CHAPITRE XXÎ
thrius, lut envoyé clans la Cappadoce. 11 portait avec lui le trésor des bénédictions célestes dans une âme de feu , qui lui faisait ambitionner le martyre, et qui lui fit consacrer tous les instants de son exil aux travaux de l'apostolat. Il bâtit à Césarée un monastère, dans lequel il sut maintenir avec une perfection remarquable les austérités et la ferveur de la vie cénobitique. Chose bien étrange, dans ce déploiement de barbarie , c'est du côté des barbares que vinrent les exemples d'humanité. Pendant que l'Eglise voyait ses enfants se livrer une guerre intestine et cruelle, les Isaures, ce peuple indompté, qui se riait des armées romaines et qui ne cessait de couvrir l'empire d'Orient de ses déprédations et de ses ravages, voulut, on ne sait pour quoi, prendre occasion du désordre présent pour donner aux persécuteurs de saint Chrysostorae une sévère leçon.
Des gardes conduisaient en Arabie le prêtre Etienne. Les Isaures les aperçoivent; ils se précipitent l'arme au poing, tombent sur les soldats, et leur enlèvent le prêtre captif, qu'ils mettent en liberté dans les gorges du mont Taurus.
Mais là devait se Ijorner l'intervention salutaire des Isaures; et malgré la leçon donnée, la persécution n'en suivait pas moins son cours. Salluste eut pour lieu d'exil l'île de Crète. Philippe, moine et prêtre des écoles, fut déporté dans la Campanie; mais il eut, lui, du moins, la fa- ^•eur de pouvoir se remettre de ses souffrances au milieu de la paix dont jouissait alors l'Église d'Occident,
Le diacre Sophronius était gardé prisonnier dans la Thébaïde. Le diacre Paul, aide de l'économe de l'Eglise, fut envoyé dans des contrées éloignées, sur le sol de l'Afrique. Paul, diacre de l'Anastasie , était plongé dans une noire prison, dans la ville même de Jérusalem. Hellade, prêtre du palais, s'était enfui dans la Bithynie; un petit héritage qu'il y possédait lui servait de refuge secret contre la persécution. Plusieurs prêtres avaient jugé plus
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digne de leur caractère de Ijraver la lempèle; ils étaient restés sur le théâtre même du combat ; seulement, pour obéir à la voix de leur conscience, ils couvraient du voile du mystère leur présence à Constantinople. D'autres, non pour céder au sentiment de la peur, mais par mesure df prudence, étaient allé's dans leur patrie demander un asile prolecteur.
Le moine Etienne avait pu par\enir à se soustraire h toutes les perquisitions. La police des conjurés, après de longs efforts, réussit enfin à découvrir sa retraite. Son initiative dans la cause de saint Chrysostome et son courage en face des tourments , le signalaient en pi^emière ligne à la haine des persi'-cuteurs : c'est lui qui s'étail chargé du message des é^•èques pom^ les Eglises de Rome et d'Italie.
Dès qu'il est découvert , des soldats se saisissent de sa personne. Il est impitoyablement battu, puis plongé pentlant dix mois dans une obscure prison. Un instant, on le croit terrassé par les mauvais traitements , les privations et les souffrances; on lui propose de s'épargner tant de douleurs en embrassant la communion d'Atticus. On s'imaginait pouvoir transformer cette âme incorruptible ; on ignorait que sa conscience était à l'épreuve des séductions aussi bien que des tortures. Cet homme généreux repousse avec horreur la proposition d'anathématiser le véritable pasteur de son Eglise, pour aller donner un baiser sacrilège à l'évoque usurpateur.
Alors se préparent des scènes hideuses et navrantes: les bourreaux, étonnés et furieiLX de sa fermeté, vont exhumer les ongles de fer de l'anciennne persécution païenne. Ils lui déchirent avec une révoltante atrocité les cotés et la poitrine ; puis ils l'abandonnent avec ses os dénudés et ses flancs en lambeaux. Dieu permit cependant que son serviteur survécût à cette horrible épreuve ; dix mois après, il fut en état d'être transporté dans la ville de Péluse, qui lui fut donnée pour lieu d'exil.