ESTIME DE LA PAUVRETE
« Je n'aime point ces cadeaux du samedy, car ces sortes d'argent receu des écoliers, quoyqu'on n'en profite pas . ne sonnent point bien dans nos écoles : .
Dans sa Méditation pour le jour de Noël, il recommande l'amour de la pauvreté comme la condition du succès dans l'œuvre des écoles : « Tant que vous serez attachés de cœur à la pauvreté, vous ferez du fruit dans les aines: les anges de Dieu vous feront connaître et inspireront aux pères et aux mères de vous envoyer leurs enfants pour être instruits; par vos instructions mêmes, vous toucherez les cœurs de ces pauvres enfants, et la plupart deviendront de véritables chrétiens. Sans cette vertu, vous serez peu connus et peu employés: vous ne serez ni aimés ni goûtés par les pauvres, et vous ne pourrez jamais avoir à leur égard la qualité de sauveurs, telle qu'elle vous convient dans votre emploi : car vous ne les attirerez à Dieu qu'autant que vous aurez de conformité avec eux et avec Jésus naissant -. »
Mais l'estime de la pauvreté suppose l'abandon à Dieu pour toutes les choses temporelles. Voilà pourquoi M. de la Salle y exhorte ses Frères : o Plus vous vous abandonnerez à Dieu au regard du temporel, plus il aura soin de vous le procurer. Si au contraire vous voulez vous-mêmes y pourvoir, sa Providence vous en laissera le soin, et il pourra souvent arriver que le nécessaire même vous manque : Dieu voulant vous punir ainsi de votre peu de foi et de votre défiance. Si vous vous donnez la peine de travailler à la moisson des âmes, comment pouvez-vous craindre que celui qui vous y emploie, et dont vous êtes les ouvriers, vous refuse la nourriture qui vous est nécessaire pour faire son ouvrage 3 ?
1 Lettres, série C, n- 63. Lettre du 28 août 1705, à Gabriel Drolin , à Home. — '-' Méditations pour les principales fêtes de l'année, Pour la fêle de la Nativité de Notre-Seigneur. Édit. de 1882. — ' Méditation pour le XV Dimanche après la l'entecôte.
Ces paroles exprimaient des sentiments profondément enracinés dans le cœur de M. de la Salle. Jamais, même dans les embarras pécuniaires les plus pressants, il ne douta de la Providence. Nous verrons que sa confiance ne fut jamais trompée. Sa communauté vécut pauvre ; mais elle ne fit point de dettes, et elle grandit de jour en jour. Dans bien des circonstances, les secours dont il avait besoin arrivèrent comme par miracle aux heures les plus critiques *.
Sa confiance cependant ne le rendait pas imprudent. Il voulait de Tordre dans la gestion des affaires. Ayant appris que Gabriel Drolin, à Rome, se faisait avancer de l'argent, il lui écrit : « Ne vous engagez plus sans moy, car je serais très mécontent de dettes. Je n'en veux plus, et je n'en ay jamais ny voulu ny souffert dans aucune de nos maisons, et il n'y a rien dont j'aye plus d'horreur. C'est pourquoy ne comptez plus jamais sur moy pour des dettes, car je n'en écouteray jamais la moindre proposition. Je veux voir devant moy pour la dépense, et non p;is derrière... Ne prenez aucune détermination sans me demander avis auparavant 2. »
Cependant son bon cœur savait tempérer, en temps opportun, ce que pouvaient avoir d'austère ses conseils sur la pauvreté. « J'av de la peine, dit-il une autre fois à Gabriel Drolin, de voir que vous viviez aussi pauvrenu i il que vous f ailes, et dites-moy, je vous prie, ce que je puis faire pour y remédier... L'état dans lequel vous êtes me paraît embarrassant et m'est bien sensible3. » Dan- le ras de besoin ou de maladie, son grand amour de la pauvreté s'eiïaçait devant la charité tendre et presque prodigue qu'il témoignait à ses Frères4.
' Bi un, I. II. p. 391 cl sniv. Voir tout ce qui concerne son abandon à la Providence. - '-' Lettres, série C, n" 53. — :' Lettres, sôrie C, h" 59. — ' Blain, l. Il, p. 37J cl suiv.