CHAPITRE XXI. 2.3o
marchez vers le Icriiie de votre carrière ; vous ne reverrez jamais plus ni votre église ni votre patrie; la terre de Texil recevra votre dernier soupir.
Les gardes ne leur pcrrae liaient jamais d'approcher des églises. Ils ne leur donnaient pour logement que les synagogues des Juils et de Samaritains, ou bien les repaires dégoûtants des femmes prostituées. C'est à Tarse surtoid que ces mesures injurieuses prirent un caractère particulier d'ignominie et d'horreur. Le cœur bondissait d'indignation et de dégoût, à la vue de cette cruauté sacrilège de leurs bourreaux ; el souvent à Tindignation, à l'horreur, au dégoût, venait succéder dans les victimes une tentation plus désolante encore, celle du décourage ■ ment et de la stupeur. L'un d'entre eux fut effrayé de cette prostration du cœui> et des forces de la nature. Il chercha, par des pai'oles animées des sentiments d'une foi vivii, h raviver le courage et la confiance de ces évèques que la douleur avait terrassés.
« Pourquoi, mes frères, leur dit-il, nous laisser abattre « et nous désoler à l'aspect de ces tristes demeures? Est-il « donc en notre pouvoir de choisir les stations de notre « exil, et d'éviter ces outr^iges impurs? Ne voyez-vous « donc point que de tout ceci Dieu sait encore retirer sa « gloire? Combien de prostituées avaient jusqu'à ce jour « croupi dans l'ignorance et dans un complet oubli de « Dieu? Noti'e parole les rappelle à l'amour de leur Sauce veur, h la crainte de leur juge. Saint Paul aussi lui , « notre modèle, s'écriait au miUeu de ces mêmes épreuves « et sous le poids de ces mêmes calamités : Nous sommes « la suave odeur du cœur de Jésus-Christ, pour ceux qui <( reçoivent les enseignements de la vie, comme pour ceux « qui n'ont d'attrait que pour les doctrines de damnation « et de mort Nos coml)ats et nos douleurs sont un spec- « tacle digne de l'admiration des anges et des honmies. »
Ces infortunés, livrés au double tourment des privations et de l'oppi'obi-e. n'avaient pas seulement à souffrir
les vexations incessantes des soldats ; d'autres li-ibulations plus amères venaient de temps en temps s'ajouter, pour lapesantir, au poids déjà si lourd de leur épreuve. Partout où sur leur passage ils avaient à franchir le territoire des villes soumises aux amis d'x\tticus, on leur faisait cruellement expier leur adhésion à la cause de saint Chr>sostome. Les évêques schismatiques de Tarse, d'Antioche. de Césarée de Palestine, et surtout l'évêque d'Ancyrc, ainsi qu'Ammonius de Péluse, semblaient se dépouiller à leur aspect même des plus vulgaires sentiments d'humanité. Caresses, présents, séductions, menaces, tout fut mis en œuvre par ces hommes de parti, pom* exaspé'i'er les gardes et les empêcher de s'arrêter dans leurs villes. Ils portèrent même la cruauté jusqu'à s'opposer à ce qu'il fût permis aux illustres captifs de recevoir dans les maisons des laïcs une généreuse hospitalité.
Pendant que se déroulaient en Asie ces scènes de désolation et de douleur, tous les échos portaient à saint Chrysostome, dans sa solitude, le lamentable récit des tortures endurées par ses amis les plus sincères.
Il apprend qu*im homme de cœur, le tîdèle Gaïus a pu résister à toutes les séductions ainsi qu'à tous les procédés barbares des schismatiques; il apprend que ce chrétien généreux s'est empressé d'ouvrir ses portes aux victimes, pour les soustraire aux insultes de leurs bourreaux. Il le félicite dans une lettre pleine d'affection et de larmes, de ce qu'il n'a point imité la cruauté des hommes vendus à la cause du désordre. « Frère bien-aimé, lui dit- « il , je supplie le Seigneur de vous accorder des jours « heureux, qui soient en harmonie avec la beauté de \otre « âme et de vos sentiments. J'ai tressailli de bonheur au « récit de vos vertus et de votre courage. Vous ayez reçu « dans votre demeure les prêtres du Sauveur. Vous avez « prodigué vos consolations aux saints qui souffrent pour « la justice. Je n'ai jamais ressenti dans ma solitude au- « tant de joie et de consolation.... » Puis il ajoute : « J'é-