OEUVRE DE M. FAUBERT
3 IV
LA PREMIERE ASSEMBLEE. — LES PREMIERS VOEUX. — L HABIT RELIGIEUX. LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES
Dépouillé de toutes les ressources temporelles et privé désormais de tout appui humain. M. de la Salle tourna toutes ses espérances du côté du ciel. Le ciel ne lui manqua point; car Dieu, pour les biens qu'il avait sacrifiés, lui donna des âmes et féconda ses œuvres.
Sa modeste demeure de la rue Neuve devint un foyer de vie religieuse. Plusieurs prêtres, attirés par l'éclat de ses vertus, se mirent sous sa direction. Sa maison leur était toujours ouverte, et il les recevait de grand cœur pour la retraite spirituelle. Quelques-uns même demeuraient constamment avec lui et partageaient ses travaux. L'un des plus zélés fut d'abord M. Faubert, en faveur duquel il avait résigné son canonicat.
M. Faubert, dans un élan de noble dévouement, avait groupé de jeunes étudiants ecclésiastiques, et avait pris à cœur de diriger leur éducation intellectuelle et morale. M. de la Salle l'y avait fortement encouragé, et, pour abriter cette communauté de clercs en même temps que la sienne, il avait loué, rue Neuve, une maison plus spacieuse. Il la partagea avec M. Faubert. Mais il s'aperçut bien vite que le contact journalier des jeunes maîtres d'école et des élèves ecclésiastiques n'était pas avantageux. En effet, M. Faubert manquait de fermeté: ses élèves, sans discipline et sans piété, offraient aux instituteurs des exemples dangereux. M. de la Salle, que son humilité portait toujours à prendre la dernière place, lui abandonna la maison, et se retira avec les maîtres dans une partie plus étroite et plus incommode de l'im-
meuble. Mais dès l'année suivante, en 1685, lorsque M. de la Salle vit croître notablement le nombre de ses disciples, et que d'ailleurs il eut constaté avec tristesse que l'œuvre des clercs serait peu profitable à l'Eglise, il pria M. Faubert de chercher un autre local, et reprit possession de toute la maison de la rue Neuve1.
Dieu lui donnait, en effet, la bénédiction du nombre et de la valeur. Des sujets de mérite étaient venus à lui. Les uns sortaient du milieu ouvrier; d'autres avaient renoncé aux études littéraires ou théologiques pour se vouer, avec lui, à l'instruction des enfants2. Tandis que les premiers maîtres, recrutés par Adrien Nyel, n'avaient pas toujours été guidés par des vues surnaturelles, et avaient souvent demandé des gages comme des domestiques qui vendent leur travail3, les derniers arrivés, éclairés e1 gagnés par le désintéressement de leur saint directeur, n'envisageaient dans leur vocation qu'un moyen de procurer la gloire de Dieu en instruisant les pauvres.
Frappé de ces bonnes dispositions, M. de la Salle pensa que le moment était venu d'unir les maîtres entre eux et d'organiser une communauté. Pour assurer à l'œuvre dv> écoles chrétiennes et gratuites la stabilité nécessaire, il fallait que tous les maîtres lussent animés du même esprit, liés par l'observation <\c< mêmes régies, séparés du monde par un même costume religieux, !i\Vs dans leur vocation par dc< vœux identiques.
Avant de rien entreprendre, M. de la Salle consulta Dieu dans la prière, et fit une retraite au couvent des (larmes. ;i Reims. Puis il convoqua les directeurs des écoles de Rethel, de Guise et de Paon, auxquels il adjoignit les principaux maîtres de Reims, de manière à constituer un collège apostolique de douze disciples.
1 Lucabo, Vie..., p. 65-66. — '- Ibi.l., p. 65. — 3 Lucard, Annales, p. 26, d'après le Mémoire de M. de la Salle sur l'habit des Frères.