‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 49 sur 320 · JEAN-BAPTISTE PREND EES MAITRES CHEZ LUI · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE PREND EES MAITRES CHEZ LUI

maîtres dans sa maison, pour s'emparer de leurs âmes et les porter au bien. Il les recevait dans une sorte de réfectoire, où chacun prenait, suivant les usages du temps, la portion qu'on lui donnait ' . Dans la même salle mangeait, avec ses trois frères, le maître de la maison-. Tout était si bien ordonné, dans celte religieuse famille, que ce ne fut pas une nouveauté d'y garder le silence et d'y écouter une lecture. Faite dans des ouvrages bien choisis, la lecture tenait les maîtres dans le recueillement, et les instruisait de leurs devoir- religieux et professionnels. Elle devenait ensuite l'objet d'un entretien familier qui suivait les repas. Dans ces pieuserécréations, le chanoine de la Salle commentait le texte qu'on avait lu. ou bien il entrait en conversation plus intime avec les maîtres qui en avaient besoin. Après que leurs âmes avaient été si pieusement refaites, les maîtres retournaient pleins d'ardeur à leurs occupations

Ainsi, organisée ] la petite communauté fit des progrès réels. Tout ce que les maîtres gagnaient en ferveur rejaillissait sur leurs écoles. Aussi les classes devenaientelles de plus en plus florissantes, tant par le nombre que par la bonne tenue des élèves. Le reste de l'année 1680 s'écoula sans aucune autre transformation i.

Au début de l'année suivante. M. de la Salle < vit bien que tout ce qu'il faisait pour former les maîtres à une piété solide ne produisait pas encore tout le fruit qu'il s'en était promis ». Il regrettait toujours que Xvel restât trop peu dans sa maison. Comme il dirigeait l'école Saint- Jacques, Xvel partait de grand matin et ne revenait que très tard5. Au reste, le fervent chanoine avait conçu pour ses protégés un idéal fort élevé, qu'euxmêmes n'envisageaient point encore nettement. Il voulait

1 Bernard, p. 40. Blaix, p. 174. — : En effet, on lit à M. de la Salle le reproche de les faire manger à la même table que ses frères. — 3 Maillefer, p. 33. Lui ard, Annales, p. 11. — • Maillefer, p. 33. — 3 Bernard . p. 'io.

que des maîtres chrétiens, voués par désintéressement à l'éducation des pauvres, fussent pour leurs écoliers des exemples de religion et de vertu.

Une occasion se présenta bientôt de mettre ses jeunes disciples en face de cet idéal. Aux approches de la semaine sainte, en 168J . Nyel apprit que les magistrats de la ville <le (mise avaient le dessein de créer une école gratuite pour les pauvres. Dès la première nouvelle, il résolut de partir pour Guise, afin de traiter l'affaire. Par déférence, il consulta M. de la Salle. Celui-ci profita de sa démarche pour lui représenter les inconvénients de ses fréquentes absences, pour le dissuader dune visite qu'il jugeait prématurée et intempestive; en tout cas. lui disait-il, mieux vaudrait laisser passer les fêtes de Pâques, de peur que les maîtres, isolés dans leur maison, ne perdissent le fruit de ces solennités. Rien ne pouvait retenir Nyel. lorsqu'il était en face d'une fondation projetée. Il partit donc pour Guise, laissant ses compagnons à la garde de la Providence1.

M. de la Salle profita de cette absence et de l'interruption des classes, à partir du mercredi saint, pour engager les maîtres dans une sorte de retraite spirituelle qui dura huit jours. « Il les prit chez lui chaque jour, depuis sept heures du matin jusqu'après leur prière du soir2. » 11 les mit par là dans l'obligation « de se rendre assidus aux exercices journaliers qu'il leur avait prescrits quelque temps auparavant, et dont ils ne s'acquittaient pas assez fidèlement sous différents prétextes. Les principaux elaient l'oraison, la prière vocale à certaines heures, et la mortification des sens3 ».

Lorsqu'il les eût sous les yeux, il reconnut aisément

beaucoup de petits désordres occasionnés par l'inap-

plication du supérieur ;i veiller sur eux* ». « Il remarqua

Bernard, p. 39. Maillefer, p. 3S. — - [bid., p. 34.— 3 Ibid., \>. :\\. ' Blain , p. I ' i.

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