PREMIÈRE ASSEMBLEE
Ce fut la première assemblée de l'Institut.
Elle s'ouvrit le 9 mai 1684, veille de l'Ascension. Dans un discours très pénétrant, M. de la Salle fît connaître à ses chers disciples les motifs de leur convocation. Il avait longuement réfléchi sur l'inconstance naturelle à l'homme, et il lui semblait que l'avenir de l'œuvre des écoles serait toujours incertain, tant que les maîtres ne seraient pas liés par des engagements saints et durables. Jusque-là, ils avaient été comme flottants et indéterminés dans leur vocation; ne convenait-il pas, dans leur situation, de s'engager par quelque vœu à vivre en communauté, suivant les règles qui s'y étaient observées jusqu'à ce moment1?
L'ordre qui régnait déjà dans la maison devait leur faire penser aux moyens de l'y maintenir. La régularité, qui est l'âme d'une communauté , supposait de sages règlements. Toutefois, avant de les établir, il fallait en faire l'essai en les pratiquant. c< Par cette sage conduite. ajouta-t-il, vous ne trouverez un jour rien que d'ancien dans ces règles nouvelles. Votre cœur retrouvera son propre ouvrage dans le livre qui en sera composé, et Ils lois qu'il contiendra vous paraîtront aimables, parce que vous en serez vous-mêmes les législateurs. Témoin de votre ferveur et de vos pieuses dispositions, je désire prendre des mesures avec vous pour fixer votre état, affermir votre vocation , cimenter votre union , et commencer l'édifice dont vous êtes les premières pierres -. »
Toute l'assemblée applaudit à ces paroles , et on convint de se mettre en retraite, pour examiner plus mûrement devant Dieu les questions proposées, et pour se préparer aux engagements projetés. La retraite commença le jour de l'Ascension. Elle devait finir le jour de la Pentecôte; mais, soit parce que les affaires n'étaient pas terminées, soit parce que certains maîtres
1 Maillefer, p. 77. — 2 Blain, p. 232.
n'avaienl pas pu la suivre dès le commencement1, elle se prolongea jusqu'au dimanche de la Trinité.
Ces dix- sept jours de retraite furent partagés entre la prière et les conférences. Dans ces conférences, M. de la Salle laissait à ses disciples la plus grande liberté. Chacun d'eux pouvait émettre son avis et y conformer son vote. De peur que l'ascendant de sa parole n'empêchât la spontanéité des sentiments, l'humble supérieur parlait le dernier. Il recueillait ensuite les suffrages, et concluait toujours d'après le plus grand nombre 2. Les maîtres avaient ainsi l'impression, d'ailleurs fort juste, qu'ils posaient eux-mêmes les bases de leur Institut.
On agita d'abord la question des règles et des constitutions. Mais, suivant le principe émis par M. de la Salle dans son discours préliminaire, on jugea qu'il serait prématuré de les fixer par écrit, et que le parti le plus sage était de vivre encore plusieurs années suivant les prescriptions verbales données par le saint fondateur. Ainsi se sont formées toutes les congrégations. On ne voit pas que des hommes se soient jamais groupés pour vivre suivant une règle spéculativement déterminée d'avance; ils se sont réunis pour une fin commune, et, avant de rien régler, ils ont fait l'expérience des exigences pratiques imposées par la nécessité d'arriver au but. Saint Vincent de Paul, par exemple, n'écrivit sa règle que vers la fin de sa longue carrière. De même, Jean- Baptiste de la Salle ne rédigea la sienne que onze ans après la retraité de 1684, et encore il la remania jusqu'à ses dernières années 3. Au lieu d'adopter des constitutions définitives, rassemblée se contenta donc de rappeler les principaux règlements déjà en usage parmi les maîtres.
Il n'y avait pas encore, pour le service de la table, un régime uniforme dans toutes les maisons. Déjà l'esprit
' Maillefer, p. 78. - - I'.i.a.n, |». 233. — 3 Ibid., p. 233-234.