle sans doute, était aussi le fruit d'un tempérament très agité. Un tel homme n'était point fait pour diriger une communauté. Aussi les maîtres se trouvaientils très isolés et abandonnés. Ils avaient d'autant plus besoin d'être unis par un lien puissant, qu'ils n'étaient attachés que par leur bonne volonté; aucun engagement ne les retenait; aucune formation intellectuelle et religieuse ne les avait accoutumés à se suffire. Nyel absent, ils se trouvaient dans le désarroi. De là une certaine négligence dans L'accomplissement de leurs devoirs de maître-. De la moins de progrès dans les élèves. On vit même que la tenue était moins bonne que les premiers jour-. Si on n'avait apporté au mal un prompt remède.

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