‹ Histoire de S. Jean Chrysostome, Patriarch de ConstantinopleChapitre 103 sur 214 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

« cris ces choses à l'église ; mais, hélas ! celui qui s'im- « pose à la direction du troupeau , Diotrephès ne veut « pas nous laisser franchir le seuil du bercail, pour y « prendre même une place temporaire. Il nous accueille « avec colère et nous stigmatise par d'insultants propos. « Il ne lui suffit point encore de cette répulsion dont il « nous afflige ; il ne craint même pas de l'exercer envers « ses frères. Il répudie et chasse de l'Église ceux d'entre M eux qui viennent affectueusement lui tendre la mam.

« 0 fils bien-aimé , gardez-vous d'imiter ces hommes « sans entrailles, fuyez et réprouvez leurs procédés mé- « chants ; car celui qui fait le bien est mu par l'inspira- « tion de la bonté divine; mais celui qui fait le mal, « prouve par cela seul, qu'il ne procède point du cœur « paternel de Dieu. »

Gaïus n'était point le seul homme de foi qui mît sa conscience avant la crainte, et qui se fit dans cette circonstance l'instrument de la miséricorde divine. Le Sau- ^•eur avait dans son Eglise d'autres amis qui ne s'étaient point avilis jusqu'à plier le genou devant l'Hutel de Baal. Il sait toujours d'ailleurs préparer à ceux qu'il aime , quelque douce consolation pour tempérer l'amertume de leur calice.

Les évêques de la seconde Cappadoce, fidèles à la cause de saint Chrysostome et de Rome, donnèrent, pour répondre à cet appel sans doute, un témoignage éclatant de leur courage et de leur charité. Dès que les prisonniers eurent rais le pied sur le territoire soumis à leur jurisdiction épiscopale, ils s'empressèrent de leur ouvrir et leurs bras et leur cœur. On les vit verser des larmes d'admiration et d'amour à la vue de ces vieillards affrontant le martyre pour l'innocence et la justice. Ils s'avançaient à leur rencontre, écartaient leurs gardes et leur baisaient les mains. Parmi ces hommes courageux on distinguait Théodore, évêque de Thyanes, en Cataonie, Bosphore de Colonie, et Sérapion d'Ostracine. Bosphore était

l'ami de sainl Chvysostome ; il avait eu pendant longtemps des relations intimes avec saint Basile le (irand. On le regardait dans l'Église comme l'une des lumières du concile œcuménique de Constantinople. C'était un vénérable vieillard dont la tôle s'inclinait sous le poids des travaux de quarante-huit années d'é])iscopat. On admirait aussi le courage de Sérapion, cet autre vieillard, qui depuis quarante-cinq ans épuisait ses t'oi-ces el s.-i ^•io au service de l'Eglise.

Saint Chrysostome prodigue les plus grands ("logi-s à ces cœurs généreux qui préféraient s'exposer au supplice, plutôt que de manquer aux devoirs de chanté sacerdotale.

Pendant que D('*métrius, ("yriaque, Pallade et les autres exilés allaient finir leurs jours dans des contrées lointaines, la persécution ne cessait de frapper, h Constantinople et dans les provinces, sur tout ce qui donnait à saint Chrysostome des preuves de constance et de fidélité.

Sérapion, son archidiacre et son ami , qu'il avait chargide la direction de l'église d'Héraclée, ne pouvait échapper à leur vengeance; ils dirigent contre lui leurs investigations. Sérapion avait entassé sur sa tête toute la haine et toutes les malédictions de Sévérien et de Théophile. Il se tenait caché dans un monastère de la nation des Goths. 11 y fut découvert et traîné devant des juges. On l'avait chargé d'absurdes calomnies. Malgré son imiocence, il est publiquement dépouillé de ses habits, fouetté, conspué, torturé. Les juges lui font arracher des lambeaux de chair et briser les dents. Puis, on l'envoie mourir, ainsi mutilé, dans l'Egypte sa patrie.

Un vénérable vieillard, l'évoque Hilaire qui, de[juis dix-huit années, vivait dans la pratique d'une abstinence sévère, même de celle du pain, fut horriblement battu par ordre des amis de Sévérien et d'Atticus. On rougit cependant de le faire expirer au milieu du supplice ; on l'envôva terminer son existence dans la partie la jilus

Page 1