‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 51 sur 320 · CRITIQUES DONT JEAN -BAPTISTE EST L'OBJET · texte numérisé non relu

CRITIQUES DONT JEAN -BAPTISTE EST L'OBJET

qu'on osât de vive voix lui reprocher son attitude1. Mais les critiques arrivaient à sa famille et l'exaspéraient.

Ces excitations du public animaient, en effet, ses parents contre lui. Sa manière de vivre leur causait une profonde humiliation. A leurs jeux, Jean- Baptiste ne savait pas garder son rang. Tant que sa vertu, si austère fût-elle, ne l'avait pas mêlé aux gens de rien, ils l'avaient tenue en grande estime, ils l'avaient même appréciée comme un moyen sûr d'avancer dans les honneurs ecclésiastiques. Mais, par la folie de ses relations, il compromettait à la fois sa dignité et son avenir. Comme il était l'aîné de sa maison et chargé de la tutelle de ses frères, ses proches parents s'assemblaient parfois chez lui et venaient s'asseoir à sa table -. On ne lui ménageait point alors les reproches, on l'accusait de négliger le soin de ses frères pour élever des instituteurs sans manières, qui ne savaient que l'a h c. D'après le témoignage d'une de ses tantes, il écoutait tout patiemment, les bras croisés sur la poitrine, et ne répondait rien3. Ces fêtes de famille, auxquelles il se prêtait volontiers, étaient pour lui autant d'épreuves.

Sa famille lui faisait surtout un crime de tenir ses jeunes frères à la même table que les maîtres d'école. Libre à lui de communiquer avec des gens qu'on estimait vulgaires et grossiers ; mais il devait préserver de ce contact ses jeunes frères, destinés par leur naissance à un milieu plus élevé et à des mœurs plus délicates. Comme toutes ces observations ne changeaient point sa résolution, ses parents furent d'avis qu'il fallait à tout prix lui enlever ses trois frères. L'un d'eux, l'aîné, très attaché à Jean-Baptiste, n'y consentit jamais; le second se laissa entraîner au bout de cinq ou six mois, et se retira chez sa sœur Marie, épouse de Jean Maillefer; le

1 Bernard, p. 12. — - Ibid., p. 42. — :î Ibid., |>. 42-43.

plut; jeune fut placé, pour continuer >e? études, chez les chanoines réguliers de Senlis4.

Loin de le détourner de son ouvre, ces oppositions n'aboutirent qu'à l'y fixer. On lui déchira le cœur en lui arrachant deux frères qu'il aimait tendrement. Ses réserves d'affection et de dévouement se portèrent alors. avec une force nouvelle, sur ces humbles maîtres qui formaient sa famille d'adoption. Sa délicatesse avait un peu souffert du commerce journalier de ces natures vigoureuses, pleines de ressources, mais encore sauvages, <{ue l'éducation n'avait pas affinées. Mais la grâce l'aida; il put vaincre ses propres répugnances, et bientôt il se complut dans ce milieu modeste qu'il avait accepté. Il n'en recevait d'ailleurs que des consolations. Nvei lui-même s'était rangé de bonne grâce à la règle qui gouvernait la maison -.

La fervente communauté venait de célébrer les fêtes de Noël, lorsqu'elle commença à essaimer. L'année 1682 fut particulièrement féconde en fondations: car la bénédiction de Dieu suivait de près les premières tribulations. Tandis que les parents de M. de la Salle n'avaient cherché qu à le vexer pour le retirer de son entreprise, il- l'avaient, en fait, rendu libre. Déchargé du soin de ses frères, il put suivre les inclinations surnaturelles que Dieu lui mettait au cœur. Pour se dérober aux importunités de sa famille, et pour soustraire les maîtres à la dissipation d'une maison très fréquentée et d'un quartier très populeux, il loua une maison

1 M. de la Salle avait quatre frères vivants : ftcmy, Jacques, Louis, . Jacques était entré chez K-> chanoines réguliers de Sainte- Geneviève, à Paris, dès 1678. Il restait 'loue, avec Jean-Baptiste, Remy, âgé <!<• trente-un ;ms; Louis, âgé de dix-huit ans; Pierre, âgé de quinze ans. tous les biographes s'accordenl à dire que c'esl L'aîné qui resta avec lui. Mais d'autres insinuent <|u<- ce fut Louis, le futur chanoine dé Reims. Vinsi M. Hannessi dit que son frère Louis resta ehe* lui ». Bulletin du diocèse de Reims, 1893, p. Ii~. Mais Louis n'était |>;>^ l'aîné. Nous manquons de moyens pour éclaircir celte question. — - Blain, p

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