‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 70 sur 320 · JEAN -BAPTISTE DISTRIBUE LE PRIX DE SES BIENS · texte numérisé non relu

JEAN -BAPTISTE DISTRIBUE LE PRIX DE SES BIENS

nition. Des communautés opulentes, bien fondées, durent recourir à des emprunts ruineux pour faire face à leurs besoins '.

Emu de tant de maux, M. de la Salle n'épargna rien pour les soulager. Il considéra dès lors son patrimoine comme le bien des pauvres, et il le distribua avec Tordre et le discernement d'un dépositaire intègre. Les pauvres qu'il assistait furent divisés en trois catégories2.

Les enfants des écoles, après chaque exercice, recevaient une portion de pain, et, suivant la remarque du biographe3, « ils venaient la chercher avec plus d'avidité que l'instruction. » Les pauvres honteux étaient l'objet d'une constante sollicitude de la part de M. de la Salle ; il épiait leurs démarches pour constater la misère qu'ils dérobaient aux regards, et il leur faisait parvenir des secours importants avec une discrétion qui épargnait leur pudeur. Quant aux pauvres reconnus pour tels, il les réunissait dans sa maison; après une instruction catéchistique qu'il leur faisait lui-même ou que leur donnait un des ecclésiastiques qui demeuraient avec lui , il leur distribuait d'abondantes aumônes. Cette distribution se faisait tous les matins. Adorant avec esprit de foi Jésus- Christ même dans ces indigents, il se mettait souvent à genoux pour leur donner du pain; parfois, joyeux de se faire pauvre comme eux, il prenait une portion de ce pain et la mangeait au milieu d'eux. Dans ce temps de famine, après qu'il eut tout épuisé, il s'humilia lui-même jusqu'à mendier de porte en porte , sans craindre les rebuts 4.

Le frère Bernard, son premier biographe, estime à cent pistoles, soit mille livres, les distributions qui se faisaient tous les jours à la rue Neuve, « sans compter les aumônes particulières qui se faisaient en argent à tous les pauvres honteux et autres qui venaient le trou-

1 Blain, p. ï2l(.>-:>20. Maillefer, p. 67. — 2 Blain, p. 220. — ' Ibid., p. 220. — * Ibid., [>. 221.

ver1. » On comprend que sa fortune, qui était considérable, ait vite tondu entre les mains d'une telle charité. En peu de temps, il fut réduit à cette modique rente de deux cents livres, que son directeur lui avait fait un devoir absolu de réserver pour ses plus pressants besoins 2.

Ainsi dépouillé de tout et volontairement descendu au rang des pauvres, M. de la Salle est prêt pour les plus grandes œuvres : Dieu va le prendre et lui faire accomplir ses desseins. Mais un homme sans richesse et sans place, quelque nom qu'il porte, est voué par le monde à tous les mépris : M. de la Salle va sentir les dédains el les persécutions qui escortent la pauvreté.

Ses premières épreuves lui vinrent de ses disciples. Les maîtres, en effet, témoins des largesses de leur supérieur, lui en témoignèrent leur surprise. Tant qu'il avait été riche, sa fortune leur avait inspiré une certaine froideur : la distance était si grande entre eux et lui! Depuis qu'il avait effacé cette distance en devenant pauvre, ils en éprouvaient un certain regret : n'eût-il pas mieux fait de garder quelque chose pour la communauté? Mais notre Saint avait droit de parler de la continuée en Dieu. « Avec sa tranquillité ordinaire, il leur répondit que Dieu était un père qui n'abandonnait jamais ceux qui lui étaient fidèles ; que rien ne leur manquerait, tant qu'ils s'attacheraient à lui plaire3. »

La suite montrera combien cette confiance était fondée. Car l'année suivante, en L685, les vivres ayant été encore for! raies, la communauté de la rue Neuve, bien que très pauvre, ne manqua d'aucun secours. M. de la Salle le lit constater à ses disciples avec un certain air de triomphe : « Revenez, mes chers Frères, leur dit-il, sur les tristes jours dont nous sommes à peine sortis.

1 P.iKNAith. p. 71. — "-' Ibid., p. 61. Nous ae trouvons pas ailleurs la mention de cette réserve modique. — '■ Blain, p. 222. Maillefer, p. 69,

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