ORGANISATION DES CLASSES
à M. de la Salle la complète direction des classes. Mais notre Saint, qui n'avait pas moins de prudence que de zèle, déclina l'offre et déclara à M. Compagnon qu'il lui suffisait de travailler sous ses ordres *. Du reste, il appartenait au curé de Saint-Sulpice, seul, de lui transmettre cette autorité.
La Providence en fit bientôt naître l'occasion. Au mois d'avril, M. de la Barmondière, accompagné de M. Métais, prêtre de la Communauté, vint faire la visite des écoles. « Il considéra tout avec attention , s'informa du progrès que faisaient les enfants, leur fit plusieurs questions sur le catéchisme, les fît interroger en sa présence. Il parut content de leurs réponses2. » Mais le désordre, auquel les Frères n'avaient pu remédier encore, le frappa vivement. Vainement il pria M. de la Salle de lui dire quel moyen il fallait prendre pour discipliner les enfants ; notre Saint garda le silence. Mais ce silence même fut une révélation pour l'esprit pénétrant de M. de la Barmondière. Il comprit que M. Compagnon était l'obstacle, parce que, dans ses mains trop faibles, l'autorité restait inactive. Sans plus tarder, il donna à M. de la Salle toute autorité sur les écoles, le chargea d'y faire régner l'ordre. Que si de nouveaux Frères étaient nécessaires, il pouvait les mander de Reims ; deux cent cinquante livres de pension seraient allouées pour l'entretien de chacun d'eux. Cette décision, aussi inattendue que sage, fil au cœur de M. Compagnon une plaie qui ne tarda pas à s'envenimer 3.
Dès le lendemain, M. de la Salle commença l'œuvre de la réforme. Les portes de l'école furent ouvertes et fermées à heure fixe. On les ouvrait le matin pour l'entrée des élèves ; une fois la classe commencée, on les fermait, et les retardataires étaient condamnés à rester dans la
1 Maillefer, p. 90. Blain, p. -JS8. — - .M.uixlfek. \>. (.M.— :! Blain p. 289. Maillefer, p. 91.
rue. C'est ainsi que les paresseux furent amenés à la ponctualité. Aucun écolier ne sortait avant la fin des classes; par là se trouvait supprimé ce va-et-vient continuel de la rue à l'école, qui entretenait dans les enfants une perpétuelle dissipation. Chaque matin, les enfants étaient conduits à la messe; ils y allaient à travers les rues, silencieux et modestes, comme si de ces écoliers turbulents de la veille on avait fait des novices d'une fervente communauté. Le catéchisme fut enseigné tous les jours, avec autant de régularité que d;esprit religieux. Loin d'être entamé, le temps consacré à la lecture, à l'écriture, au calcul, fut au contraire augmenté1.
Pour tout mener à bien , il eût fallu supprimer la manufacture. Mais M. de la Salle se contenta de rogner les heures consacrées au travail manuel. Il craignait, par une suppression radicale, d'indisposer le curé de Saint- Sulpice et de compromettre par là toute son entreprise. M. de la Barmondière, en effet, avait des idées arrêtées sur cette industrie scolaire. Quand il était directeur au séminaire , même en faisant la classe, il s'occupait de travaux matériels, comme la réparation des montres; il ne concevait pas, d'ailleurs, que des enfants pauvres, tous destinés à gagner leur vie par le travail manuel, n'y lussent pas accoutumés par les exercices réguliers de l'école. M. de la Salle respecta ce sentiment et s'y conforma -.
D'ailleurs, les nouvelles mesures disciplinaires ne pesèrent pas aux enfants. Par les exemples de régularité, de modestie, de (févouement, qu'ils leur donnaient, les Frères les entraînaient inconsciemment dans la voie du bien, lai effet, à Paris comme à Reims, le premier soin de M. de la Salle avait été de mettre una vie religieuse intense à la base de son œuvre : sous l'humble toit de la nie Princesse, en priait, on se mortifiait, on obéissait
1 Blain, [>. 290. - : [bid., p. 289