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FONDATION DU DUC DE MAZARIN

Le séminaire des maîtres de campagne fut prospère aussi longtemps que le fondateur demeura à Reims. Il tomba peu de temps après son départ. Nous verrons dans la suite que M. de la Salle tenta plusieurs fois de le rétablir à Paris, particulièrement sur la paroisse Saint- Ilippolyte. S'il échoua, ce fut par l'infidélité des collaborateurs qu'il s'était adjoints1.

L'idée d'une école normale ou séminaire de maîtres était trop féconde pour ne pas provoquer de généreuses initiatives. Une entreprise de ce genre, pour la ville de Rethel. existait en germe dès le 2 avril 1683. A cette date, dans une donation faite par le chanoine Favart en faveur des écoles charitables de Rethel, nous lisons la clause suivante : « On devra même y établir, s'il se peut, un séminaire pour les maîtres d'école de campagne pour le diocèse de Reims -.

Cette condition, acceptée par M. de la Salle, n'avait point encore été remplie, lorsqu'en 1685 il engagea le duc de Mazarin à fonder des bourses pour une œuvre de cette importance. Par contrat du 20 avril, le duc garantit à M. de la Salle une rente annuelle de trois mille trois cents livres, soit dix-sept bourses, en faveur de « jeunes gens destinés à être instruits des véritables maximes des pédagogues chrétiens, comme aussi à bien lire, à bien écrire et à chanter, pour aller ensuite instruire la jeunesse dans les terres, paroisses, bourgs et villages de son duché de Mazarin 3 » .

L'entreprise était belle et fort utile; mais elle était nouvelle. Elle parut singulière, inquiétante peut-être, à l'administration diocésaine. Lorsque le duc de Mazarin et M. de la Salle se présentèrent pour obtenir l'autorisation de l'établir à Rethel : « Vous êtes deux fous, leur di! 1 archevêque.

1 Blain, p. 2*1. — - Lucahd, Annales, p. 21-22, d'après tes minutes de Mes Maillé et Capillon, notaires à Reims. — 3 Lucard, Annales, p. 38, d'après les minutes de M' Mistris, notaire à Rethel.

— Non. Monseigneur, il n'y en a qu'un, » répondit L'humble prêtre*.

Découragé par une telle réception, circonvenu d'ailleurs par des gens défavorables à M. de la Salle, le duc de Mazarin renonça d'abord à son projet. Mais bientôt la défiance se dissipa, l'espérance revint, le projet fut repris. Puisqu'il était malaisé de fonder sur le diocèse de Reims, pourquoi ne fonderait-on pas sous la juridiction de l'évêque de Laon?

Le '2'2 septembre 1685, un nouveau contrat fut passé entre M. de la Salle et le duc de Mazarin, à Renwez, dans le marquisat de Montcornet2. Le duc se proposa « de procurer aux paroisses des villes et des villages des terres à lui appartenant dans l'évêché de Laon, de bons maistres d'école qui puissent y enseigner à la jeunesse les principes et maximes de la vie chrétienne ». M. delà Salle « se chargera à l'avenir de former et instruire trois jeunes hommes dans une maison qui lui sera donnée pour cet elï'el ». Les trois jeunes hommes « seront logez et nourris dans la dite maison, et instruits de tout ce qui est nécessaire pour faire un bon maistre d'école, comme de bien lire, écrire et chanter, pour pouvoir ensuite s'acquitter de ces fonctions cl élever la jeunesse dans lesdites villes et villages ».

Le même acte notarié nous apprend que le prudent supérieur des Frères était déjà en instances près du roi, en vue d'obtenir des lettres patentes pour son Institut. M. de La Salle. poursuivait donc humblement, mais courageusement, son œuvre à travers les contradictions des hommes. Le Père Barré continuait à l'aider de ses

1 l'.i un, p. 221. I.i i uu>, Annales, p. 38. — • D'après les minutes de M' V.ubert, notaire à Renwez Axdennes), dont la copie existe aux archives de la maison mère des Frères. Le duc fournissait six cents livres par an pour trois élèves-maîtres, et « une maison avec une chapelle propre et commode, avec les cellules, meubles et autres choses nécessaires pour loger au moins six personnes ».

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