‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 48 sur 320 · JEAN-BAPTISTE CONSULTE LE PÈRE BARRÉ · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE CONSULTE LE PÈRE BARRÉ

cœur s'était attaché à eux en leur faisant du bien. Son zèle, d'ailleurs, lui commandait de ne pas laisser périr une œuvre si providentiellement entreprise. Dans un généreux élan, il prit devant Dieu la résolution de tenter un nouvel effort pour établir l'ordre et la ferveur dans la communauté des maîtres.

Mais ce résultai, il ne pourrait l'atteindre qu'en prenant les maîtres dans sa propre maison, qu'en vivant avec eux. Cette perspective l'effraya. Que dirait le monde, sa famille surtout, s'il recevait dans son hôtel. et à sa table, des gens d'une condition si intérieure à la sienne? Pourrait-il vaincre ses propres répugnances, et mener une vie commune avec des jeunes gens du peuple. dépourvus de cette politesse exquise dans laquelle il avait été élevé ?

Toujours fidèle à prendre conseil dans ses incertitudes, il profita d'un voyage à Paris pour consulter le Père Barré : . Il ne pouvait s'adresser à un homme plus éclairé ni plus expérimenté. Ce religieux minime, « puissant en œuvres et en paroles, savant dans les voies intérieures 2, » n'envisageait en toutes choses que la gloire de Dieu, et dirigeait les âmes avec une grande fermeté vers la perfection , aux dépens de l'égoïsme et des intérêts humains : nous en aurons bien des preuves dans la suite de cette histoire. Il était, plus que personne, « au fait des écoles chrétiennes. » Il avait ouvert des écoles gratuites à Rouen pour les jeunes filles pauvres, et avait groupé les maîtresses en congrégation. Depuis qu'il était à Paris, il avait essayé de réunir en communauté les maîtres des

1 Cf. Henri de Grèzes , Vie du R. P. Barré. La visite au Père Barré esl d'une date un peu incertaine. Lucard, clans les Annales, la place entre Pâques de 1681 et le 23 juin de la même année. En plaçant celle visite un an plus tôt, nous sommes plus conformes au texte de Maillefer, p. 33; du frère Bernard, p. :!7-39; de Blain, p. 174. Tous les trois supposent que c'est après sa visite au Père Barré que M. de ta Salle reçut les maîtres chez lui pour les repas: or c'est certainement an 24 juin 1680 qu'ils commencèrent à prendre leurs repas chez lui. — 2 Blain, p. 171 .

écoles de charité, afin de les sanctifier par l'observance d'une même règle de vie f. L'échec qu'il avait subi dans celte entreprise l'avait convaincu que les maîtres ne se suffiraient pas à eux-mêmes, qu'ils ne se grouperaient, d'une façon stable, qu'autour d'un homme qui prendrait sur eux de l'ascendant par ses exemples et ses paroles.

La connaissance qu'il avait de Nyel, depuis qu'il l'avait vu à Rouen, permit au Père Barré d'affirmer que cet homme agité et inconstant ne serait jamais un bon chef de communauté. Il reconnut au contraire promptement en M. de la Salle, dont la vie était si sainte et le caractère si heureusement trempé de douceur et de fermeté, L'homme prédestiné à la création d'une œuvre si désirée el en même temps si difficile. Dieu lui communiqua-t-il à ce moment une claire vue de l'avenir? Nous ne le savons pas. Toujours est-il qu'il donna au zélé chanoine de Reims un conseil très catégorique. « Voulez-vous, lui dit- il, former vos maîtres à la piété et leur faire aimer leur état à cause du bien qu'ils y peuvent faire, vous devez les loger chez vous et vivre avec eux en leur société 2. »

Jean-Baptiste rentra à Reims bien détermine à suivre le conseil du vertueux minime. Mais, toujours sage dans ses démarches, il ne voulut rien précipiter. Le loyer de la maison des maîtres n'expirait qu'au mois de juin 1681. En attendant, et pour mieux ménager la transition, il reçut les maîtres chez lui pour les repas. Ce changement n'était pas. du reste, bien considérable. Depuis que les maîtres habitaient près de son hôtel, il faisait apprêter chez lui leur nourriture3; il devait paraître très naturel qu'ils allassent eux-mêmes la prendre là où elle se préparait.

M. de la Salle profita de la présence quotidienne des

Bernard, p. 37. — -' Lu» ird, Annales, p. 13. — ;1 Bernard, |>. -«ri. le dit expressémenl .

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