CHAPITRE X-Xr
délie d'Arabiisse. Que d'inutiles rigueurs pour assurer leur victoire ? Mais que de troubles , que de remords étouftes se faisaient jour néanmoins du fond de leur cœur ! Il ne leur sutfisait pas de faire incarcérer les envoyés du souverain Pontife, il fallait encore annuler ou du moins neutraliser les conséquences de leur message. 11 fallait tout tenter pour anéantir l'objet et les traces mêmes de leur mission.
Quand ces hommes sans religion et sans entrailles se sont assurés de la personne des députés romains, ils veulent leur arracher les lettres dont ils sont chargés, pour Arcadius et les évêques d'Orient, de la part de l'empereur Honorius et du chef de l'Église. Mais les députés surent se tenir constamment à la hauteur du mandat dont ils étaient honorés. « Nous sommes, répondirent-ils, les en- « voyés de l'Église et de l'empereur d'Occident. Comment « osez-vous nous dispenser de remettre en mains propres « à votre empereur les lettres des évêques et de l'empe- « reur son frère ? »
Cette noble réponse ne fit qu'irriter les schismatiques ; ils ne pouvaient pas accepter la honte de se voir vaincus. Cet échec pouvait avoir pour eux des suites funestes. Ils envoient aux députés le notaire Patrice, avec ordre de rapporter les lettres d'Honorius. Mais toute l'insinuation et tous les efforts de Patrice demeurent sans succès contre l'indépendance et la fermeté des ambassadeurs. D'autres notaires lui succèdent ; ils se heurtent contre la même résistance et se retirent après avou^ éprouvé le même relus.
Après ces tentatives infructueuses, il ne restait plus aux persécuteurs, pour assurer leur victoire, que de recourir, comme dernière ressource, à l'emploi de la force brutale. Ils n'eurent garde de reculer devant ce dernier attentat.
Le centurion Yalérien, originaire de Cappadoce, fut immédiatement chargé d'enlever de vive force toutes les lettres des députés, et surtout celles provenant des chefs de
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l'Église et de l'empire. Elles étaient confiées à la garde de l'évêque Marien. Marien était homme à tout affronter, même la mort et les tortures, plutôt que de livrer le dépôt sacré confié par les évoques à sa garde. Valérien se présente avec la hardiesse d'un soldat ; il le S(jmme de déposer les lettres entre ses mains. Marien proteste et résiste; le centurion veut saisir les dépêches ; l'évêque s'arme d'énergie et les retient; alors une lutte s'engage; le soldat ne pouvait pas être vaincu. Transporté de colère, il se précipite sur Marien, lui brise le pouce, arrache les dépêches et s'enfuit.
Les conspirateurs venaient donc de remporter encor-e une victoire; mais, dans ce succès lui-même, ils avaient reçu, quoique avec dépit, une sévère leçon. Ils avaient appris que la constance des ambassadeurs de Rome était incapable de céder au déploiement de la rigueur, comme aux séductions de la ruse. Ils savaient désormais qu^ils pouvaient en faire des victimes et des martyrs; mais qu'ils n'auraient jamais assez d'ascendant ni de puissance pour leur faire trahir la sainteté de leurs devoirs. Il fallait donc faire faire trêve à la violence ; il fallait tenter immédiatement un autre moyen de corruption.
Dès le lendemain viennent se présenter de nouveaux émissaires : ce sont des envoyés de la cour. Les députés ne peuvent apprendre s'ils viennent au nom du chef de l'empire, ou s'ils ne sont que des mercenaires servant à prix d'argent la passion de l'usurpateur Alticus. Ils vienn<mt ofTrir aux é\;êques captifs le témoignage d'une auguste bienveillance. Ils font briller h leurs yeux l'éclat simoniaque et séducteur de trois mille pièces d'argent. Puis ils ajoutent à cette tentation de vives instances, pour les déterminer h communiquer avec le nouveau titulaire du siège de Constantinople. Ils gardent sur tous les faits accomplis un silence hypocrite et prudent. Sur leurs lèvres point de menaces, pas même la plus inofiensive allusion à l'injuste déposition du saint.
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Les députi^s ne ptjiivaicnt èti-e dupes de ces démonstrations de bienveillance qui succédaient à l'emploi de la force. Ils repoussent avec noblesse et dignité les présents, les prières et les caresses ; ils se bornent à gémir sur la stérilité de leurs démarches, qu'ils n'avaient entreprises que pour le rétablissement de l'union et de la paix. Il ne leur reste plus qu'à demander' à Dieu le triomphe de la bonne cause , ou du moins la faveur de retourner sains et saufs d^ins leur patrie. Désormais inutiles au bien général de l'Eglise, ils n'aspirent plus qu'à pouvoir consacrer le reste de leurs Jours au salut de leurs trou[)eaux.
Après quelque temps de séjour dans la citadelle d'Athyra, ces infortunés virent arriver une seconde fois le centurion Valérien, dont ils avaient éprouvé la violence. Valérien les fait sortir de leurs prisons. Il semble vouloir les rendre à la liberté qu'ils réclament, mais ce n'est en réalité que pour assurer l'exécution des desseins des schismatiques. En effet, il les fait immédiatement transporter sur un vaisseau délabré que l'on juge incapable de tenir la mer. Il a sous la main vingt soldats de son choix qu'il a tirés de diverses compagnies; il leur confie la garde de ses prisonniers.
Les évêqiies paraissent étonnés de ces nn^sures étranges. Ils ne savent ce qu'ils vont devenir. On fait même parvenir jusqu'à leurs oreilles des bruits sinistres; on dit que le centurion veut leur donner la mer pour tombeau. Ces alarmes sont fondées sur l'empressement qu'il aurait mis à gagner, par des sommes dargent, le commandant du vaisseau pour l'exécution de ses ordres barbares. Mais ces bruits n'étaient basés que sur des conjectures. Valérien avait bien l'intention de les faire périr; mais il paraissait plutôt compter sur le mauvais état du vaisseau que sur la volonté du commandant, pour la réalisation de ses abominables desseins. Il n'était pas sûr pour lui de révéler ses intentions secrètes à la conscience d'un homme dont la loyauté pouvait renverser les plans des conjurés et servir
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la bonne cause. L'événement ne larda point à vérifier ses appréhensions.
On met à la voile. Le bâtiment fatigue et prend une marche mal assurée. Enfin après avoir franchi péniblement quelques stades, il semble menacer ruine et fait redouter un naufrage. Le commandant déclare qu'il est impossible de tenir plus longtemps. On était près du porl de Lampsaque,en face de la Chersonèse : en homme de conscience et d'honneur, au lieu de maintenir plus longtemps ses prisonniers suspendus sur Tabune, il conduit au port son misérable vaisseau.
Là, lesévêques sont déposés sur un autre bâtiment disponible qui les conduit en Italie. Après une heureuse traversée de vingt Jours, ils sont enfin débarqués au port d'Otrante, ville maritime de la presqu'île d'Iapygie.
Ainsi se termina ce long et pénible voyage des députés de l'Occident. Ils revinrent en Italie sans qu'il leur eiît été possible, ni d'apprendre en quel lieu les persécuteurs avaient transporté saint Chrysostome, ni de connaître le sort de Cyriaque, de Démétrius et des autres compagnons de leur captivité.
Des bruits étranges et divers s'étaient répandus dan^^ les deux empires. On disait que ces infortunés , depuis leur retour d'Italie , avaient été torturés impitoyablement et jetés ensuite à la mer. Le caractère bien coium des ennemis de saint Chrysostome était certainement de nature à faire redouter des malheurs de ce genre ; mais il n'en était rien. Néanmoins la condition qui leur était faite devait porter le deuil et la douleui- dans les cœurs de tous les catholiques.
On apprit bientôt en effet que ces évêques et tous ceux qui refusaient leur participation au schisme étaient également enveloppés dans un immense réseau de persécution. Les anciens instruments de torture étaient exhumés ; on les voyait fonctionner dans toutes les provinces de l'empire. La déportation, les cacliots, les confiscations, étaient