‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 88 sur 320 · ON LE REMET AU PREMIER RANG · texte numérisé non relu

ON LE REMET AU PREMIER RANG

Sa ponctualité trahit bientôt son humilité. Comme on le visitait souvent au parloir, il ne s'y rendait jamais qu'après en avoir obtenu la permission. Un jour que des amis le rencontrèrent dans un couloir, il resta muet devant eux et disparut : il revint bientôt et déclara qu'il avait dû demander l'autorisation de les recevoir1. Dans l'espoir de dissiper leur surprise et d'échapper à leurs reproches, il leur avoua qu'il avait cessé d'être le chef de la communauté. Les supérieurs ecclésiastiques, informés de ce qui se passait à la rue Neuve, annulèrent l'élection de frère L'Heureux et ordonnèrent à M. de la Salle de reprendre la supériorité; ils ne pouvaient tolérer qu'un prêtre, le fondateur de la communauté, le confesseur et le directeur de tous les membres, se mît ainsi au dernier rang, sous l'autorité d'un Frère qui n'était après tout qu'un laïque*.

Cette ordonnance rendit la joie à tous les Frères, car ils avaient un certain remords de l'élection. Le plus heureux de tous fut le jeune Frère qu'on déchargeait ainsi d'un fardeau sous lequel il gémissait. Seul, M. de la Salle fut attristé ; le cœur brisé , il se résigna à commander encore. Du moins, il avait eu le temps de donner au public des preuves de désintéressement, et aux Frères des exemples de parfaite obéissance religieuse.

En reprenant la supériorité, notre Saint garda l'humilité. Comme ses disciples parlaient souvent entre eux des exemples de vertu qu il leur donnait, il s'alarma d'être ainsi l'objet de leur conversation. Il eut beau les en réprimander, il ne put leur persuader qu'ils commettaient une faute. C'est alors que, pour abriter son humilité, il s'avisa de porter cette règle, « qu'on ne parlerait jamais en récréation d'aucune personne vivante en particulier3. » Il dut, plus tard, lever une défense si incom-

1 Blain, p. 78. Blain, p. 207. — - Blain, p. 207. Bernard, p. 78. Blain-, p. 268.

mode, t] 11 "il n'avait portée que pour se protéger contre l'admiration de ses enfants.

Toutefois M. de la Salle ne perdait point de vue son projet de descendre au dernier rang. Puisqu'on ne veut pas qu'il obéisse, lui prêtre, à un simple Frère, qu'à cela ne tienne, qu'on prépare un Frère au sacerdoce. Le frère Henri L'Heureux était tout désigné pour cette distinction. En lui confiant la direction de la communauté de Reims, M. de la Salle le pria de s'appliquer aux études classiques. Comme il était fort intelligent et très laborieux, le Frère fut en état, au bout de deux ans, de suivre les cours de théologie à l'école Saint-Denis de Reims1. Nous verrons plus loin que la mort brisa les plans de M. de la Salle. Il crut alors qu'il s'était trompé, et nous croyons après lui que la Providence protégea, en frappant le frère L'Heureux, l'Institut naissant contre l'humilité de son propre fondateur.

A toutes les sollicitudes d'une fondation laborieuse, M. de la Salle ajoutait encore la direction des âmes. En 1684, l'autorité diocésaine, espérant tout de son zèle. le pria de prêcher une mission dans une localité depuis longtemps privée de piètre et livrée à tous les désordres. Avec l'aide de quelques prêtres pieux, le serviteur de Dieu groupa au pied de la chaire chrétienne et ramena à Dieu un très grand nombre de pécheurs. Longtemps après, dans cette région, on se souvenait encore de lui et on ne l'appelait point autrement que le Saint*.

Certaines religieuses, surtout à la communauté de l'Enfant-Jésùs, prisaient beaucoup sa direction. Mais cet homme austère ne permettait point qu'on se donnât à Dieu a demi. Ses biographes ont conservé le souvenir d'une religieuse qui voulait garder, dans sa cellule. dc> objets inutiles, propres seulement à flatter la vanité ou à entretenir des attaches nuisibles. Avant de l'accepter

1 Lucard, Annales, p. i'i. Bj vin, p. 270. — - Lucard, Vie..., p. ~~.

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