‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 63 sur 320 · DELIBERATION DE JEAN -BAPTISTE · texte numérisé non relu

DELIBERATION DE JEAN -BAPTISTE

faire maîtres d'école : leur vocation se glacera; et avant que d'entrer dans la maison, ils seront saisis de la même tentation que ceux qui en sont sortis.

5° Les écoles sans maîtres assurés tomberont avec leurs fondations; en ce cas, les héritiers voudront rentrer dans les biens donnés pour les établir.

« 6° Par tous ces degrés de chute , l'institution des écoles chrétiennes et gratuites s'ensevelira sous ses ruines, et il ne faudra pas penser à la relever.

« 7° Quand même tous ces inconvénients ne seraient pas à craindre, dois-je, puis- je même être le supérieur de ces maîtres, sans cesser d'être chanoine? Puis-je accorder l'assiduité à être à la maison, pour être à leur tête dans les exercices de piété et pour veiller sur eux, avec l'assiduité au chœur et à l'office canonial? Ces deux emplois sont-ils compatibles? et s'ils ne le sont pas, il faut donc renoncer à l'un ou à l'autre.

■ 8° Il est vrai qu'une prébende canoniale n'est pas un obstacle aux bonnes œuvres , et que le soin d'assister au chœur et de chanter les louanges de Dieu n'empêche pas de rendre d'autres services à l'Eglise et de se livrer au salut des âmes. On peut partager son temps entre ces deux nobles fonctions, et faire voir que, pour être chanoine , on ne doit pas être oisif hors du chœur, ni chercher dans ce titre un honnête prétexte pour prendre, au sortir des stalles, un repos aussi long que le reste du jour; mais est-il vrai que je puisse être tout à la fois bon chanoine et bon supérieur d'une communauté qui demande résidence? Si je remplis dignement ce dernier emploi, je dois omettre toutes les fonctions du premier: car, obligé d'être toujours dans la maison, je ne puis jamais être au chœur. Ainsi, si ces deux devoirs ne peuvent s'allier, il faut prendre parti pour l'un ou pour l'autre. Cinq ou six heures d'office canonial par jour seraient une trop grande brèche à l'assiduité que je dois dans une maison dont j'ai la direction.

« 9° Or, dans ce choix, qu'est-ce qui peut me détermine]? De quel côté dois- je faire pencher la balance? La plus grande gloire de Dieu, le plus grand service de l'Église, ma perfection, le salut des âmes : voilà les objets que je dois me proposer et les fins qui doivent me diriger; mais si je ne prends conseil que de ces nobles motifs, je dois me déterminer à quitter mon canonicat, pour me livrer au soin des écoles et à l'éducation des maîtres destinés à les conduire.

« 10° Enfin, comme je ne me sens plus d'attrait pour la vocation de chanoine, il paraît quelle m'a quitté avant que j'en quitte l'état; cet état n7est plus pour moi, et, quoique je n'y sois entré que par la bonne porte, il me semble que Dieu me l'ouvre aujourd'hui pour en sortir. La même voix qui m'y a appelé semble m'appeler ailleurs. Je porte cette réponse dans le fond de ma conscience, et je l'entends quand je la consulte. Il est vrai que la main de Dieu m'ayant placé dans l'état où je suis, c'est elle-même qui doit m'en retirer. Mais ne paraît-elle pas assez visiblement me montrer aujourd'hui un autre état qui mérite la préférence, et m'y mener connue par la main? »

Après avoir mûri -;; résolution de tout quitter, M. de la Salle en fit part à son directeur, et sollicita son approbation. M. Callou, supérieur du séminaire de Reims, était un homme de Dieu; mais il ne partageait point les sentiments du Père Barré. Persuadé qu'il était plus = de fonder les écoles que de les exposer à une perte irréparable, convaincu aussi que le titre de chanoine n'était point incompatible avec les fonctions d'un supérieur de communauté, il ramena M. de la Salle à son premier projet ' : son patrimoine servirai! à fonder <\c nouvelles écoles, le revenu de sa prébende entretiendrait la communauté. Cette divergence de vues ne doit point sur-

1 M mm i i i:i; , p. S6.

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