ECOLE DE RETHEL 8H
noinc de Notre-Dame, et une demoiselle Anne Paton , veuve de Bonvarlet, qui promit, elle seule, cinquante livres de rente1. Les écoles gratuites se fondaient alors dans des conditions fort modestes, puisque le traitement d'un maître ne s'élevait, en moyenne, qu'à deux cents livres. Si M. de la Salle, avec une prudence qu'on ne saurait trop louer, exigeait des garanties, ce n'était que pour assurer strictement la subsistance de ses instituteurs. Nyel put ouvrir la nouvelle école dès le 1" mars. Les enfants pauvres, abandonnés jusqu'alors, s'y pressèrent en foule. La population fut très satisfaite des procédés des maîtres et des résultats qu'ils obtenaient parmi les élèves. Les magistrats et le clergé s'applaudirent d'avoir procuré à la ville une si heureuse institution.
Le duc de Mazarin s'y intéressait vivement. Il voyait souvent Nyel et l'interrogeait sur cette société de maîtres, si pieusement dirigée à Reims par M. de la Salle. Plein d'estime pour un homme de condition qui s'appliquait, avec tant de zèle , à une œuvre si obscure et si importante néanmoins, il témoigna le désir de voir le vertueux chanoine. Dans l'intérêt de ses écoles, M. de la Salle n'hésita pas à faire le voyage de Rethel"2. Alors s'établirent, entre le grand seigneur et l'humble chanoine, des relations de mutuelle sympathie, qui aboutirent plus tard à de nouvelles fondations.
Cependant Dieu ne permettait point que les joies de sou serviteur fussent sans mélange; les humiliations venaient à point pour l'empêcher de se complaire dans les honneurs. Ainsi ses biographes racontent qu'après avoir reçu du duc de Mazarin les plus hauts témoignages de bienveillance et de considération , il essuya , de sa pari , des refus très pénibles. Quelques années après l'établissement des écoles de Rethel, le duc conçut le dessein d'assigner sur ses domaines une rente perpétuelle de deux cents livres
1 Cf. Lucard, Annales, p. 16. — - Maillefeh, p. 42. Blain, p. 181.
pour r entretien des maîtres. L'affaire était conclue avec M. de la Salle; le contrat, déjà rédigé, allait être signé. Mais des esprits brouillons se jetèrent à la traverse et firent échouer le projet. Un jour leur suffit pour changer les dispositions du duc. Lorsque M. de la Salle se présenta pour signer, il trouva le seigneur de Mazarin indifférent. « d'humeur à plaisanter à ses dépens1. » Sans manquer de respect envers le duc, et sans se départir de sa modération ordinaire, il rejeta avec fermeté les conditions humiliantes qu'on lui proposait, et souffrit sans se plaindre les mots blessants qui lui furent adressés*. Sa conduite respectueuse et calme toucha profondément le duc. Car celui-ci, non content d'assurer ensuite aux écoles une rente de quatre-vingts livres, s'entendit avec M. de la Salle pour fonder, en 1685, une sorte d'école normale où se formeraient les instituteurs destinés à ses domaines3.
Les écoles de Rethel fournirent à M. de la Salle une autre occasion de souffrir pour son œuvre et de faire éclater son désintéressement. Deux personnes riches lui avaient laissé une somme assez considérable pour la fondation. Il avail déjà les titres et les papiers, lorsque les héritiers, irrités de voir échapper une part de leurs espérances, menacèrent de lui intenter procès. 11 aima mieux renoncer à ses droits que de plaider. Dans une entreprise toute basée sur la charité, il ne voulait pas qu'on put le soupçonner d'attachement aux biens de la terre. D'ailleurs, de tels exemples de vertu, en attirant les bénédictions divines, stimulaient encore la générosité des âmes zélées \
' Blain, p. 18t. — - Blain. p. 181. — 3 11 en sera question au chapitre suivant. — ' En effet, les dons affluèrenl à l'école de Rethel: <-n ins::. le chanoine Favarl donna une maison aux Frères; en 1692, Mn< Paton leur en légua une autre. Wec une somme de 1 600 livres qui lui l'ut donnée, M. de la Salle en acheta deux autres, l'une en 1692, l'autre en 1704. Cf. Lu< vrd, Vie..., p. 57, d'après les minutes de M' Mis- Iris, à Rethel.