‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 101 sur 214 · CHAPITRE XX.I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX.I

les principaux éléments de succès sur lesquels on comptait surtout dans le camp des schismatiques.

Tous ces moyens, en eftet, furent mis en œuvre, même contre les plus illustres personnages, et sans aucun ménagement. Cyriaque fut transporté jusque dans la Perse, à quatre- vingt milles au delà de sa ville épiscopale d'Emcse. 11 fut renfermé dans la citadelle de Thadmor. Eulysius, évêque de Bostre, en Arabie, eut pour prison le châteaufort de Misphas, position qui. sans cesse exposée aux assauts des Sarrasins, lui faisait présager une mort presque certaine. Il était séparé de son troupeau par une distance de trois journées. On envoya Palladc à Syène, dans la Haute-Egypte. 11 avait été réduit à demeurer pendant onze mois couché dans une chambre obscure et sans aucun secours. Démétrius, son compagnon, fut retenu prisonnier dans une oasis, à peu de distance de Mazique. Tel fut le sort réservé par Sévérien et Théophile aux défenseurs du saint persécuté.

Un diacre échappé presque miraculeusement des mains de leurs gardes, a raconté les tortures endurées à cette occasion, par ces confesseurs de la justice. Les soldats prétoriens choisis pour l'exécution des ordres tyranniques de Sévérien et d'Atticus étaient bien dignes de servir d'instruments à la haine de ces conspirateurs. Ils enlevèrent brutalement à leurs augustes captifs tout l'argent qui leur avait été donné pour les dépenses de leur voyage. Ils ne rougirent point, eux, hommes de guerre, de s'ap • proprier cet argent et de le partager entre eux. Ils firent monter les évêques sur des ânes d'une remarquable maigreur et d'une extrême faiblesse. Et dans cet équipement indigne, ils leur faisaient franchir en un seul jour des distances qui réclamaient une marche ordinaire de deux jours. Ils partaient avant les premières lueurs de l'aurore; et quelle que fût leur fatigue, ils n'arrivaient jamais à leur destination arbitraire que longtemps après la chute de la nuit, Tels étaient , dans ces marches forcées, leur

délabivnieiil et leur lassitude, que le cœui- leur soulevait de dégoût à la vue des aliments, et que souvent il leur était impossible de garder aucune nourriture. Leurs [)v'\valions et leurs souffrances étaient intolérables et continuelles. La vie n'était pour eux tous qu'une série continue de cauchemars affreux. Ils ne pouvaient s'empêcher d'appeler la mort, tant leurs douleurs étaient atroces.

IjOS gardes ne leur adressaient la parole que pour les accabler d'injures et de mépris. Ils se faisaient une Jouissance et presque un devoir d'exagérer pour eux la rudesse naturelle de leur langage. Ils ne cessaient de leur adresser des insultes grossières, mêlées de blasphèmes et et d'obscénités empruntées au dévergondage effréné des camps. Ils semblaient s'irriter de tout ce qui n'était pas pour leurs victimes confusion, privation et souffrance.

Ils enlevèrent à Pallade le seul serviteur qu'il possédât, bien que ses soins fussent pour le saint évoque d'une impérieuse nécessité. Pallade écrivait quelquefois; il trouvait dans une correspondance active un soulagement à ses maux, une sorte de compensation à sa détresse. C'était beaucoup trtjp aux yeux des soldats ; ils ne purent consentir h lui laisser cette consolation passagère; ils eurent la cruauté de la lui ravir; ils se donnèrent l'infernale Jouissance de le forcer à jeter lui-même au loin son écritoire. Un des soldats épuisa sa barbarie contre l'un de ces hommes héroïques, Démétrius de Pessinonte, qui moui-ut couronné de l'auréoler des martyrs. Démétrius était devenu l'objet presque constant de la fureur de cet être féroce. Il ne put tenir que peu de temps contre les tourments qui lui furent infligés ; arrivé pendant la nuit à la petite ville de Zibyna, qui formait un lieu de station sui' leur passage, il rendit à Dieu son âme en pardonnant h ses bourreaux. Pallade avait prédit sa fin prochaine; un soldat revenu de cette honteuse expédition, raconta dans sa cohorte que l'évêque d'Hélénople, dans un mouvement de commisération profonde, avait dit au martyr : You'^

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