CHAPITRE XXI
rloignôe de la provinco de Pont. Anloine, également poursuivi, résolut de se dérober pour toujours h la vue des hommes; il alla se plonger comme en un tombeau, dans les cavernes profondes des montagnes de la Palestine. Là, bien que dans un pays soumis à la juridiction patriarcale de Théophile, il put se soustraire jusqu'à la fin aux perquisitions des persécuteurs.
Timothée, évêque de Maronée, et .Jean de Lydie, autres proscrits, demeurèrent, dit-on, cachés dans la Macédoine. Rhpdon, évêque d'Asie, avait pris la fuite ; il put parvenir jusqu'aux rivages hospitaliers de Milylène , dans l'île de Lesbos. On disait Grégoire de Lydie réfugié dans les montagnes méridionales de la Phrygie. Brison, frère de Pallade, recherché par les bourreaux, put se sauver, malgré toutes les investigations. Il parvint à se faire oublier dans une petite terre. Longtemps après le rétablissement de la paix il la cultivait encore de ses propres mains. Lampétius, abrité sous l'égide d'un certain Éleuthère, s'était procuré des moyens d'existence en se livrant dans sa ville à des lectures publiques. Les schismatiques l'avaient déclaré déchu de son siège et de sa dignité. Eugène, sous le coup de la môme proscription, avait cru pouvoir demander un asile à sa propre patrie.
Elpidius, l'illustre évoque de Laodicée, dans la prû\ ince de Syrie, avait pris un refuge dans une chambre haute avec Pappus. Ils passèrent ainsi trois années dans l'exereice de la mortification et^ de la prière, sans jamais franchir le seuil ni même descendre les degrés de leur retraite. Héraclide, d'Ephèse, demeura quatre ans à Nicomédie, sur la Propontide, dans une étroite prison. On avait à venger sur sa personne la déposition d'Antonin et le choix de saint Chrysostome. L'évêque Silvain, caché dans la ville de Troade, en était réduit à se livrer à la pêche, pour se procurer la nourriture et le vêtement.
Plusieurs s'étaient sauvés dans des retraites éloignées des habitations des hommes. Quelques-uns affrontaient
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les tourments, d'autres disparaissaient tout à coup, et leur sort était enveloppé d'un impénétrable mystère.
Mais à côté de ces hommes de courage et de foi se présentaient d'autres hommes dont la pusillanimité faisait monter au front de l'Eglise un nuage de tristesse. Quel • ques évêques s'étaient montrés accessibles à la séduction; ils avaient préféré les honneurs à la patience; ils avaient répudié la communion de saint Chrysostome et s'étaient traînés jusqu'aux pieds d'Atticus. Ils furent transférés avec honneur dans les Églises de Thrace,
Ainsi procédaient les hommes de la conspiration ; ainsi Sévérien et ses amis s'empressaient d'effacer le passé , pour donner quelques garanties de durée à leur triomphe temporaire. Ils saisissaient avec un frénétique orgueil cette aberration momentanée du chef de l'empire, qui leur mettait entre les mains la force matérielle de l'armée et l'auiorité des lois. Au moindre signe de leur volonté, les évêques en communion avec saint Chrysostome étaient ignominieusement chassés de leurs sièges, traînés devant un tribunal dérisoire, puis transportés après un simulacre de jugement dans des contrées lointaines, ou condamnés H finir leurs jours dans des cachots. Les simples prêtres ne pouvaient nullement porter ombrage à ces hommes mipies; n'importe, ils se permettaient d'avoir une affection, une conscience, de la foi : c'était un crime. Il leur fallut partager le sort de leurs évêques. Les uns furent déportés en Palestine, sous l'oeil vigilant de Théophile ; on envoya les autres mourir au milieu des déserts de l'Arabie.'
Philippe, déporté dans la province du Pont, eut à peine le temps d'arriver à son lieu d'exil pour rendre le dernier soupir. Anatolius s'était enfui dans les Gaules. Le confes- .seur Tigrius, survivant à son propre martyre, languissait dans son exil de la Mésopotamie. La Paphlagonie reçut le prêtre Théophile , qui compensa du moins le scandale des schisma tiques par le spectacle de ses vertus. Jean, fils d'E-