‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 64 sur 320 · HESITATION DE M. CALLOU · texte numérisé non relu

HESITATION DE M. CALLOU

prendre. Le Père Barré et Nicolas Roland étaient l'un et l'autre des hommes très surnaturels : tous deux avaient formé des congrégations de religieuses enseignantes ; tandis que le Père Barré n'avait fondé la sienne que sur la Providence, Nicolas Roland avait assuré à la sienne des revenus modestes, mais suffisants. M. de la Sallejpouvaitil blâmer son directeur de donner ses préférences au système adopté par Nicolas Roland?

Toujours soumis aux ordres de son directeur, l'humble chanoine continua à mener de front les fonctions du canonicat et les devoirs de supérieur de communauté. Mais il en sentit bientôt l'incompatibilité. D'après son Mémoire, « il lui parut visiblement, vers la fin de L682, que Dieu l'appelait à prendre le soin des écoles, et que. devant être le premier à tous les exercices de la communauté , il ne pouvait assister aux offices aussi assidûment que son directeur l'exigeait1. » D'ailleurs, depuis le temps où Nicolas Roland l'avait persuadé d'échanger son canonicat pour une cure, il éprouvait pour la vie de chanoine une certaine répugnance. Si l'office divin lui plaisait, les œuvres de zèle avaient pour lui plus d'attrait. Il craignait toujours qu'une certaine inaction ne mit son âme en danger, et l'affection qu'il avait pour ses jeunes instituteurs lui faisait souhaiter , tant pour son bien que pour le leur, de ne plus les quitter. Il espéra que son directeur, frappé de ses raisons, lui permettrait de sacrifier du moins son canonicat.

Mais l'affaire traîna en longueur. Avant de se ranger à son avis , son directeur hésita durant huit à dix mois2. Pendant ce temps, son projet transpira au dehors. Cette indiscrétion lui attira la plus violente persécution. L'opinion publique le traita sévèrement; d'après les uns, t( sa trop grande contention lui avait affaibli l'esprit ; » d'après les autres, a il ne faisait en cela que suivre son

1 Blain, p. 193. — - Maillefer, p. 56.

génie qui donnait toujours dans l'extrême; » on espérait « qu'il ne trouverait pas de directeurs assez complaisants pour approuver un pareil travers ». Ses parents et ses amis, fort alarmés, le conjurèrent de peser toutes les conséquences de son projet : sa retraite serait pour la famille un déshonneur; les membres du chapitre seraient froissés d'une démission qui serait prise pour un acte de dédain: de* accidents imprévus pourraient le jeter dans la misère , car son établissement n'était qu'une chimère qui ne tarderait pas à s'évanouir, et il aurait trop peu de crédit pour prévenir ou arrêter les coups qu'on pouvait porter à son œuvre1.

Toutes ces attaques le trouvèrent impassible et résolu. « Le pis aller, dit-il, ce sera de demander l'aumône; s'il le faut, nous le ferons2. »

(-clic constance inébranlable fit une vive impression sur son directeur. D'ailleurs, un ecclésiastique qui vivait chez M. de la Salle déclara nettement à M. Callou que le vertueux chanoine ne pouvait garder plus longtemps son canonicat avec la charge de supérieur. C'est alors, au mois de juillet 1683, (pie M. Callou consentit à ce que M. de la Salle suivit son attrait3.

Heureux de ce consentement, M. de la Salle partit aussitôt polir Paris, afin de remettre sa démission entre le- mains de son archevêque. Maurice Le Tellier avait en connaissance de son projet, et il le désapprouvait. Pour mieux marquer sa désapprobation, il refusa l'audience que le chanoine de la Salle sollicitait, et partit pour Reims .-ans l'avoir entendu K

Néanmoins, ce voyage de Paris ne fut pas perdu pour notre Saint. Il était descendu au séminaire de Saint- Sulpiee. .m on lui faisait toujours le meilleur accueil, tant à cause du bon souvenir (pie son passage y avait

1 M m. m fer, p. :»T. — '-' Blain, p. 200. - ! Bernard, p. ">l . — ' Il.i.l., I>. 51. Blaiin . p. 200.

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