‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 66 sur 320 · DÉMISSION' ENFIN ACCEPTÉE III · texte numérisé non relu

DÉMISSION' ENFIN ACCEPTÉE III

De retour à la rue Neuve, Jean-Baptiste de la Salle, tout enivré d'une joie céleste, rassembla ses disciples. et avec eux il chaula un Te Deum d'action de grâces1.

Cependant l'affaire était loin d'être terminée. Dès qu'on apprit que l'acte de démission était signé et agréé, on entreprit de le faire rétracter. Que si le parti de se retirer était définitif, M. de la Salle devait du moins se choisir un autre successeur. Le public critiquait vivement l'acte de désintéressement sublime qui lui avait fait préférer un ecclésiastique pauvre à son propre frère. Sa famille s'indignait d'un choix qui la déshonorait et privait d'un bénéfice important l'un de ses membres. Le Chapitre surtout, qui comptait dans ses rangs les plus illustres noms de Champagne, ne voulait pas admettre dans sa noble corporation un homme d'aussi basse condition que M. Faubert.

Comme les provisions du nouveau chanoine n'étaient point expédiées, une lettre exprimant toutes ces doléances fut écrite à l'archevêque. On le suppliait de suspendre la nomination et d'influencer Jean-Baptiste de la Salle. afin qu'il transmît sa prébende à son jeune frère Louis. Maurice Le Tellier, qui partageait les sentiments de la famille et du Chapitre, chargea M. Callou, supérieur du séminaire et directeur de M. de la Salle, de faire revenir notre Saint sur sa décision.

M. Callou mit tout en œuvre pour négocier l'affaire « an gré de l'archevêque, (\\\ Chapitre, de la famille et de tonte la ville ». Jean-Baptiste de la Salle lui répondit avec simplicité : Si mon frère n'était point mon frère. je n'aurais aucune difficulté de le faire rentrer dans mon choix, et de lui donner la préférence au-dessus de celui que j'ai nommé, pour satisfaire aux désirs de M. l'archevêque; mais puis- je et dois-je me prêter à la voix de la nature et aux sollicitations qui l'appuient? » Un langage

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si profondément chrétien loucha vivement M. Callou. « A Dieu ne plaise, lui dit-il, que je vous conseille de faire ce que tant de inonde désire de vous. Mettez en exécution ce que l'Esprit de Dieu vous inspire. Ce conseil, contraire à celui que je vous apportais, est le sien, cl le seul qu'il faut écouter'. »

Instruit de l'issue de ces démarches, l'archevêque expédia les provisions de M. Faubert, qui prit possession di' s;i prébende le 16 août 1683.

Jean-Baptiste de la Salle, au comble de ses vœux, bénissait Dieu dune double grâce : il avait brisé les entraves qui le paralysaient dans son œuvre; il avait transmis son bénéfice à l'un des prêtres qu'il estimait des plus méritants de la ville de Reims. M. Faubert était digne alors d'une si flatteuse appréciation. Aussi zélé que pieux, il travailla plusieurs années, dans la maison de M. de la Salle, à la formation déjeunes aspirants au sacerdoce. Mais dans la suite, après le départ de son bienfaiteur, il tomba dans le relâchement, à tel point que M. de la Salle avoua que, s'il avait pu prévoir celte défaillance, il ne lui aurait jamais résigné son bénéfice2.

L'archevêque n'oublia point le jeune Louis de la Salle, dont il avait en vain soutenu les intérêts près de son frère aîné. Quelques années plus tard, en 1694, il lui conféra, sans en être sollicité, un canonicat dans sa cathédrale, et cl i 1 en plaisantant qu'il le faisait « pour réparer la folie de monsieur son frère3 ».

Dès qu'il vil ses liens rompus, M. de la Salle voulut partir pour Pans. M. Philbert l'y poussail . M. de la Barmondière cl le Père Barré l'y appelaient4. Aux yeux de M. Philbert, c'était l'unique moyen de faire tomber les critiques el d'éviter les reproches des mécontents. M. de la Barmondière avait hâte de mettre ses écoles de cha-

Hi un . p. 209, M \n 1 1 1 1 it, p. 63. — - Blain, p. 205. Bernard, p. :i4. 3 [bid., p. 55. Blain, p. 204. • Blain, p. 210.

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