CHAPITRE XXI
Ils sont laissés pendant tout ce temps sans aucune nourriture.
Mais Dieu ne pouvait s'associer, par une sorte d'abstention obstinée, à cette insensibilité cruelle d'hommes passionnés, sans entrailles et sans cœur. Il daigna, dans cette circonstance, visiter ses serviteurs fidèles qui souffraient sans se plaindre, pour la cause de son Église, de Tinnocence et de la justice. Il voulut les favoriser de plusieurs révélations; il leur fit ainsi comprendre quelles dcA aient être et les tribulations et l'issue de leur triste message.
Pendant cette accablante navigation sur THellespont et la Propontide, saint Paul, le grand apôtre et martyr, apparut pendant la nuit au diacre Paul, homme de foi, qu'amenait avec lui l'évêque Émilius. Paul était d'une sagesse et d'une douceur évangéliques. Il était devenu de la part des députés, pendant le voyage, un objet d'estime et de vénération. « Prenez garde, lui dit saint Paul, de marcher au « milieu des épreuves avec la légèreté de l'imprudence. "(f Entourez-vous de toutes les garanties et de tous les sert cours de la circonspection et de la sagesse; car voici « l'approche des temps difficiles et des jours mauvais. » Cette prédiction du grand apôtre les préparait à toutes les éventualités, à tous les ravages d'une affreuse tempête : elle ne tarda point à s'accomplir.
Le troisième jour après le départ d'Athènes, h la douzième heure du jour, les députés arrivent à Constantinople. Les vaisseaux s'arrêtent à l'entrée de la rade, non loin de la maison de campagne d'un grand personnage de l'empire. Mais là s'offrent de nou\eaux obstacles, de la part des schismatiques qui régnaient en tyrans dans la ville impériale.
Les députés veulent prendre terre, pour s'acquitter de leur mandat; mais au commencement de la nuit des gardes prétoriennes leur ferment le passage ; elles s'emparent de leurs personnes et les ramènent en arrière. Les évéqties ne peuvent apprendre en vertu de quels ordres
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secrets ils sont arrêtés dans l'accomplissement d'une œuvre de conciliation et de paix.
On les refoule dans leurs vaisseaux, puis on les conduit comme des prisonniers de guerre dans la forteresse d'Athyra, ville maritime de Thrace.
Qu'avaient donc à redouter Théophile , Sévérien et les schismatiques, de la part de prêtres et d'évêques inoffensifs , qui n'avaient affronté les fatigues d'un long voyage que pour aplanir les voies à la paix du monde, par la connaissance et le triomphe de la vérité? Si les perturbateurs, enrôlés désormais sous la bannière d'Atticus , n'avaient pas eu contre eux-mêmes le témoignage accusateur de leur propre conscience, l'occasion était belle ; ils l'auraient saisie pour accueillir avec faveur les députés du chef de l'Église. Ils se seraient empressés de faire briller à leurs yeux la sainteté de leur cause et la justice de la sentence de déposition portée contre le patriarche de Constantinople.
Mais l'instinct de la conservation , qui ne saurait être étouffé par la conscience du crime , leur inspirait d'autres sentiments et leur conseillait d'autres procédés. Dès qu'ils apprennent l'arrivée des envoyés de l'Occident, la frayeur les saisit ; ils font appel à la force. Ils les font garder à vue dans une citadelle et traiter par des soldats avec une indigne brutalité. Les évèques d'Italie sont séparés des Grecs. Les représentants du souverain Pontife sont l'esserrés dans une seule chambre étroite et sévèrement fei-mée, tandis que Cyriaque, Démétrius et les autres Orientaux sont relégués dans divers appartements également fermés , sans qu'il leur soit permis d'avoir même un valet pour les servir.
Quelle inconcevable terreur avait donc fait subitement invasion dans le camp des schismatiques ? Au moment où les défenseurs de saint Chrysostome étaient ainsi plongés par leur ordre dans les cachots d'une forteresse de Thrace, il était lui-même incarcéré dans l'étroit réduit de la cita •