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SA CHARITE POUR LES FRERES ISS

pour pénitente, il exigea qu'elle brûlât devant lui tous les objets futiles qui l'amusaient1.

Quelques femmes du monde, attirées par sa réputation de sainteté, venaient parfois prendre ses conseils. Il ne les rebuta point d'abord; mais il s'aperçut que leurs interminables conversations2 lui prenaient beaucoup de temps, et que d'ailleurs leur présence au parloir de sa communauté le gênait dans les conseils sévères qu'il avait à donner sur la fréquentation des femmes. Aussi aima-t-il mieux renoncer au bien réel qu'il faisait à ces âmes, pour se livrer tout entier à ses enfants et pour leur donner l'exemple de la réserve dans les relations3.

Bientôt, en effet, il appartint exclusivement à ses Frères : à l'oraison ou au travail, il était à eux. Son affection , qui n'avait rien de faible , se manifestait par les actes de son dévouement. Pour eux , il avait sacrifié son canonicat et sa fortune, il avait encouru le blâme de ses amis et de ses parents, il avait affronté les injures même du public. Il vivait avec eux, du même régime, ne visant qu'à se tenir au plus bas rang. Les Frères savaient apprécier ces preuves journalières de sa charité.

Mais c'était dans leurs peines et leurs maladies qu'éclatait surtout la bonté de son cœur.

Il était à Louviers, chez les Carmes, en 1(J8C>, jouissant des délices d'une retraite très solitaire , quand un messager lui apprit qu'un des Frères de Laon venait de mourir et que l'autre était fort malade. Sans hésiter, il quitta le saint désert et partit pour Laon. Son cœur avait besoin de partager la douleur de ses enfants et de porter au malade ses paternelles consolations .

Après avoir réglé les affaires de Laon et licencié pour deux mois les écoliers, il se mit en route pour Reims.

1 Blain, |>. 27:'.. — - L'observation est de Blain, p. 273. — ;i Blain, p. 274.

Le voyage dura toute la nuit. Arrivé au milieu des siens, il 11 1 prendre du repos au Frère qui l'accompagnait; quant à lui, il ne chercha de soulagement que dans l'oraison '.

Un fait, survenu à Guise en 1G!S7, montre toute l'affection qui unissait le père et les enfants. Le directeur des écoles de Guise était tombé dans une maladie mortelle. Les médecins, désespérant de son état, l'avaient abandonné; il avait reçu les derniers sacrements. Le pieux malade, résigné à mourir, exprima la joie qu'il aurait à voir, une fois encore, son bien-aimé père. Comme rien n'est plus sacré que le vœu d'un mourant, un Frère partit sans retard pour Laon; de Laon, un autre Frère courut à Reims. A peine averti, M. de la Salle se mit en route pour Guise. Sous un soleil brûlant, couvert de sa capote de laine grossière, enveloppé d'une haire qui l'étreignait et ne lui permettait pas de se plier, notre Saint allait, péniblement mais courageusement, pensant au cher malade, le recommandant à Dieu dans de ferventes prières. Epuisé par la fatigue, congestionné par la chaleur au point de perdre du sang en abondance, il (lui s'arrêter dans un village à trois lieues de Laon. Dès trois heures du matin il reprit son chemin, s'arrètant souvent pour prier, n'ayant d'ailleurs de forces que pour fournir de très courtes étapes. A Laon , sa faiblesse fit pitié, et on l'obligea de prendre un cheval pour le reste du voyage.

Dieu lui faisait .acheter au prix de tant de fatigues la joie qui l'attendait. Dès que le malade l'aperçut, il voulut l'embrasser. Il lui sembla que, dans l'étreinte de son père, il retrouvait la vie, et il annonça tout haut qu'il se sentait guéri. Peu de jours après, en effet, sa santé parut entièrement rétablie, et il reprit avec bonheur sa classe interrompue8.

1 Blain, p. 260. — •-' Il ,ul., p. -276.

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