‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 50 sur 320 · JEAN-BAPTISTE PREND LES MAITRES CHEZ LUI · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE PREND LES MAITRES CHEZ LUI

dan? quelques-uns une piété superficielle, une vocation chancelante, et menu- des inclinations basses qui provenaient d'un défaut d'éducation1. » Par contre, plusieurs montraient de la piété et laissaient espérer de grands progrès. Leur saint bienfaiteur leur faisait a sentir leurs défauts, leur parlait avec douceur, étudiait leurs différents caractères, y conformait ses réprimandes: par cette industrie, il trouvait le moyen de réformer leur extérieur, en même temps qu'il réglait leur intérieur2 ».

Après huit jours d'une vie sanctifiée par la prière et réglée par l'obéissance, les jeunes maîtres parurent des hommes tout nouveaux3. Lorsque Nyel, revenu de (iiiise. où il avait perdu son temps et sa peine, fut témoin de cet heureux changement, il ne sut comment témoigner à M. de la Salle son admiration et sa reconnaissance. Animé du plus sincère désintéressement, il le supplia de garder les maîtres dans sa maison. Il subissait d'ailleurs lui-même l'ascendant du vertueux chanoine: il avait éprouvé, dans l'affaire de Guise, la pénétration de son esprit et la justesse de ses observations ; c'est ce qui le rendit désormais plus déférent à son égard et plus docile à ses conseils l.

Cette retraite de huit jours avait instruit M. de la Salle; le succès l'avait encouragé. Il avait constaté que ces jeunes maîtres, s'ils étaient imparfaits, étaient du moins susceptibles de formation; en les gardant encore sous sa main, il avait bon espoir d'en faire des instituteurs pieux et zélés. Afin d'achever son œuvre dans leurs âmes, il continua de les recevoir depuis sept heures du matin jusqu'après la prière du soir: ils ne sortaient de son hôtel que pour aller à leurs écoles '6.

Dans la pensée de M. de la Salle, ce séjour prolongé dans sa maison n'était qu'un essai. Avant de s'engager

1 Maille) i r, p. :>4. — - Ibkl., p. .'ii. — 3 Blain, p. 174. — '■ Maillefi.u. p. 35. — '' Blain, p. 175.

plus avant, il voulait éprouver la volonté des maîtres ; aussi discret (pie zélé, il ne leur eût point imposé de vivre avec lui, s'il avait senti qu'il leur était à charge. D'un autre côté, il souhaitait de ne froisser ni sa famille ni ses frères, et il les accoutumait par degrés à le voir dans la société des maîtres1. Dès qu'il fut assuré que les maîtres s'attachaient à lui, et que les exercices de la vie commune leur plaisaient . il prit le parti de les loger dans son hôtel. Ce nouveau pas, qui fut décisif, il le franchit le 24 juin 1681. A dater de ce jour commence pour lui la passion douloureuse : humiliations, travaux, souffrances physiques et morales, rien ne lui sera épargné. Les grandes œuvres de l'Eglise ne se fondent, comme l'Eglise elle-même, que par le crucifiement d'une victime.

Sitôt que M. de la Salle eut exécuté sa résolution, les contradictions commencèrent. Déjà le monde l'avait trouvé singulier. Depuis deux ans qu'il s'occupait des maîtres, sa conduite avait paru étrange. Mais on avait gardé le silence, par respect pour son titre de chanoine et par égard pour la haute situation de sa famille. Lorsque les maîtres habitèrent définitivement dans sa maison, toutes les critiques se donnèrent libre cours. On ne comprenait pas qu'un homme de condition, un membre du Chapitre, consentît à vivre avec de si petites gens. C'était déroger que d'admettre à sa table de simples maîtres d'école sans naissance, sans éducation. Le vêtement des maîtres, en effet, formé d'un petit habit noir avec un rabat, sans manteau ni capote, n'annonçait que la pauvreté -' ; on n'y trouvait pas même ce cachet religieux -qui, dans la mise simple du moine. a coutume de gagner le respect. Tous ces bruits de l'opinion s'éteignaient avant d'atteindre M. de la Salle; il affirmait trop de décision dans toute sa conduite, pour

1 Blain, p. 175. — -' Bernard, p. 42.

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