‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 58 sur 320 · DECOURAGEMENT DES PREMIERS MAITRES · texte numérisé non relu

DECOURAGEMENT DES PREMIERS MAITRES

complet délassement : une lecture de- table fixait L'esprit sur des pensées sérieuses ou sur des récits édifiants: la conversation devenait ensuite le commentaire de ce qu'on avait entendu.

Une vie si austère, presque sans détente, produisit bientôt la lassitude. Les maîtres, qui avaient moins cherché à être des religieux que des instituteurs, « trouvèrent leur vie ennuyeuse, leurs exercices trop gênants, leur nourriture trop simple, leur liberté trop à l'étroit1. » Ils avaient vécu sous la direction de Nyel, el ils avaient contracté près de lui des habitudes d'indépendance et de laisser-aller qui s'accommodaient mal du régime austère qu'imposait M. de la Salle. Durant les premiers mois, ils avaient goûté la piété et la régularité du saint chanoine: mais, après les premiers attraits de la nouveauté, ils avaient senti leur volonté fléchir sous le joug.

Péniblement affecté de cette défaillance. M. de la Salle mit tout en œuvre pour retenir ses chers disciples: nous verrons dans la suite que tout départ, même le mieux motivé, déchirera son cœur de père. Mais ni ses larmes ni ses exhortations ne purent retenir ces âmes découragées. Il dut se résigner à une cruelle séparation -.

Il ne tarda pas à reconnaître que Dieu lui-même veillait sur son petit troupeau et qu'il en avait écarté, par une disposition providentielle, les brebis indociles dont la présence eût été dangereuse. Les vides furent promplement comblés. Des vocations très riches d'espérances, où le talent des écoles se joignait aux plus consolantedispositions de piété, ranimèrent le courage du saint directeur. Dans ces nombreuses recrues, il put faire un choix : il renvoya, malgré des signes non équivoques de piété, des jeunes gens qui manquaient de talent et d'aptitude pour l'enseignement J. A part deux ou trois anciens. sa communauté se trouva composée de membres nou-

1 Maillefer, p. 4ii. — - lliid.. |>. VT. — Bernard, p. 46. Blain, p. 179.

veaux, tout disposés à subir son influence et à se laisser façonner par lui à la vie religieuse. Grâce à ce renouvellement de personnel, la ferveur régna dans toutes les âmes, et la maison prit l'aspect d'une irréprochable régularité.

Cette crise fit comprendre à M. de la Salle la nécessité d'une direction intérieure uniforme pour tous les sujets de sa communauté *. La multiplicité des confesseurs entraînait la variété, sinon l'opposition, d'esprit et de conduite. Les maîtres eurent d'abord la pensée de s'adresser tous à M. de la Salle lui-même : la confiance qu'ils avaient dans ses lumières et l'affection que leur inspirait sa bonté les y invitaient. Une crainte respectueuse suspendit leur dessein, et ils s'adressèrent successivement à divers confesseurs. Pour différents motifs, aucun deux ne fut goûté. C'est alors que les disciples s'enhardirent à exprimer l'objet de leurs vœux. M. de la Salle était leur père; il les avait assemblés autour de lui; il les connaissait, et il les aimait. Qui, mieux que lui, pouvait les comprendre et les diriger?

Le saiul directeur hésita quelque temps à se rendre à leur désir. Sans doute, il leur donnerait une direction plus assidue et plus appropriée à leurs besoins ; mais que d'inconvénients il avait à redouter! Vivant tout le jour au milieu de ses pénitents, pouvait-il être assuré de leur parfaite ouverture de conscience? Après avoir prié Dieu et consulté des hommes sages, il accepta cependant de confesser loute sa communauté. Mais, en directeur prudent et avisé, il prit des mesures efficaces pour assurer aux âmes la liberté dont elles avaient besoin2.

Dans celle vue, il leur procura fréquemment des confesseurs extraordinaires. Toujours inquiet d'avoir uni, en sa personne, le titre de confesseur avec celui de

1 Cf. Bernard, p. '•■'« ; Mau lefeh, p. 39-40; Blain, p. I "-I7N. — "-' Blain, p. 178.

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