‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 65 sur 320 · OPPOSITION DE L'ARCHEVEQUE · texte numérisé non relu

OPPOSITION DE L'ARCHEVEQUE

laissé , qu'en raison de l'édification que sa présence procurait à la communauté1. Ses anciens directeurs l'encouragèrent dans ses desseins. M. de la Barmondière, alors curé de la paroisse, conféra longuement avec lui de l'œuvre des écoles gratuites, et approuva pleinement son désir de renoncer au canonicat. Il lui fit même promettre de venir bientôt, en personne, avec deux de ses maîtres, prendre la direction de l'école charitable de Saint- Sulpice. Les Pères Barré et Giry, du couvent des Minimes, regardèrent cette proposition du curé de Saint- Sulpice comme le moyen providentiel d'attirer dans la capitale la fondation de Reims. Sur leur conseil, le chanoine de la Salle prit un engagement envers M. de la Barmondière. Il croyait même si prochaine l'exécution de sa promesse, « qu'il laissa, dit son biographe, ses hardes comme pour gage de sa parole2. »

Le cœur tout rempli de ces espérances, M. de la Salle suivit à lleims son archevêque. Celui-ci, afin de ralentir par des longueurs un zèle qu'il jugeait intempestif, refusa encore de lui donner audience. Troublé par cette attitude de son supérieur hiérarchique, M. de la Salle craignit d'agir contrairement à la volonté de Dieu. Pour s'éclairer encore, il consulta les hommes les plus sages et les plus surnaturels. Il s'adressa en particulier à M. Philbert, professeur de théologie au séminaire, en qui l'archevêque mettait la plus entière confiance. Après avoir entendu ses raisons, tous lui donnèrent leur approbation. M. Philbert alla même jusqu'à lui conseiller de se retirer à Paris, soit pour se mettre à couvert des reproches de sa famille, soit pour implanter son œuvre dans un milieu plus propice à son développement3.

Fort de tous ces suffrages, le saint fondateur essaya d'arriver jusqu'à l'archevêque; il se hâtait d'autant plus, que Maurice Le ïellier allait de nouveau quitter Reims.

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p. "il. — " Blain, )). 2(il.— 3 Il)id., -20-2. Maillefer, p. 59.

Rebuté cm unie une fois, il se retira dans la eathédrale pour prier. Il répandait son cœur dans une ardente supplication au pied des saints autels, lorsqu'il fut surpris, immobile et comme en extase, par deux personnes qui le connaissaient. « Priez, dit Tune d'elles, pour M. de la Salle, qui perd l'esprit. - Vous dites bien, répliqua l'autre, il perd véritablement l'esprit; mais c'est l'esprit du monde qu'il perd , pour se remplir de l'esprit de Dieu '. o

Réconforté par la prière, notre Saint revient à la charge. A sa grande surprise, les portes de l'archevêché s'ouvrent devant lui. Le prélat le reçoit avec bonté et lui parle avec bienveillance : rien n'indique qu'il doive se montrer hostile à son projet. L'archevêque lui demande seulement s'il a reçu l'approbation d'hommes éclairés el prudents. M. de la Salle invoque l'autorité de M. Philbert. Aussitôt M. Philbert, qui était au chœur. est mandé par l'archevêque, et avoue timidement sa décision, en ajoutant « que M. de la Salle avait un frère très digne, auquel il pouvait donner sa prébende. — Il peut la donner à qui il lui plaira, répartit l'archevêque, et j'agréerai sa démission2 ».

Celle réponse ne fut pas plus loi donnée, (pie M. de la Salle dressa l'acte de sa démis-ion et supplia l'archevêque d'agréer en sa place le nom de M. Fauberl. M. Faubert, quoique sans naissance, avait acquis dans Reims une grande réputation par la parfaite régularité de sa vie et par son (aient dans l'usage de la parole publique. Sans y réfléchir davantage, l'archevêque signa l'acte qui concédait à M. Faubert la prébende de M. de la Salle. Il est vrai qu'il sollicita lui-même M. de la Salle de préférer son propre frère à un étranger. Mais il n'insista pas, lorsque le fervent démissionnaire lui eut répondu simplemenl : <bi ne me l'a pas conseillé3. »

1 Bi un, p. 203. -' IIm,!., p. 203. — 3 II.'kI.. p. -204.

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