‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 68 sur 320 · SACRIFICE DU PATRIMOINE · texte numérisé non relu

SACRIFICE DU PATRIMOINE

L'obéissance à son directeur eût suffi pour retenir M. de la Salle à Reims; les raisons de M. Callou lui enlevaient jusqu'à la tentation de passer outre. Il écrivit en conséquence à M. de la Barmondière pour lui exprimer tout son regret de ne pouvoir, présentement, donner suite à ses projets ; il gardait l'espérance de trouver un jour l'occasion favorable de répondre à ses désirs. Au bout de quelques années, en effet, la Providence le conduisit à Paris. Il s'excusa de même près de M. Lépagnol, prêtre de la communauté de Saint-Sulpice, qui dirigeait alors l'école charitable de la paroisse et à qui ce .retard causa une très vive contrariété1. Le Père Barré fut inconsolable de ce contretemps ; il en témoigna sa peine à tous les confidents de ses projets. Sentant sa fin prochaine, il souhaitait de voir enfin établi dans Paris un séminaire de maîtres chrétiens, et il avait discerné dans M. de la Salle l'homme prédestiné de Dieu pour celle œuvre capitale. Ses vœux ne devaient être accomplis que deux ans après sa mort2.

S III

JEAN- BAPTISTE HE LA SALLE DONNE AUX PAUVRES TOUS SES BIENS SES SENTIMENTS SUR LA PAUVRETÉ RELIGIEUSE

Jean-Bapliste de la Salle était sous l'empire de la grâce ; elle le poussait à la perfection , il lui resta fidèle jusqu'au bout. Une fois fixé à Reims par l'obéissance, il s'occupa d'achever son complet dépouillement. Il était délivré de son canonicat; mais il ne serait point libre, tant qu'il n'aurait pas renoncé à son riche patrimoine.

1 Bernard, |». '17. — - Vie 'lu Père Barré, p. 293. Le Père Barré mourut en 1680, cl M. de la Salle arriva à Paris en 1688.

Il il LES COMMENCEMENTS DE L'INSTITUT

La parole évangélique résonnait au fond. de son cœur et l'invitait au sacrifice : « Si vous voulez être parfait, allez, vendez votre bien, donnez-le aux pauvres; puis venez et suivez-moi. » Pour donner à ses disciples des leçons et des exemples dentier abandon à la Providence , il lui fallait devenir pauvre comme eux, et, comme eux, n'avoir que Dieu pour garant de son avenir1.

Toujours fidèle à ses habitudes de dépendance, il fit pari à son directeur de sa généreuse résolution. « Je ne m'en déferai pas, lui dit-il, si vous ne le voulez; je ne m'en déferai qu'autant que vous le voudrez ; si vous me dites de conserver quelque chose, ne fût-ce que cinq sols, je les conserverai. » Il semblait que cette nouvelle proposition dût jeter M. Gallou dans une grande perplexité. En effet, M. de la Salle avait paru si singulier, il avait soulevé de si violents orages, en se démettant de son canonicat! Que ne dirait-on pas s'il renonçait à tous ses biens? Car ce parfait renoncement, si commun dans les premiers siècles de l'Eglise, était devenu rare, et il ne manquerait pas de perdre M. de la Salle dans l'estime de tous les gens sages. Néanmoins, M. Callou donna son plein consentement au désir de son disciple. Il voyait en M. de la Salle des signes si manifestes de l'Esprit de Dieu, que, bravant toutes les critiques de la prudence humaine, il le laissa entrer définitivement dans la voie des plus héroïques vertus2. Du reste, ce dépouillement absolu des biens patrimoniaux s'opéra dans de telles circonstances, que M. de la Salle en recueillit, de La pari du publie, moins de blâme que d'admiration.

M. de la Salle est donc déterminé à se défaire de ses biens. Mais quel usage en fera-t-il? La première pensée <pu lui vint fut de s'en dépouiller en faveur des maîtres d'école. C'était bien les donner aux pauvres; et ces pauvres étaient d'ailleurs spécialement confiés à ses

1 Blain, ].. 215. ' [bid., |>. 216.

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