HUMILITE DE JEAN- BAPTISTE
à s'effacer au milieu de leurs rangs , et il se plaisait à les servir comme des maîtres qu'il respectait. Il ne rougit point, durant l'année 1685. d'apparaître dans Reims revêtu du costume des Frères.
Le Frère qui dirigeait l'école Saint-Jacques étant tombé malade, M. de la Salle, qui manquait alors de sujets formés, entreprit de le remplacer lui-même. Deux fois le jour, on le vit aller et venir à travers les rues de Reims, revêtu d'une soutane courte d'étotï'e grossière, couvert d'une capote à manches pendantes et d'un chapeau à larges bords, chaussé de souliers à épaisses semelles. Il ne se dispensa d'aucune des fonctions d'instituteur, apprenant aux enfants la lecture et l'écriture , leur faisant le catéchisme, les conduisant chaque jour à l'église pour entendre la messe. Il observa, avec une scrupuleuse exactitude, tous les règlements qu'il avait adoptés pour le gouvernement des écoles gratuites1.
Une telle conduite lui attira toutes sortes de critiques. Ses parents et ses amis s'irritaient qu'il oubliât, à ce point, sa naissance et son rang. Les sages du monde estimaient qu'il poussait vraiment trop loin son zèle. Dans la rue, aucune honte ne lui était épargnée : les enfants l'insultaient, les gens du peuple le raillaient, ses anciens amis l'évitaient. Mais aucun affront ne le fit céder. Soutenu par la grâce, il dévora en silence toutes les humiliations . heureux de ressembler par là au Maître qu'il servait. Même lorsqu'il eut pourvu d'un maître l'école Saint-Jacques, il continua, tant qu'il resta à Reims, de porter ostensiblement l'habit < I e Frère * .
Il eut à souffrir, du côté des enfants des écoles et de leur< parents, des humiliations inattendues. En ouvrant ses écoles, il avait accueilli tous les enfants des pauvres. Ces enfants, mal élevés dans leur famille , déjà pervertis
1 Maillefer, p. 73-74. Ravelet, p. 93. Blain. p. 243-244. — 2 Blain, p. 277.
par le vagabondage dans les rues et aux champs, étaient méchants et indisciplinés. Pour maintenir l'ordre dans les écoles , pour faire bénéficier les enfants de l'instruction qu'on leur offrait, il fallait des règlements sévères. Sur ces natures à demi sauvages, la seule persuasion eut d'abord peu de prise. Il fallut recourir aux corrections alors en usage, et les maîtres durent s'armer de la férule et de la verge. Certes, ce procédé n'était point nouveau : y avait- il alors en France un seul collège, une seule école, où la verge ne fût l'instrument du bon ordre? Cependant ces enfants, qui auraient gardé le silence sous la férule des instituteurs payés, regimbèrent sous la main «les maîtres i.\v^ écoles gratuites. Les parents, trahissant leurs propres intérêts, prirent parti pour les mutins. Et parce que M. de la Salle était regardé comme responsable de toutes les sévérités des Frères, c était à lui qu'on s'en prenait. A plusieurs reprises, on s'attroupa et on l'insulta sous ses fenêtres de la rue Neuve. Lorsqu'il sortait, on le poursuivait et on l'accablait d'injures. Le Saint acceptait tout. Il remerciait Dieu de ce qu'on le payait ainsi de son dévouement1.
Les jugements de Dieu sur les saints sont vraiment impénétrables, car ces persécutions durèrent aussi longtemps qu'il demeura à Reims. A peine eut-il quitté Reims, en 1688, que tout ce bruit cessa2. N'est-ce pas une preuve (pie la colère des Rémois était peu fondée? Ces orages, provoqués par l'ennemi de tout bien, n'avaient d autre luit <|iie- d'arrêter l'essor dune grande œuvre naissante. Partout où passera notre Saint, pourtant si doux, si mesuré et si prudent, nous verrons les mêmes tempêtes suscitées contre lui. Mais toutes ces contradictions, en épurant sa vertu, ne feront que consolider son
en\ re.
1 Bi \i\. p. -' !7b. Bernard, p. 82-83. Nous verrons plus
loin l'importance des corrections matérielles à cette époque. — 2 Hi un, p. 276.