‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 75 sur 320 · ORGANISATION DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

ORGANISATION DE L'INSTITUT

de pénitence l'avait rendu partout très austère. Mais il importait de se prémunir à la fois contre une trop grande sévérité et contre le relâchement. A des ouvriers accablés de travail , il fallait une nourriture suffisante : mais à des gens qui voulaient vivre pauvres et pénitents, des mets recherchés ne convenaient pas. En vertu de ce double principe. « la viande la plus commune, celle qui est à meilleur marché . fut seule permise ; toute volaille fut interdite. Pour les jours maigres, on n'accorda que des légumes et des herbes cuites sans beaucoup d'apprêt. Le poisson fut exclu, à la réserve de celui dont la vileté et la modicité de prix rendent l'usage commun chez les pauvres '. .» Et pour que les sens ne trouvassent pas dans la quantité une compensation à la qualité, il fut réglé que les portions elles-mêmes seraient modérées 2.

La question de l'habit religieux se posa. Les maîtres avaient gardé jusqu'alors l'habit court qu'ils portaient dans le monde. Rien n'avait été prescrit ni sur la forme ni sur la couleur des vêtements. Au costume qu'ils avaient dans le monde, les maîtres avaient ajouté le rabat : c'était le seul signe qui les distinguait des séculiers. Tous les membres de l'assemblée furent d'avis qu'il fallait adopter un habit uniforme , qui les marquât aux yeux du monde comme des hommes consacrés à Dieu. Mais quel costume allait -on choisir? M. de la Salle y pensait depuis longtemps, et cependant aucune forme n'avait encore arrêté ses préférences. Son conseil hésita comme lui et laissa à sa prudence le soin de faire ce qu'il jugerait convenable3. L'hiver suivant, la Providence elle-même donna des indications qui furent fidèlement suivies.

"\ int enfin la question des vœux : c'était la plus importante. Le sage supérieur mit en délibération trois points : Est- il expédient de faire des vœux ? Quels

1 Blain, i). 234. — - Ibid., p. 234. — 3 Ibid., p. 2:;:;.

vœux convient-il de faire? Pour combien de temps doivent-ils être laits ?

Dans la ferveur de leur retraite, les disciples de M. de la Salle ne soupçonnaient aucune difficulté, et ils voulaient atteindre du premier coup jusqu'au faîte de la perfection. Loin de les décourager, l'inconstance des premiers maîtres ne faisait qu'exciter leur zèle. Afin de se mettre en garde contre les mêmes faiblesses, ils étaient résolus de se lier par les trois vœux de religion, non point pour un temps, mais pour toujours. D'ailleurs, vœux ne leur présentaient rien de nouveau ni de dur. Ils étaient pauvres , ils aimaient la pauvreté , ils avaient renoncé à tout désir de posséder : pourquoi ne pas ajouter à la vertu qu'ils pratiquaient déjà le mérite du vœu? De même le vœu de chasteté ne leur coûterait pas: il ne ferait que consacrer la résolution très formelle qu'ils avaient prise de garder le célibat. Enfin, le vœu d'obéissance les arracherait pour toujours aux illusions de la volonté propre, et les fixerait à jamais dans la vocation qu'ils avaient embrassée1.

M. de la Salle recueillait avec joie ces généreuses paroles; il bénissait Dieu des saintes ambitions que la grâce avail mises au cœur de ses chers disciples. Mais quand il s'agit de conclure, la prudence lui inspira une modération qui lui l'ait grand honneur. Dans un discours aussi insinuant que surnaturel, il leur fit entendre qu'il sciai l prématuré de prononcer les trois vœux de religion. N'avaient-ils pas à craindre les déceptions et les défaillances qui suivent un accès de ferveur? Peut-être regretteraient - ils de s'être trop hâtivement engagés. D'ailleurs, Le vœu de pauvreté ne changerait rien à leur manière «le vivre; le vœu de chasteté, émis sans épreuve suffisante, pouvait être une grave imprudence. Le seul vœu d'obéissance, prononcé pour une année seulement,

1 Bi ain. p. 235-236.

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