IL DEVIENT LE CONFESSEUR DES MAITRES. SES EXEMPLES DE VERTU
Le 24 juin 1682 est la date de naissance de l'Institut des Frères des Ecoles chrétiennes. Ce jour-là, en effet, Jean- Baptiste de la Salle rompait avec tout son passé et entrait définitivement dans sa voie. Déjà ses frères l'avaient quitté, sa famille s'était éloignée de lui. Mais jusque-là il avait encore habité son riche hôtel de la rue Sainte- Marguerite , et les maîtres avaient été reçus dans sa maison. Quoiqu'il fût très mêlé à tous leurs exercices, il y avait cependant une distinction entre eux et lui; il leur restait en quelque façon étranger. Mais, au nouveau domicile de la rue Neuve, cette différence s'efface; la maison commune est la maison des maîtres : bien qu'il paye le loyer. M. de la Salle n'est au milieu d eux que
comme l'un d'entre eux. C'est une communauté qui coin m en ce à vivre.
Bien modestes sont les débuts de cette nouvelle famille religieuse. Le fondateur ne voit autour de lui qu'une dizaine de jeunes instituteurs. Aucun vœu ne les lie ; aucun habit particulier ne les distingue des séculiers; aucune règle écrite ne les gouverne. Ils sont unis par la charité, et les exemples de leur chef leur servent de constitutions.
D'ailleurs, M. de la Salle ne voit, point encore clairement l'avenir. Il n'agit point en vertu d'un plan concerté d'avance. La Providence le guide, et il exécute au jour le jour ce que Dieu lui demande. C'en est fait, il a voué son existence à l'instruction des pauvres et à la préparation des maîtres; mais il ne sait pas encore jusqu'où sa fidélité le conduira.
Les desseins de Dieu, lorsque l'homme n'y met pas obstacle, se déroulent suivant un ordre logique. Aussi pouvons -nous prévoir que M. de la Salle sera amené bientôt à fonder un Ordre religieux nouveau, pour la direction des Ecoles chrétiennes et gratuites.
Que veut-il, en effet, sinon donner aux pauvres des maîtres chrétiens, des maîtres qui aient le courage de consacrer leur vie à ce travail obscur, des maîtres qui, sans espoir de gain, enseignent, avec un zèle toujours égal, les éléments du savoir humain et les principes de la religion? Or une telle mission ne pouvait être remplie que par des hommes gardant le célibat et adonnés à la pratique des plus pures vertus chrétiennes.
L'enseignement était alors presque entièrement entre les mains des prêtres et des clercs qui, par état, vivaient en dehors du mariage. Les maîtres laïques, eux-mêmes, gardaient la pluparl du temps le célibat. Cet usage ne tomba que lentemenl durant le xvnf siècle. Lorsque Napoléon I1'1 organisa l'Université, il eut d'abord la pensée d'obliger tous les maîtres à n'avoir point d'autre