L'ECOLE DE LA RUE PRINCESSE
depuis six ans, le reçut à bras ouverts1. Il lui donna un appartement dans l'immeuble de l'école, rue Princesse.
L'école comptait près de deux cents élèves inscrits. Elle avait pour directeur M. Compagnon, prêtre attaché à la Communauté"2, qui, voyant enfin aboutir ses démarches de Tannée précédente, fit aux Frères le plus chaleureux accueil. Pour tenir une si nombreuse population scolaire, M. Compagnon n'avait pour aide qu'un jeune homme de quatorze ou quinze ans. Une manufacture de bonneterie et de tricot avait été annexée à l'école. M. de la Barmondière avait créé cet atelier, tant pour diminuer les frais d'entretien que pour former au travail manuel les enfants pauvres. Rafrond, qui avait la main sur cette industrie, vivait avec le jeune maître dans les bâtiments de l'école.
La première impression de M. de la Salle et des Frères fut celle de l'étonnement. Accoutumés au bon ordre qu'ils avaient établi dans les écoles de Reims, ils ne supposaient pas qu'on pût souffrir le désordre et la confusion dont ils furent témoins dès les premiers jours. « Cette maison était une petite Babylone, dit le biographe3. La règle, la discipline et l'arrangement, si nécessaires où il y a une multitude d'écoliers, n'y paraissaient en rien. Le lieu était ouvert depuis cinq heures du matin jusqu'à dix, et depuis une jusqu'à quatre du soir, et on y entrait sans ordre. Nulle action n'avait son commencement ni sa fin fixe. Tout s'y faisait de fantaisie ou au hasard. L'école commençait tantôt à une heure, tantôt à une autre. Elle finissait aujourd'hui plus tôt, demain plus tard. Le catéchisme se faisait rarement, et jamais il n'était réglé. Les écoliers , attroupés dans la cour hors le temps des écoles, jouaient pour de l'argent. Tous les jours ouvriers, les enfants perdaient la sainte messe. Nulle piété, nulle conduite dans cette assemblée tumul-
1 Gosski.in, les Curés rie Saint-Su Ipice, ms., [>. 2'.). — ~ M. Compagnon n'appartenait pas à la compagnie de Saint-Sulpice. — :i Blain, p. 287.
Luaire, gouvernée par des gens qui n'en avaient pas euxmêmes. »
Devant un tel état de choses, M. de la Salle ne se fît pas illusion sur les difficultés qu'il aurait à vaincre, ni sur les peines qu'il aurait à souffrir. Néanmoins, loin de s'effrayer de la tâche, il arma ses Frères contre le découragement, leur conseilla la patience et le silence dans le dévouement, et, après quelques jours de repos, ils se mirent à l'œuvre '.
Les écoliers furent divisés en trois classes, deux pour les Frères et l'autre pour le jeune maître. Appliquant leurs méthodes, les Frères tenaient les enfants attentifs ;i leurs leçons; niais ils ne s'occupaient que de l'enseignement; ils laissaient à M. Compagnon toute la discipline générale. M. de la Salle agissail avec la même réserve. Il allait dans les classes, observait tout el ne se plaignail de rien. « Il passait dans les rangs et instruisait les entants des principes de la vie chrétienne; il leur parlait avec douceur et leur inspirait la docilité, l'attention et la modestie par son affabilité. Ses remontrances, faites à propos, produisaient du fruit dans le cœur de ces jeunes plantes, et bientôt on vit un changement sensible dans leur conduite el dans leurs mœurs2. »
Ces premiers progrès, obtenus par voie de douceur et non par la force de l'autorité, frappèrent M. Compagnon. Il constatait les bons résultats produits par l'esprit d'ordre el par une application non interrompue. Du même coup, il prit conscience de son incapacité pour la conduite des écoles. Sans doute. "il était gêné dans son zèle par le fait (|ii il u'habitail pas rue Princesse et qu'il se livrait au ministère paroissial : mais, eût -il été toujours présent dans le> classes, il n'avail ai assez d'esprit de suite ni assez. d'énergie de caractère pour imposer aux écoliers une exacte discipline. Dans un premier sentiment d'humilité, il offrit
1 Bi un , ; . 287. M vu i i m r, |i s" — * ll)i,|.. p. 90.