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LES ECOLES PRIMAIRES A PARIS

d'enfants, les chefs de pension ne se contentaient pas de faire enseigner la philosophie et les humanités, ils avaient institué des classes élémentaires de lecture , d'écriture et de calcul. Le chantre fit de vains efforts pour exercer sur les collèges sa juridiction; le parlement laissa les collèges sons la direction de l'Université. Désespérant. de ressaisir son monopole, le chantre entama du moins celui de l'Université. Il permit aux maîtres des petites écoles d'étendre leur programme, de garder les enfants an delà de neuf ans, de leur enseigner les langues anciennes et les humanités. En dépit des décisions de l'Université et des arrêts du parlement, cette querelle rie fut jamais complètement vidée1.

Les maîtres écrivains furent, pour les petites écoles, les adversaires les plus redoutés2. Avant l'invention de l'imprimerie, les écrivains gagnaient leur vie en copiant les actes publics et les manuscrits; ils dépendaient alors de l'Université et ne formaient point une corporation particulière. Quand l'imprimerie leur eut enlevé leurs moyens d'existence , ils se mirent à enseigner l'écriture et même l'arithmétique. En 1570, la vérification des écritures publiques leur fut attribuée, et, à partir de 1576, ils se constituèrent en corporation. Depuis lors, leurs prétentions furent excessives. Non seulement ils s'adjugèrent tous les droits des maîtres d'école3, mais ils entreprirent encore de garder pour eux seuls le droit d'enseigner l'écriture. Après d'interminables procès, le parlement fixa, par un arrêt du 2 juillet 1661, les attributions respectives des maîtres d'écoles et des maîtres écrivains.

< Lesdits maîtres des petites écoles, y est-il dit, pourront mettre des tableaux es portes et entrées des lieux où ds tiennent lesdites petites écoles, et en iceux ces mots : Céans, on lient petites écoles, et le nom de celui qui vou-

1 (X Jourdain, p. 238-242, 208. 290, <>i , aux pièces justificatives, p. 104-105; Pompée, p. 105- 117. — - Pompée, ch. v. André, p. 288. Jourdain, aux pièces justificatives , p. 411. — : Pompée, ch. v.

dra mettre ledit tableau, et ensuite : maître d'école, qui la jeunesse le service . à lire, écrire et former les lettres, lu grammaire , V arithmétique et le calcul, tant au jet qu'à lu plume, et prend pensionnaires, etc... Défense de rien ajouter auxdites inscriptions, ni faire montre d'écritures auxdits tableaux, ni mettre en iceux aucun portrait de plume... Et pourront lesdits maîtres des petites renies bailler des exemples à leurs écoliers jusqu'à trois lignes seulement, sans qu'ils puissent tenir école d'écriture, ni montrer l'art d'icelle séparément... Kl seront tenus d'écrire eux-mêmes les exemples..., sans qu'ils les puissent faire écrire par d'autres personnes1. »

Si telles étaient les exigences des maîtres écrivains à L'égard des petites écoles, ils ne seront pas moins sévères à l'égard des écoles de charité ouvertes par M. de la Salle.

En principe, les pauvres devaient être reçus gratuitement dans les petites écoles2. Mais, en fait, ils en étaient exclus. \)i> le commencement du xvnc siècle, les curés s'étaient émus de cet état de choses. Désireux de remédier à l'ignorance et au vagabondage, sources de tous les vices dans les entants pauvres, il^ avaient créé dans leurs paroisses des écoles de charité. Les classes y étaient laites il ordinaire par des ecclésiastiques entretenus par les curés3. Dan- l'école de charité de Saint-Etienne du Mont1, il y avait quatre-vingts places: les enfants, tous pauvres, avaient huit ans accomplis; on les renvoya:! après deux ans de classe: ils y apprenaient la lecture en latin el en Français, l'écriture, le calcul, le catéchisme; chaque malin, ils assistaient à la messe. Sitôt que les parents étaient en étal de les entretenir dans une école payante, on les y envoyait.

' Joubdain, p. 215. -' Statuts de l'abbaye de Saint - Germain , en if.:;:., art. n, Arch. nat., LL. 372. — :1 Plaidoyer de M. Delabarre, 1680, dans Pompée, p lis ■ Règlement du 16 avril 1679.

Arch. n.-il., !.. 716.

Le chantre de Notre-Dame vit de mauvais œil la création des écoles de charité : il craignait qu'elles ne fissent échec aux petites écoles1. Pour empêcher leur développement, il invita les maîtres des petites écoles à recevoir les pauvres de leur quartier, et il essaya d'étendre sa juridiction sur les écoles charitables. Mais les petites écoles ne s'ouvrirent point aux pauvres , et les écoles charitables se multiplièrent, grâce au zèle des curés. Dans les début-, les curés respectèrent la susceptibilité du chantre, en lui demandant pour leurs écoles des lettres de maîtrise. Mais bientôt ils s'en affranchirent. Ce fut en 1699 que le différend cessa par une transaction passée entre le chantre et les curés de Paris. Les termes de cet accord doivent être cités, pour nous faire comprendre le conflit qui va bientôt s'élever entre les Frères et les maîtres des petites écoles.

« 1° Les curés prendront du chantre des lettres portant pouvoir de régir et de gouverner les écoles de charité de leurs paroisses...; ces lettres auront leur effet tant que le curé gardera sa cure.

« 2° Chaque curé instituera et destituera les maîtres et les maîtresses d'écoles de charité, et dirigera lesdites écoles, sans que lesdits maîtres et maîtresses soient tenus de prendre aucune permission dudit chantre.

« 3° On mettra sur les portes des maisons où se tiendront les écoles de charité : Ecole de charité pour les pauvres de la paroisse.

« ... Ne seront reçus dans les écoles de charité que des enfants vraiment pauvres de la paroisse, reconnus tels par le sieur curé, dont sera tenu registre qui sera

signé de lui tous les six mois et défenses seront faites

aux autres maîtres et maîtresses d'écoles de troubler les maîtres et maîtresses d'écoles de charité dans 1 exercice

1 Tous les facturas relatifs à la querelle du chantre el des euro onl été groupés dans un même registre. Archives nationales, LL. 372.

de leurs fonctions, par visites, saisies, ou autrement.

« ... Si les maîtres ou maîtresses d'écoles de charité sont en faute, ils relèvent, non du chantre, mais du curé '. »

On voit, dans celte convention, qu'à partir de l(>(.)(.) les croies de charité ne relevèrent du chantre que nominalement, qu'elles dépendirent entièrement du curé de chaque paroisse-. En 1688, au moment où M. de la Salle cuira dans l'école de charité de Saint -Sulpice, déjà le cure- possédai! en l'ail cette autorité souveraine. Aussi sera-ce avec M. de la Barmondière, et non avec le chantre de Notre-Dame, que notre Saint aura à traiter.

L'enseignement primaire, sur le territoire de Saint- Sulpice, n'avait rien de particulier. La paroisse était divisée en <li\-sepl quartiers; on y comptait, par conséquent, dix-sept écoles payantes pour les garçons, et le même nombre pour les tilles. Jusqu'en 1669, ces petites '•(■(.■les avaient été sous la juridiction de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. Mais, quand le territoire rentra sous le gouvernement de l'archevêque de Paris-, les petilcs écoles de Saint -Sulpice eurent à se ranger sous l'autorité du chantre de Notre-Dame. Le S août I (>()'.), le chantre conféra aux maîtres et aux maîtresses des lettres de maîtrise, cl il leur promit assistance contre les buissonniers et contre les maîtres écrivains3.

Mais, au faubourg Saint -Germain, comme ailleurs, il avail fallu fonder pour les pauvres des écoles de charité. M. Olier s'en était occupé lui-même avec une paternelle sollicitude. Il avail partagé sa paroisse en sept quartiers pour le soulagement (\c> pauvres honteux*; il établit,

1 Transaction faite entre les sieurs doyen, chanoine el chapitre de Notre-Dame, el les sieurs curez de la ville el fauxbourgs «le Paris, en 1699, 18-30 may. Arch. nat., L. 716. — - En 1668, le faubourg i essa d'être sous la juridiction de l'abbé. — 3 Cf. Pompée, p. 83 85, d'après <///■ des rcoles , de Cl. .Ici n . — ■ Simon de Doncoi rt, Remarques historiques sur ' '•</' Saint -Sulpice, t. III. p. 'il.

dans chacun de ces quartiers, une école charitable. Il dressa pour ces écoles, en 1652, un règlement qui témoigne d'un zèle très éclairé1.

On n'y recevait que des enfants pauvres , domiciliés sur la paroisse, âgés d'au moins sept ans; ils étaient présentés par rassemblée de charité de leur quartier. In membre de cette assemblée tenait le registre des écoliers et visitait les classes chaque semaine ou deux fois par mois. Il s'informait de l'assiduité des enfants, prenait note des absences, rayait les noms des écoliers infidèles et leur substituait de nouveaux élèves.

Si un écolier tombait malade, l'inspecteur allait le visiter, et, en cas de besoin, il le faisait entrer à l'hôpital. Les enfants ne fréquentaient l'école que durant deux années, afin que tous pussent y passer à tour de rôle. Une fois sortis des classes, on ne les perdait pas de vue; on les détournait des métiers illicites ou dangereux, pour les diriger de préférence vers les professions compatibles avec la vertu.

Aux maîtres on recommandait de n'être ni trop doux ni trop sévères, de donner l'exemple d'une vie réglée et d'une conduite irréprochable. Ils devaient mener activement le travail de l'enseignement, de façon que leurs écoliers pussent acquérir, en un temps fort restreint, des connaissances suffisantes pour l'usage de la vie.

« Et d'autant que l'instruction à la piété et à la science dv> choses nécessaires au salut doit estre le principal objet du soin que l'on prend des enfants-, » les catéchismes étaient faits avec le plus grand zèle. Plusieurs fois par semaine, dc> ecclésiastiques du séminaire ou de la communauté venaient dans les écoles enseigner la religion; les maîtres répétaient ensuite les leçons avec fidélité. M. Olier avait composé, à cet effet, un catéchisme

1 Simon de Doncoi m. Remarques historiques sur l'église et la paroisse de Saint-Su Ipice, t. III, p. 30 à 34. — - Ibid. — 3 Bertrand, I. I. p. 10.

abrégé, où les vérités les plus nécessaires étaient exprimées clans des termes simples et familiers aux enfants; il y avait ajouté des formules de prières pour les actions les plus ordinaires de la vie1.

Chaque jour, les enfants devaient être conduits à l'église pour y entendre la messe ; les maîtres les y accompagnaient pour les tenir « en modestie et révérence2. »

Des règles si chrétiennes ne pouvaient produire que d'excellents fruits. Mais on manqua de bons maîtres pour les appliquer. La rétribution donnée aux maîtres de ces écoles était trop minime pour suffire à leur entretien. Il eût fallu que des ecclésiastiques de la Communauté fussenl spécialement appliqués à cet humble travail. Pour diverses raisons, les maîtres firent défaut, et les écoles charitables tombèrent. Des sept écoles qui existaient en lo.">2. une seule restait encore ouverte en 1688.

C'est là que M. de la Salle venait d'être appelé. Avec lui entra la bénédiction divine; car, du jour où il mit le pied dans les elasses de la rue Princesse, les écoles charitables de Saint- Sulpice prirent un développement qui. malgré des vicissitudes diverses, n'a cessé de croître jusqu'à nos jours.

S II

SUCCÈS DES FRÈRES. — M. ni l \ SALLE EST CALOMNIÉ. — COMMENT IL TRIOMPHE DE l \ DÉFLYNCE

Ce fui le ! i février, veille de sainl Mathias3, que M. de la Salle, accompagné de deux Frères, arriva à Paris. M. de la Barmondière , curé de Saint- Sulpice, qui le sollicitait

1 Faillon, Vie de M. Olier, I. II. p. 507. -' Remarques historiques, i. III. |». •>■'!. \ cause de l'année bissextile, le 24 février était la

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