‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 47 sur 320 · ECOLE SAINT-SYMPHORIEN · texte numérisé non relu

ECOLE SAINT-SYMPHORIEN

pauvre? n'y avaient point d'école gratuite. Aussi M. de la Salle n'opposa-t-il aucune difficulté à cette fondation.

Par ses soins vigilants, la nouvelle école ne devint pas seulement plus nombreuse, mais aussi plus réglée que les deux autres 1.

Le vertueux chanoine ne consacrait cependant que la moindre partie de son temps à cette œuvre naissante. Il se rendait très fidèlement aux offices du chœur. Il n'avait point eessé de poursuivre ses études; et ce fut en cette année 1680, qu'il subit ses derniers examens et prit le bonnet de docteur en théologie2. Il s'appliquait avec zèle au ministère actif, et des âmes nombreuses recherchaient le bienfait de sa direction. Pendant ce temps, il achevait l'éducation de ses frères: trois d'entre eux, en effet, demeuraient avec lui.

Dans un des voyages entrepris pour ses affaires . durant cet hiver de 1680, un fâcheux accident faillit lui coûter la vie. Surpris par la nuit au milieu d'une campagne couverte de neige, il s'égara et tomba dans un fossé profond. Il n'en sortit que par de longs et pénibles efforts. Vue infirmité contractée à cette occasion lui rappela jusqu'à la mort le danger qu'il avait couru et la protection quasi miraculeuse qu'il avait éprouvée de la part de Dieu. « Il n'en parlait jamais, dans la suite, qu'avec les sentiments les plus vifs de reconnaissance . Après que Dieu lui avait si miséricordieusement sauvé la vie. pouvait-il ne pas la lui consacrer entièrement? 11 va le faire généreusement, en s'engageant encore davantage dans l'œuvre des écoles.

1 Blain, p. 170. Maillefer, p. 31. — - Maillefeb, p. 31. Nous croyons que Blain a tort de rapporter le doctorat à l'année li>8'2. — :; Maillefer, p. -Î2. Blain, p. 168. Nous ne savons pas quelle infirmité résulta de cet accident : )'-s biographes parlent en termes généraux d'une I iture ».

§ IV

il I.N-BAPTISTE l>E LA SALLE EST AMENE INSENSIBLEMENT A PRENDRE i i S MAITRES DANS SA MAISON. — IL TRIOMPHE DES OPPOSITIONS DE SA FAMILLE ET DE SES PROPRES RÉPUGNA:

Le règlement donné aux maîtres n'avait point établi l'ordre pour longtemps dan? la nouvelle maison. Pour maintenir dans la piété et la régularité les six jeunes maîtres qu'il avait sous sa direction, il eût fallu à M. Nyel plus desprit de suite, plus de stabilité. Ses absences continuelles livraient ces jeunes gens à tous leurs caprices. Autant il avait de succès dans les école-. autant il montrait peu d'aptitude à diriger une communauté. A mesure que les maîtres négligeaient leur règlement, ils devenaient mécontents d'eux-mêmes et de leur position4. Ils furent pris de dégoût pour leur vocation, et ils auraient abandonné leurs écoles, si M. de la Salle n'était intervenu pour sauver l'œuvre menacée.

Lorsque le saint chanoine eut constaté le mal, il resta quelque temps fort perplexe. Il voyait clairement qu'il fallait, sans tarder, choisir entre deux partis : abandonner les maîtres, ou bien en prendre résolument la direction complète. En effet, son esprit de régularité ne pouvait souffrir le désordre qui régnait chez eux: il aurait mieux aimé rompre avec eux qu'entretenir des relations sans utilité; car il ne concevait pas qu'une œuvre d'éducation chrétienne pût être menée à bien par des hommes qui n'étaient pas profondément pieux et vertueux. Mais comment briser les liens qui déjà l'unissaient à ces humbles maîtres d'école? Il sentit alors combien son

1 Lucard . Annales . p. 10.

Page 1