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PREMIERE IDEE DE L'INSTITUT

famille que leur? élèves. En vertu de cette coutume ancienne, M. de la Salle aurait donc été incliné à maintenir dans Le célibat les maîtres qu'il assemblait pour ses écoles.

D'au lies raisons cependant devaient le déterminer. La question pécuniaire ne fut pas sans influence. Car si les maîtres des écoles payantes n'avaient qu'une condition modeste, les maîtres des écoles gratuites étaient fatalement condamnés à la pauvreté. En effet, dans les écoles payantes, les maîtres avaient trois sources principales de revenus : une rente moyenne de deux cents livres, tirée de fondations scolaires; la contribution des enfants, qui payaient chacun de trois à cinq livres par an : les redevances en nature , que les habitants de chaque région scolaire se faisaient un devoir d'acquitter1. Dans les écoles gratuites, comme nous l'avons déjà vu. on assurait au maître le logement et une rente moyenne de deux cents livres; les enfants ne donnaient aucune rétribution; aucun don en nature ne pouvait être imposé aux habitants. Comment des maîtres si dénués de ressources auraient-ils pu fonder une famille? Comment auraient-ils pu . sans la ferveur religieuse , passer leur vie dans une telle pauvreté? Ou bien il fallait renoncer à tenir les écoles gratuites d'une façon permanente et laisser les classes populaires dans le vice et l'ignorance, ou bien il fallait que les instituteurs des pauvres vécussent dans le célibat.

Plutôt que de laisser les pauvres sans maîtres, M. de la Salle dut prendre ce dernier parti. L'esprit de l'Eglise était d'ailleurs très favorable à une telle conclusion. L'Eglise, en effet, avait approuvé le vœu de chasteté

1 Sur la situation financière des anciens maîtres d'école, consulter Allain, l'Instruction primaire en France avant la Révolution, p. 130. La rétribution scolaire des enfants variait avec le pays, et surtout avec ! âge 'les élèves et l'enseignement reçu : la moyenne était sept à huit sols par mois, soit environ quatre livres par an.

pour les congrégations d'hommes voués aux œuvres de zèle, et pour des congrégations de femmes appliquées à l'enseignement.

Mais la vertu n'est garantie dans le célibat qu'à la condition d'être sauvegardée par une vie religieuse intense. Sans la piété nourrie d'exercices quotidiens, sans la mortification qui impose l'éloignement du monde et la garde des sens, la chasteté est toujours en péril. L'œuvre de M. de la Salle, pour être solide, devra donc être bâtie sur les vieux de religion comme sur d'inébranlables fondements.

Gardien fidèle de l;i vertu de chasteté, l'esprit religieux sera du reste la condition du succès de l'éducation chrétienne des enfants pauvres. Ces pauvres abandonnés qu'il recueille. M. de la Salle veut les instruire: mais il veut surtout les moraliser. Pour remplir ce programme apostolique qu'il leur trace, les maîtres devront avoir sur les lèvres les paroles de la foi, et dans leurs actes les exemples de la vertu. Cela suppose dans leur cœur un foyer de vie chrétienne (pie, seule, la profession religieuse peut y entretenir.

Ces raisonnements ne prirent cette forme explicite, aux yeux de M. de la Salle, qu'en 1684, lorsqu'il tint la première assemblée de l'Institut. Mais déjà ils étaient en germe dans son esprit, dès ICxS^, lorsqu'il vint s'établir dans l'humble maison de la nie Neuve.

Justement convaincu que l'ordre dans la vie est une condition de la vertu, M. de la Salle commença par régler sa communauté naissante. Même dans son hôtel, il avait accoutumé les maîtres à faire leurs exercices religieux en commun et a des., heures déterminées. Cette régularité monastique s'accentua encore dans la nouvelle maison. Depuis l'heure matinale du lever jusqu'au soir, pas un instant de la journée n'était abandonné au caprice. On passai! de la prière à l'école et de l'école à la prière. Le temps même des repas et des récréations n'était pas un

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